Archives par moisaoût 2011



Une campagne marécageuse

Tout le monde savait que, comme d’habitude, l’approche de la présidentielle allait faire sortir ou ressortir un certain nombre de ragots, de calomnies, d’affaires véreuses et de scandales. C’est une grande tradition chez nous. Dans la course à l’Elysée, tous les coups sont permis, même les plus bas et les plus tordus. Depuis les débuts de la Vème République, nous avons eu droit à l’affaire Markovic contre Pompidou en 1969, à l’affaire de sa feuille d’impôts contre Chaban en 1974, à l’affaire des diamants contre Giscard en 1981, au rappel de l’affaire de l’Observatoire contre Mitterrand en 1981 et 1988, aux affaires de la Mairie de Paris contre Chirac en 1995 et 2002. Certains en sont sortis indemnes, d’autres en ont été tués.
Mais, cette fois, pour 2012, nous allons battre tous les records. Ce n’est plus une campagne qui s’annonce mais un feuilleton sordide à multiples rebondissements où tout le monde ou presque sera accusé, compromis, sali. Tout cela ne va pas être « joli-joli ».
Tout a commencé avec l’affaire DSK, fabuleux coup de tonnerre de l’avant-campagne qui a éliminé celui qu’on donnait déjà comme le grand vainqueur de la compétition. La justice américaine a abandonné toutes les charges qui pesaient contre lui non pas parce qu’il était innocent mais parce que son accusatrice –sa « victime présumée »- n’était pas crédible. Ce n’est, bien sûr, pas très satisfaisant. Du coup, l’opinion en vient à penser que Strauss-Kahn n’a peut-être pas violé la fameuse femme de chambre du Sofitel mais qu’il est tombé dans un piège qu’elle lui aurait tendu en l’aguichant pour lui soutirer une bonne poignée de dollars. Pourquoi pas ? Mais cette hypothèse permet tous les fantasmes. Et si Mme Diallo avait tendu ce piège à DSK à la demande d’une officine française travaillant pour l’UMP ? Le scénario semble particulièrement farfelu mais, après tout, pourquoi pas ? Un livre vient de sortir évoquant cette version. Une chose est sûre, certains vont y croire.
Et voici qu’un autre livre ressort l’affaire Bettencourt affirmant que des témoins ont vu de leurs yeux Nicolas Sarkozy empochant des liasses de billets que lui remettait la femme la plus riche de France. On savait que Liliane Bettencourt, comme beaucoup d’autres grandes fortunes du pays, s’était toujours montrée particulièrement généreuse avec les partis politiques de droite (et sans doute aussi un peu de gauche, ces gens-là ne mettent jamais tous leurs œufs dans le même panier). Mais que le candidat Sarkozy qui prônait « la République irréprochable » ait reçu lui-même ces subsides totalement illégaux aurait quelque chose d’invraisemblable et en tous les cas de scandaleux.
Et ce n’est pas fini. Le 14 septembre, le tribunal de Paris va rendre son verdict sur l’appel de l’interminable affaire Clearstream, minable histoire de calomnie avec corbeau polytechnicien et énarque et faussaire au petit pied. Tout le monde se désintéresse totalement du sort qui va être réservé à Gergorin et à Lahoud qui sont indiscutablement coupables l’un et l’autre dans l’affaire. La seule question est de savoir si Dominique de Villepin va, lui, être, ou non, déclaré coupable de « complicité de dénonciation calomnieuse… par abstention ». Il a été acquitté de cette bien curieuse accusation lors d’un premier procès.
S’il est de nouveau acquitté, comme le laissent entendre certaines rumeurs autour du Palais de Justice, ce sera une claque pour Sarkozy qui, très maladroitement, a voulu s’acharner contre l’ancien premier ministre. S’il est condamné et donc inéligible, ce sera, évidemment, un scandale politique. La Justice (aux ordres) aura éliminé un candidat à la présidentielle qui, certes, n’avait aucune chance de l’emporter mais qui, incarnant le gaullisme social était devenu une sorte de statue du commandeur cauchemardesque pour le président sortant. Les Français comprendront que Villepin est condamné moins pour avoir laissé se répandre des rumeurs affirmant que Sarkozy avait un compte au Luxembourg que pour avoir déclaré, un jour, que le président de la République avait fait « la tâche du déshonneur sur le drapeau français ».
La réponse des Villepinistes sera d’ailleurs sanglante. Si jamais Villepin était condamné, il est évident que l’affaire des sous-marins pakistanais ressortirait immédiatement et que les Français apprendraient comment l’ancien ministre du Budget d’Edouard Balladur a géré les rétro-commissions de cette vente de sous-marins pour renflouer les caisses de son candidat à l’Elysée en 1995.
Sarkozy se réjouissait de voir DSK éliminé et Villepin condamné. Il pensait que Woerth serait la seule victime de l’affaire Bettencourt et que l’affaire des sous-marins pakistanais appartenait à l’histoire ancienne. Il va, sans doute s’apercevoir rapidement qu’en campagne présidentielle tout le monde peut recevoir un mauvais coup et notamment un coup de boomerang.
Mais ce qui est plus grave c’est que ce déluge d’affaires nauséabondes va, évidemment, faire le jeu des extrémistes.

