Le moins qu’on puisse dire est que le sommet Merkel-Sarkozy d’hier n’a rassuré personne. Et ceux qui avaient eu la naïveté d’en attendre quelque chose n’ont pu que s’avouer déçus.
Les quatre idées émises par la chancelière allemande et le président français n’ont, en réalité, aucun sens.
Paris et Berlin vont proposer aux quinze autres pays de la zone euro la création d’ « un gouvernement économique » commun.
A première vue, cette idée s’impose et aurait même dû s’imposer avant la création de la zone euro. Il était absurde d’instaurer une monnaie unique dans dix-sept pays dont les économies étaient totalement disparates. On a mis la charrue avant les bœufs.
Mais à la réflexion, il est évident que cette gouvernance commune ne verra jamais le jour.
D’abord, parce qu’un « gouvernement économique » qui, comme on nous le propose, ne se réunirait que… deux fois par an et serait dirigé par Herman van Rompuy, le président totalement inconnu de l’Union Européenne, n’aurait évidemment aucune réalité.
Ensuite, parce qu’on voit mal quelle gouvernance économique commune pourrait être mise en oeuvre à la fois en Allemagne et au Portugal, en France et en Grèce, en Espagne et en Estonie, au Portugal et en Slovénie. L’idée de ce gouvernement économique d’une zone euro souligne même avec acuité toutes les incohérences de la zone euro. Malte et l’Autriche, Chypre et la Finlande n’ont rien de commun sur le plan économique. Il était absurde leur attribuer la même monnaie. Il serait absurde maintenant de vouloir leur imposer une gouvernance économique commune.
Enfin, parce qu’un gouvernement économique de la zone euro serait un pas gigantesque franchi par les dix-sept pays vers le fédéralisme. Nous n’avons déjà plus de frontières, plus de monnaies, notre justice et nos parlements doivent s’incliner devant la justice et la législation européennes, si nous perdions notre indépendance économique (toute relative) les nations disparaitraient à tout jamais. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont un sacré culot d’évoquer cette mainmise des technocrates bruxellois sur toutes nos économies, sans même nous avoir demandé notre avis.
La deuxième idée, celle de la « règle d’or » (pour l’équilibre des budgets) qui serait instaurée dans les dix-sept pays de l’euro-land est, elle aussi, à première vue excellente. On peut d’ailleurs s’étonner qu’il faille inscrire dans le marbre des constitutions une règle qui semble aussi élémentaire que celle qui consiste, pour un pays, à ne pas dépenser plus qu’il ne possède.
Cela dit, tous les pays faisant de la cavalerie depuis des décennies, il y a bien peu de chance pour que la majorité d’entre eux accepte soudain de se montrer aussi vertueuse que les Allemands. Le débat qui a lieu en France à ce sujet entre Sarkozy et l‘opposition prouve que, comme souvent, la vertu se confond avec la démagogie.
La troisième idée, celle d’une taxation des transactions financières, peut séduire évidemment tous les altermondialistes et tous ceux qui s’imaginent qu’il suffit de faire payer les riches pour enrichir les pauvres. Elle oublie cependant un détail qui a tout de même son importance. Les transactions financières se font à travers la planète entière. Les bourses d’Asie ont désormais plus d’importance que celles de notre vieux continent. Imposer une taxation sur les transactions se faisant en Europe tuerait purement et simplement notre vie financière. Est-ce vraiment une bonne idée ?
La dernière idée de notre couple franco-allemand serait d’harmoniser la fiscalité des entreprises entre la France et l’Allemagne autant dire baisser la fiscalité française et augmenter l’allemande Pourquoi pas ? Sauf qu’on ne comprendrait pas pourquoi les entreprises allemandes accepteraient de payer plus d’impôts et donc de perdre leur compétitivité.
Certains observateurs espéraient qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se mettraient d’accord pour créer des « euro-obligations ». Au nom de la solidarité européenne, tous les pays de la zone euro mettraient en commun leurs dettes et paieraient un même taux d’emprunt. Ce serait « gentil » pour des pays comme la Grèce qui sont désormais astreints à des taux de 18% puisque cette mutualisation des emprunts ramènerait le taux à 5%. Détail qui a, là aussi, son importance, l’Allemagne emprunte au taux de 2,3%. On voit mal pourquoi Angela Merkel aurait accepté cette idée qui ferait passer le taux d’emprunt des Allemands de 2,3% à 5%.
Nicolas Sarkozy nous affirme que tout cela sera possible quand l’Europe se sera encore davantage « fédéralisée ». Il est persuadé que les Français (qui ont refusé la Constitution de Giscard mais il n’a tenu aucun compte des résultats du référendum) souhaitent cette marche vers le fédéralisme et que d’ailleurs cette Europe fédérale est inscrite dans l’histoire.
Or, quoi qu’en pensent les « eurolâtres », il est de plus en plus évident que les peuples européens ne veulent pas de la suppression de leurs nations et de cette Europe qu’on leur prépare.
La Yougoslavie a éclaté en retrouvant ses nations d’antan ; la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux ; les riches flamands ne veulent plus vivre avec les pauvres wallons ; les Italiens de la Ligue du Nord en ont assez de payer pour les Napolitains ; les Espagnols sont désormais avant tout Catalans, Castillans ou Basques ; les Ecossais se sentent de moins en moins britanniques. C’est, plus que jamais, le retour au « chacun pour soi ».
Et c’est au moment précis où, en pleine crise économique, politique et morale, chaque peuple veut retrouver ses racines, ses particularités, son indépendance que l’on voudrait nous parler d’une Europe fédérale où les riches devraient payer pour les pauvres au nom d’une solidarité européenne que personne ne ressent.
Contrairement à ce que semblent croire nos dirigeants, le XXIème siècle ne sera pas celui d’une Europe fédérale avec un gouvernement économique et politique unique, des règles identiques imposées à tout le monde, mais bien celui du réveil de tous les nationalismes où l’égoïsme de chacun l’emportera sur une solidarité dont personne ne veut.
On peut le regretter mais c’est là une évidence. La crise que nous traversons aujourd’hui ne renforce pas la solidarité européenne qui n’a d’ailleurs jamais été qu’une utopie. Elle persuade au contraire les Européens que l’Europe n’était pas (encore) une bonne idée et qu’il leur faut retrouver leur pré carré. Ce n’est pas avec davantage d’Europe que nous sortirons d’un marasme dans lequel l’Europe nous a plongés.
Les quatre idées que vient de nous sortir le couple (contrenature) franco-allemand sont à contre-sens des réalités.

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