31 Août 2011 | Comments (6)

Le piège de La Rochelle

Après quelques jours de réflexion, tous les experts sont d’accord pour affirmer que le plan « de sauvetage » présenté par François Fillon cette semaine n’a aucune chance de sortir le pays du gouffre dans lequel il dégringole.
Pour les uns, il ne s’agit que de quelques « rustines » un brin démagogiques. Ce ne sont ni les 0,01% de Français « ultra-riches », ni les buveurs de sodas, ni les parcs d’attractions à thème qui vont renflouer les caisses totalement vides de l’Etat. Pour les autres, ce ne sont que des « cautères sur une jambe de bois ». Ces nouvelles dispositions ne vont relancer ni la consommation ni l’innovation, bien au contraire. La construction de logements neufs va connaître un coup d’arrêt, les mutuelles de santé vont augmenter, les classes moyennes vont une fois de plus « déguster ». La croissance va donc rester nulle et le chômage va continuer à s’aggraver, comme l’ont laissé prévoir les derniers chiffres officiels.
Il faut reconnaître que, si la gauche à ironiser sur ce plan, personne n’a, pour l’instant, su répondre par des solutions miracles crédibles.
Pendant ce temps, le président de la République est parti au bout du monde pour annoncer aux Calédoniens qu’il allait leur accorder une trentaine de policiers de plus. C’est surréaliste ! Sur la route, il a fait escale quelques heures à Pékin pour dire aux Chinois que l’euro se portait à merveille et qu’il serait gentil qu’ils réévaluent leur propre devise. Ils ont dû rigoler.
A huit mois des élections présidentielles, une telle situation devrait ouvrir un large boulevard à l’opposition. On attendait donc le PS à ses universités d’été de La Rochelle. C’était l’occasion pour ces dirigeants d’une gauche qui se languit du pouvoir depuis dix ans de se mettre en ordre de bataille et de se lancer dans la conquête d’un pouvoir qui est à ramasser dans le caniveau.
Mais le piège des primaires a piégé tout le monde. Alors que le seul objectif aurait dû être le scrutin d’avril prochain et le seul thème aurait dû être l’anti-sarkozisme, les candidats « virtuels » ne pensaient qu’au scrutin d’octobre –les primaires de gauche- et se sont donc livrés à une guerre fratricide. S’ils ont, pour la forme, tiré à boulets rouges sur la politique du président-candidat, ils se sont surtout joyeusement, perfidement, étripés, après les fausses embrassades d’usage.
Et ils ne se sont même pas entretués sur d’éventuelles contradictions qu’on aurait pu déceler dans leurs programmes respectifs (il n’y en a guère). Non. Ce fut une simple bataille d’égos. Aucun militant du PS ne serait d’ailleurs capable de dire ce qui, sur le fond, oppose réellement l’ancien premier secrétaire à l’actuelle. Tout se fait à la gueule du client, aux sympathies, aux rancoeurs, aux clans, aux règlements de comptes, en souvenir de quelques congrès particulièrement sanguinaires. La détestation à l’état pur.
C’était inévitable. Les primaires sont une machine à perdre faite pour souligner, aviver toutes les jalousies, toutes les ambitions, toutes les haines personnelles entre « camarades » et permettre au vainqueur d’arriver en lambeaux et sur les genoux à la vraie compétition.
66% des Français ne veulent toujours pas de Sarkozy et, avec les mois de rigueur, d’austérité et de récession qui se préparent, on voit mal ce qui pourrait les faire changer d’avis. Mais, après ce week-end de La Rochelle, il est difficile d’imaginer une soudaine adhésion de l’écrasante majorité des électeurs à Hollande, Aubry ou même Royal. Le premier joue la banalité fadasse, la deuxième les apparatchiks disciplinés, la troisième l’éternelle fofolle. Seuls Montebourg et Valls se détachent un peu du lot. Ils n’ont aucune chance. Le vainqueur de la primaire, quel (le) qu’il (ou qu’elle) soit, sera en piteux état pour entamer la vraie campagne.
Tout cela est du pain bénit pour les extrémistes. Mélenchon se lèche les babines. Mais ni lui ni Marine Le Pen n’ayant la moindre chance d’entrer à l’Elysée, les Français vont devoir se contenter, au printemps prochain, de choisir « le moins pire ». On peut vraiment dire que « l’affaire DSK » a changé la donne. Jamais, sans doute, une fellation, consentie ou forcée, n’avait eu une telle importance dans notre histoire politique.
Cette semaine est sorti en librairie un petit livre intitulé « Notre vieux pays ». Il faut le lire. Il évoque la France, la Nation, l’Etat, le citoyen, autant de choses oubliées et maltraitées depuis tant d’années, oubli et maltraitance qui sont, évidemment, à l’origine de la plupart de nos malheurs. L’auteur de ce livre est candidat à la présidence et plafonne autour des 3 ou 4% actuellement dans les sondages. C’est Dominique de Villepin.
Il est incontestable que si Villepin n’était pas Villepin et qu’on pouvait donc encore lui reprocher la dissolution de 1997, le CPE et sa morgue de faux aristocrate prétentieux, il aurait de sérieuses chances de faire un meilleur score. Mais ce qu’il écrit dans ce petit bouquin sur les racines de notre mal et nos chances d’en sortir est passionnant. Oui, il faut lire ce livre et il faudrait surtout que tous nos candidats y jettent un œil. Ils verraient qu’avec leurs bouts de ficelle et leurs promesses de bistrot, ils sont totalement à côté de la plaque.

28 Août 2011 | Comments (10)

Mais où est passé Sarkozy ?

Les économistes vont maintenant épiloguer sur toutes les mesures annoncées cet après-midi par François Fillon. En fait, elles n’ont surpris personne.
S’apercevant que la croissance est bien loin de ce qu’il avait espéré et même annoncé, le gouvernement est obligé d’augmenter (encore) les impôts et de réduire (encore) les dépenses. On va faire payer davantage le capital, les « ultra-riches », les grosses (et les moins grosses) entreprises, les fumeurs, les buveurs (et même les buveurs de sodas), on va « raboter » une nouvelle fois les « niches », tout en continuant à réduire le nombre des fonctionnaires, à serrer tous les budgets et à limiter les dépenses de santé.
On peut évidemment discuter de telle ou telle mesure. Les entreprises vont-elles réduire les heures supplémentaires puisqu’elles n’y trouveront plus guère d’intérêt ? Les mises en construction de logements neufs vont-elles s’effondrer ? L’emploi va-t-il faire des frais de cette rigueur qui n’ose pas dire son nom ? Les grosses fortunes vont-elles repartir vers l’étranger ? En un mot, cette austérité va-t-elle briser le peu de croissance que nous pouvions encore espérer ? Augmenter les prélèvements et réduire les dépenses c’est, bien sûr, toujours freiner la consommation.
Mais le gouvernement avait- il le choix ? Il est évident qu’avec une dette de 1.600 milliards, et une croissance atone en pleine crise économique mondiale, la France ne peut que se mettre à une longue cure d’austérité, même si le mot est encore tabou.
La seule chose étonnante dans l’affaire c’est que ce soit… François Fillon qui nous ait annoncé tout cela.
Certes, il est –officiellement- premier ministre. Mais depuis quatre ans et demi, il a dû se contenter de jouer les figurants, le « collaborateur » (selon le mot de Sarkozy lui-même) et d’avaler goulûment toutes les couleuvres que lui servait le président de la République.
Jusqu’à présent, c’était Sarkozy et lui seul qui décidait, qui tranchait, qui parlait, pérorait, qui annonçait. A propos de tout et de n’importe quoi. Il était seul en scène. D’abord, sous les applaudissements, puis, rapidement, sous les huées du public.
On était donc en droit d’attendre que ce soit lui, le président omniprésent, qui nous annonce toutes ces mauvaises nouvelles particulièrement importantes pour l’avenir du pays et la vie quotidienne des Français.
Et d’autant plus qu’il avait tout de même à nous expliquer ce qui n’est qu’une fantastique volte-face par rapport à tout ce qu’il nous avait promis. Il nous avait juré qu’il n’augmenterait jamais les impôts, il les augmente ; il nous avait affirmé qu’il suffirait de « travailler plus pour gagner plus » et il s’en prend aux heures supplémentaires ; il avait fait du boucler fiscal son cheval de bataille et, après l’avoir supprimé, il surtaxe les plus riches et les revenus du capital, etc.
Reconnaissons, d’ailleurs, qu’il avait des arguments pour nous présenter ce reniement général. Mais non. Il a préféré recevoir à l’Elysée le président du Conseil National de Transition libyen et, pendant ce temps, envoyer son « collaborateur » au feu.
François Fillon buvait littéralement du petit lait. Non seulement parce qu’il se complaît visiblement dans les catastrophes et que c’était la première fois qu’il pouvait parler de choses importantes en tant que premier ministre, mais aussi et surtout parce que les événements (et Sarkozy) lui donnaient enfin ostensiblement raison.
On se souvient que l’une de ses premières déclarations, peu après son entrée à Matignon, avait été de nous avouer que la France était « en faillite ». Il s’était alors fait taper vertement sur les doigts par le président. Quatre ans plus tard, le président s’occupe de la Libye et c’est lui qui, avec son visage de cocker triste, doit annoncer au pays que la croissance que Sarkozy devait aller chercher avec les dents n’est pas au rendez-vous et que nous avons dépassé les limites supportables de l’endettement.
Naturellement, nous sommes à moins d’un an de l’élection présidentielle et on comprend que le candidat Sarkozy n’ait pas voulu jouer les pères fouettards.
Cependant, tout en nous promettant du sang et des larmes, Fillon a eu raison de dire que les Français jugeront alors les candidats sur leurs compétences à faire face à cette crise qui n’aura fait, d’ici là, que s’aggraver. Tout comme il a eu raison d’ironiser sur le peu de crédibilité des candidats virtuels du parti socialiste.
Mais il est tout de même curieux que Sarkozy ait préféré rester en coulisses plutôt que de nous avouer que ses engagements d’hier n’étaient que des promesses de Gascon et que la crise le contraignait à se désavouer sur toute la ligne.
On a l’impression qu’ayant pratiquement perdu sa couronne il veut faire porter le chapeau à son premier ministre pour pouvoir apparaître vierge à l’élection et nous refaire le coup de la rupture.
De nombreux Français ont dû se demander tout à l’heure si, après tout, Fillon, ne ferait pas un bon candidat.

24 Août 2011 | Comments (32)

DSK: le retour du coupable déclaré innocent

Le feuilleton de l’été aura vraiment été réussi avec ses coups de théâtre et ses rebondissements aussi inattendus les uns que les autres.
Et même la dernière scène est sidérante puisqu’on nous raconte que Dominique Strauss-Kahn est « totalement blanchi » tout en nous précisant bien qu’il a eu un rapport sexuel avec la femme de ménage du Sofitel et que rien ne prouve que la chose ait été « consentie ».
Il y aurait donc eu viol mais, la violée étant une fieffée menteuse, le violeur est innocent. Que les pervers du monde entier le sachent. Aux Etats-Unis on peut violer les mythomanes en toute impunité.
Pendant toute l’affaire, on a répété (tant bien que mal) que DSK était « présumé innocent ». Maintenant, on sait qu’il est coupable mais il est déclaré innocent parce que sa victime a raconté des balivernes pour obtenir son visa d’entrée. Il est vrai d’ailleurs que si, pour lui, les soupçons sont confirmés, elle n’était pas non plus au-dessus de tous soupçons.
Si les amis de Strauss-Kahn peuvent se dire heureux et soulagés par ce dénouement invraisemblable et si chacun peut admirer le travail des avocats de l’ancien directeur du FMI, on comprend la déception des lobbies féministes américains et des défenseurs d’une justice équitable.
Mais aux Etats-Unis, le mensonge est le pire des crimes. Mentir est beaucoup plus grave que de violer une femme. On se souvient que Nixon avait été chassé de la Maison-Blanche simplement parce qu’il avait menti. On imagine les dégâts que ferait un tel principe dans notre pays.
On attend maintenant avec impatience le nouvel épisode. DSK va rentrer en France. Pour les uns, il sera auréolé de l’image de la victime d’une affreuse machination (le chantage d’une prostituée qui l’a sans doute aguiché) et aura vécu quelques semaines épouvantables avec une relative dignité et la fortune de sa femme. Pour les autres, il restera, malgré tout, un obsédé sexuel incapable de maîtriser ses instincts.
La question est de savoir s’il pourra, toute honte bue, redescendre dans l’arène politique et reprendre la parole.
Il ne fait aucun doute que celui qui, selon certains sondages, devait l’emporter au premier tour lors des prochaines présidentielles, manque cruellement au débat. La campagne de 2012 va, évidemment se faire sur les thèmes économiques. Or, quand on écoute les candidats qui ont déjà montré le bout de leur nez, aussi bien à gauche qu’ailleurs, on est bien obligé de constater qu’il n’y a pas beaucoup de vrais spécialistes de ces questions.
Faire payer les « ultra-riches » comme le prône maintenant presque tout le monde est évidemment séduisant si ce n’est qu’ils ne représentent que 0,01% de la population et que ce n’est pas en les privant de leurs yachts et de leurs écuries de course qu’on pourra relancer l’économie, s’attaquer chômage, baisser la dette et réduire les inégalités.
L’ancien ministre des Finances, ancien patron du FMI a peut-être d’autres idées plus intéressantes à formuler. Voulant sans doute remonter la pente, il ne va pas se priver de les exprimer. Le « vieux cochon » pourrait ainsi se transformer en « vieux sage » et agrémenter la campagne de quelques vérités frappées au coin du bon sens.
Peut-on imaginer plus encore et même un retour dans la course à la présidentielle ? On a presque envie de dire qu’avec lui tout est désormais possible.

23 Août 2011 | Comments (9)

Sarkozy serait élu… en Libye

C’est la deuxième victoire de Sarkozy. En quatre ans et demi, il n’a pas réussi à réduire le chômage, la dette ou l’insécurité en France, mais, après avoir éliminé Gbagbo à Abidjan, il est en train de chasser Khadafy du pouvoir à Tripoli.
Si l’on en juge par les cris d’allégresse poussés par les rebelles libyens, il pourrait sans doute se faire élire aujourd’hui président du coté de Benghazi.
Rien ne dit cependant que les Français sauront lui témoigner une telle gratitude. Il a d’ailleurs encore perdu trois points cette semaine dans le sondage du Journal du Dimanche et 61% des Français ont toujours une image défavorable de lui, selon le sondage du Point.
Sarkozy semble n’avoir pas compris que les Français –comme tous les électeurs de la planète- se déterminent devant les urnes en fonction des problèmes intérieurs auxquels ils sont confrontés et ne tiennent jamais compte des faits d’armes que leurs dirigeants ont pu mener sur des terres lointaines.
A dire le vrai, si les Français ont été scandalisés par la violence de la répression qu’avait lancée « le fou de Tripoli » contre ses opposants, tout comme ils le sont par celle qu’utilise le Syrien Assad pour mâter ses adversaires et qu’ils l’avaient été par les massacres des Tchétchènes perpétrés par Poutine et Medvedev ou par ceux des Tibétains organisés par Pékin, ils l’ont pas très bien compris pourquoi nos Rafales partaient bombarder la Libye.
Il est d’usage que les grandes puissances condamnent, sur la scène diplomatique, les tueries organisées par des pouvoirs en place et même qu’elles décrètent des sanctions économiques contre les régimes qui malmènent par trop des Droits de l’Homme, mais c’est la première fois dans l’histoire contemporaine qu’un Etat, la France en l’occurrence, a soutenu officiellement des rebelles, leur a fourni des armes, des conseillers, un appui aérien (et sans doute terrestre) et a reconnu leur gouvernement provisoire avec échange d’ambassadeurs.
Une coalition internationale est intervenue en Afghanistan pour chasser les Talibans, accusés d’être les soutiens du terrorisme islamiste, une autre a attaqué l’Irak pour renverser Saddam Hussein, soupçonné (à tort) d’avoir des armes de destruction massive, mais, dans un cas comme dans l’autre, les pays « assaillants », les Etats-Unis et leurs alliés, entendaient se protéger contre des ennemis potentiels et ne prétendaient pas soutenir des opposants au nom de la démocratie.
Jusqu’à présent, quand les grandes capitales voulaient aider des rebellions pour renverser un régime qui leur déplaisait, elles le faisaient secrètement. Ce sont les hommes de main de la CIA qui ont clandestinement armé et encadré les anticastristes de Cuba, les Contras du Nicaragua, les hommes de Sawimbi en Angola, les Talibans (première version) contre les occupants soviétiques d’Afghanistan. Sans parler de nos « barbouzes », faisant et défaisant les régimes africains.
Sarkozy, lui, n’a pas hésité à violer ostensiblement toutes les règles internationales et à pratiquer le « droit d’ingérence », cher à Kouchner, comme jamais personne n’avait osé le faire.
Rappelons que l’ONU avait autorisé une opération visant à « protéger les populations civiles » massacrées par l’armée de Khadafy et avait bien précisé qu’il ne pouvait pas s’agir d’une opération visant à renverser le régime libyen.
Si tout le monde était d’accord depuis longtemps pour reconnaitre que Khadafy était un fou furieux (et dangereux), personne n’avait oublié que Sarkozy l’avait reçu à Paris avec les petits plats dans les grands et sa tente de bédouin, tout comme il avait accueilli en héros Assad lors d’un 14 juillet. Sarkozy n’a pas toujours su choisir ses amis et, même vainqueur à Tripoli, il peut difficilement aujourd’hui se présenter en défenseur des Droits de l’Homme.
De plus, que Khadafy soit contestable et contesté ne donne pas pour autant, et quoi qu’en pense Bernard-Henry Levy, la moindre légitimité à ce Conseil National de Transition autoproclamé et auquel nos Rafales offrent aujourd’hui le pouvoir. Qui sont ces gens dont certains étaient, hier encore, de très proches collaborateurs de Khadafy et parmi lesquels on trouve aussi bien des monarchistes nostalgiques du roi Idriss (renversé par Khadafy en 1969) que des Islamistes purs et durs ?
Il faut toujours se méfier de l’enthousiasme des foules quand un dictateur est renversé. Ce n’est pas toujours la voie ouverte à la démocratie. On se souvient de la joie avec laquelle les Iraniens (et l’Occident) avaient accueilli le départ du Chah. Quelques semaines plus tard, on découvrait que le régime instauré par l’ayatollah Khomeiny était bien pire encore que ce qu’avait pu être celui du « Roi des Rois ». Tout le monde a applaudi à la chute de Saddam Hussein. Aujourd’hui, l’Irak a éclaté en trois régions, le Kurdistan, la zone sunnite, la zone chiite, et n’est plus qu’un champ de ruines et qu’un torrent de sang dans lequel se multiplient quotidiennement des attentats particulièrement meurtriers.
La fameux « printemps arabe » de cette année était prometteur. On s’aperçoit que rien n’est joué, ni en Tunisie, ni en Egypte, et que tout peut encore basculer dans le pire des sens.
L’autosatisfaction affichée par l’Elysée va sans doute devoir se calmer rapidement, quand on va découvrir les dégâts « collatéraux » provoqués par nos bombardements, quand on va s’apercevoir que la Libye a éclaté entre Tripolitaine et Cyrénaïque, que la guerre des tribus fait rage et qu’au sein de ce CNT il n’y a pas que des démocrates.
Les Français se demandaient ce que nous étions allés faire dans cette galère, certains avaient l’impression que Sarkozy jouait les supplétifs des Américains et les mercenaires des intérêts pétroliers. Il n’est pas dit que les lendemains de la « victoire » les persuadent que Sarkozy a eu raison.

23 Août 2011 | Comments (4)

Le débat n’est plus possible en France

La France est un curieux pays. Il n’est plus possible d’aborder certains sujets dits « de société » sans prendre le risque de se faire aussitôt traîner dans la boue. Le débat n’est plus possible au pays de Descartes et de Voltaire. C’est bien dommage car c’est de ce débat, et de lui seul, que peuvent émerger les réponses, notamment pour ces problèmes de société qui exigent un minimum de consensus. Mais, aujourd’hui, chez nous, chacun se fige dans des positions extrêmes et invective celui qui n’est pas d’accord avec lui. A propos de n’importe quel sujet, on a maintenant deux camps ennemis qui se font la guerre et refusent toute négociation. Ce n’est pas ainsi que nous ferons évoluer sereinement notre société.
Le problème de l’euthanasie est revenu une fois de plus au cœur de notre actualité. C’est un problème grave, fondamental, puisqu’il s’agit de la vie et de la mort. Il devrait donc dépasser toutes les querelles politiciennes et même idéologiques.
Or, voici que les uns brandissent « les douleurs insupportables des malades en fin de vie », en oubliant que la médecine permet désormais d’apaiser les souffrances les plus cruelles, et les autres évoquent « le mystère sacré de la vie elle-même », sans se demander si on peut encore parler de « vie » pour un mourant agonisant.
Les premiers accusent les seconds d’être des nostalgiques d’une morale plus ou moins judéo-chrétienne et en tous les cas dépassée ; les seconds accusent les premiers de reprendre certaines théories développées par les pires des idéologies du siècle dernier. Le débat ainsi lancé a peu de chance d’être constructif.
En fait, personne ne le dit mais tout le monde est plus ou moins d’accord pour reconnaître des évidences qu’on pourrait dire « de bon sens ». L’acharnement thérapeutique sur un cadavre vivant que permettent les « progrès de la science » n’est pas humain. Autoriser un médecin, par la loi, à tuer un malade même perdu n’est moralement pas acceptable.
Alors que faire ? Tout simplement continuer à respecter la morale médicale telle qu’elle a toujours été appliquée. Tout le monde sait que depuis toujours les médecins mettent un terme aux agonies des incurables en interrompant un acharnement thérapeutique inutile. Ils ne donnent pas la mort, ils la laissent venir quand elle est devenue inéluctable. Pas de lois, pas de textes, pas de règlements, le praticien agit « en conscience ». Chacun le comprend, le personnel médical, la famille et personne n’en parle. Le silence s’impose devant la douleur.
C’est cette « euthanasie passive » qu’autorise la loi d’aujourd’hui puisque désormais nous voulons tout légiférer même ce qu’il faut bien appeler « les cas de conscience » les plus difficiles.
On pourrait parfaitement s’en tenir là. Mais les tenants de l’euthanasie « active » en veulent plus. Ils exigent que le médecin puisse faire « le geste qui tue ». Qu’importe pour eux que l’agonisant s’acharne à vivre même sans le secours de l’acharnement thérapeutique. Un mourant qui n’en finit pas est gênant alors il faut s’en débarrasser. Une petite piqûre peut faire l’affaire.
Il paraît qu’une majorité de Français est maintenant favorable à la petite piqûre. On aimerait savoir à quelle question ils ont vraiment répondu. Souhaitez-vous qu’on abrège les souffrances insupportables d’un agonisant incurable ? Ou souhaitez-vous qu’on achève votre père dans le coma et qui n’a, peut-être, plus que quelques semaines à vivre ? Les réponses seraient sans doute différentes selon la question.
Le mariage des homosexuels est, lui aussi, revenu à la une de l’actualité et, là encore, le débat est impossible car il tourne tout de suite à l’affrontement et aux noms d’oiseaux.
Or, là encore et toujours sans l’avouer, tout le monde est à peu près d’accord. L’écrasante majorité des Français reconnaît que chacun est totalement libre de sa sexualité qui fait, plus que tout, partie de la vie privée. Les homosexuels ont tort de dire que leur communauté est persécutée. Elle ne l’est plus –et heureusement- depuis bien longtemps. Elle peut même s’afficher au grand jour et elle en profite abondamment.
Ils ont d’ailleurs tort de réclamer encore un « droit à la différence ». Ils bénéficient maintenant d’un « droit à l’indifférence » et c’est beaucoup mieux pour tout le monde. Qu’ils se le disent, l’homosexualité ne choque ni n’épate plus personne.
Mais le droit à l’indifférence n’efface pas les différences. Qu’on le veuille ou non, non seulement les homosexuels sont différents des hétérosexuels mais surtout les hommes sont différents des femmes. Or, et toute l’incohérence du débat est là, tout en réclamant un droit à la différence que personne ne leur conteste plus, les homosexuels refusent d’être considérés comme différents et parlent de discrimination dès lors qu’on leur refuse le droit au mariage ou à la paternité.
Le Pacs était évidemment une bonne solution. Mais ils en veulent plus et taxent d’homophobie ceux qui osent encore prétendre que la nature a imposé certaines différences.
La nature a peut-être tort mais elle a fait en sorte que la mort n’a besoin de personne pour faire son œuvre et qu’il y a des sexes différents. Les lobbies pas plus que les lois n’y pourront jamais rien.

22 Août 2011 | Comments (11)

L’euthanasie et la bourse

Comme chaque fois qu’un médecin assassine un malade incurable, le débat sur l’euthanasie revient à la une de notre actualité.
On ne dit d’ailleurs plus qu’un médecin a « assassiné » un malade, on dit qu’il a « abrégé ses souffrances » ou, mieux encore, qu’il lui a « accordé le droit de mourir dignement ».
Autrefois, les médecins avaient une fonction, une vocation, un sacerdoce : sauvegarder la vie, faire reculer la mort. Aujourd’hui, certains voudraient qu’ils changent de camp et qu’ils deviennent des complices de la « faucheuse ». Hitler y avait déjà pensé. A quoi bon se débattre et dépenser de l’argent pour prolonger la vie d’un vieux gâteux qui ne sert plus à rien ? Allez hop, une petite piqure et on n’en parle plus.
Le médecin de Bayonne qui vient d’expédier dans l’haut-delà quatre vieillards qui ne servaient plus à rien a été remis en liberté et reçoit des milliers de messages de soutien avant, sans doute de recevoir la Légion d’Honneur. Bravo, docteur, quatre d’un coup ! Il y a quelques années encore, on en aurait fait un sérial killer en blouse blanche. La mode, la pensée unique et le politiquement correct en font un héros. La vie, ce mystère fabuleux qui fait battre un cœur même dans un corps délabré, n’a plus rien de sacré.
On peut sans grand risque affirmer que d’ici cinq ou dix ans, l’euthanasie sera légalisée et qu’on aura transformé nos services de gérontologie et de soins palliatifs en couloirs de la mort. On appellera çà « l’évolution de notre société » et même « le progrès ».
A la même époque, d’ailleurs, il est plus que vraisemblable que le mariage des homosexuels et la consommation des drogues seront, eux aussi, entrés non seulement dans nos mœurs mais même dans nos lois. On n’arrête pas le progrès !
Et qu’importent les incohérences. On nous dit qu’il faut nous préparer à une société du quatrième âge, lutter contre les maladies de Parkinson et l’Alzheimer et on va achever les incurables ; on nous dit qu’il faut remettre la famille au cœur de notre société et on va marier les homosexuels ; on nous dit que le tabac tue et on va légaliser les drogues.
Par moments, on peut se demander si notre société sait encore ce qu’elle veut, où elle va. Les petits lobbies font la loi et le troupeau, de peur d’être accusé d’être réactionnaire ou fasciste, les suit sans oser piper.
Personne n’a l’audace de faire remarquer que, ni le paradis ni l’enfer n’étant assurés, il est criminel d’accorder une mort « décente » à un agonisant, que, les lois de la nature étant plus puissantes que toutes celles que peuvent imaginer les hommes, il est absurde d’unir deux êtres du même sexe, que, la drogue étant un fléau évident, il serait délirant de la mettre en vente libre.
Quitte à être considéré comme d’une autre époque, on est bien obligé de constater que nous avons perdu « nos valeurs ».
Et la bourse en fait autant avec les siennes. Naturellement, à première vue, il n’y a aucun rapport entre le débat sur l’euthanasie et l’effondrement du CAC40. Ce n’est pas parce que la société française a perdu tous ses repères que l’économie mondiale devient folle.
Mais ce qui est sûr c’est que, pour faire face à un cataclysme qui remet en cause toutes les règles de la vie économique de la planète, un pays doit savoir qui il est, ce qu’il veut, quel avenir il souhaite se construire.
Les grandes civilisations ont disparu non pas sous les coups des invasions barbares mais parce qu’elles avaient renoncé aux « valeurs » qui les avaient fait triompher.
Un pays qui tue ses vieux, qui marie ses homosexuels et qui drogue ses enfants a bien peu de chance de surnager au milieu d’un raz-de-marée qui chamboule l’univers.
Face à un désastre annoncé, il faut sûrement réagir. Autant dire être… réactionnaire. Quand tout le monde se précipite vers un gouffre, il serait peut-être sage de faire demi-tour.

19 Août 2011 | Comments (16)

La solidarité européenne est une imposture

Le moins qu’on puisse dire est que le sommet Merkel-Sarkozy d’hier n’a rassuré personne. Et ceux qui avaient eu la naïveté d’en attendre quelque chose n’ont pu que s’avouer déçus.
Les quatre idées émises par la chancelière allemande et le président français n’ont, en réalité, aucun sens.
Paris et Berlin vont proposer aux quinze autres pays de la zone euro la création d’ « un gouvernement économique » commun.
A première vue, cette idée s’impose et aurait même dû s’imposer avant la création de la zone euro. Il était absurde d’instaurer une monnaie unique dans dix-sept pays dont les économies étaient totalement disparates. On a mis la charrue avant les bœufs.
Mais à la réflexion, il est évident que cette gouvernance commune ne verra jamais le jour.
D’abord, parce qu’un « gouvernement économique » qui, comme on nous le propose, ne se réunirait que… deux fois par an et serait dirigé par Herman van Rompuy, le président totalement inconnu de l’Union Européenne, n’aurait évidemment aucune réalité.
Ensuite, parce qu’on voit mal quelle gouvernance économique commune pourrait être mise en oeuvre à la fois en Allemagne et au Portugal, en France et en Grèce, en Espagne et en Estonie, au Portugal et en Slovénie. L’idée de ce gouvernement économique d’une zone euro souligne même avec acuité toutes les incohérences de la zone euro. Malte et l’Autriche, Chypre et la Finlande n’ont rien de commun sur le plan économique. Il était absurde leur attribuer la même monnaie. Il serait absurde maintenant de vouloir leur imposer une gouvernance économique commune.
Enfin, parce qu’un gouvernement économique de la zone euro serait un pas gigantesque franchi par les dix-sept pays vers le fédéralisme. Nous n’avons déjà plus de frontières, plus de monnaies, notre justice et nos parlements doivent s’incliner devant la justice et la législation européennes, si nous perdions notre indépendance économique (toute relative) les nations disparaitraient à tout jamais. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont un sacré culot d’évoquer cette mainmise des technocrates bruxellois sur toutes nos économies, sans même nous avoir demandé notre avis.
La deuxième idée, celle de la « règle d’or » (pour l’équilibre des budgets) qui serait instaurée dans les dix-sept pays de l’euro-land est, elle aussi, à première vue excellente. On peut d’ailleurs s’étonner qu’il faille inscrire dans le marbre des constitutions une règle qui semble aussi élémentaire que celle qui consiste, pour un pays, à ne pas dépenser plus qu’il ne possède.
Cela dit, tous les pays faisant de la cavalerie depuis des décennies, il y a bien peu de chance pour que la majorité d’entre eux accepte soudain de se montrer aussi vertueuse que les Allemands. Le débat qui a lieu en France à ce sujet entre Sarkozy et l‘opposition prouve que, comme souvent, la vertu se confond avec la démagogie.
La troisième idée, celle d’une taxation des transactions financières, peut séduire évidemment tous les altermondialistes et tous ceux qui s’imaginent qu’il suffit de faire payer les riches pour enrichir les pauvres. Elle oublie cependant un détail qui a tout de même son importance. Les transactions financières se font à travers la planète entière. Les bourses d’Asie ont désormais plus d’importance que celles de notre vieux continent. Imposer une taxation sur les transactions se faisant en Europe tuerait purement et simplement notre vie financière. Est-ce vraiment une bonne idée ?
La dernière idée de notre couple franco-allemand serait d’harmoniser la fiscalité des entreprises entre la France et l’Allemagne autant dire baisser la fiscalité française et augmenter l’allemande Pourquoi pas ? Sauf qu’on ne comprendrait pas pourquoi les entreprises allemandes accepteraient de payer plus d’impôts et donc de perdre leur compétitivité.
Certains observateurs espéraient qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se mettraient d’accord pour créer des « euro-obligations ». Au nom de la solidarité européenne, tous les pays de la zone euro mettraient en commun leurs dettes et paieraient un même taux d’emprunt. Ce serait « gentil » pour des pays comme la Grèce qui sont désormais astreints à des taux de 18% puisque cette mutualisation des emprunts ramènerait le taux à 5%. Détail qui a, là aussi, son importance, l’Allemagne emprunte au taux de 2,3%. On voit mal pourquoi Angela Merkel aurait accepté cette idée qui ferait passer le taux d’emprunt des Allemands de 2,3% à 5%.
Nicolas Sarkozy nous affirme que tout cela sera possible quand l’Europe se sera encore davantage « fédéralisée ». Il est persuadé que les Français (qui ont refusé la Constitution de Giscard mais il n’a tenu aucun compte des résultats du référendum) souhaitent cette marche vers le fédéralisme et que d’ailleurs cette Europe fédérale est inscrite dans l’histoire.
Or, quoi qu’en pensent les « eurolâtres », il est de plus en plus évident que les peuples européens ne veulent pas de la suppression de leurs nations et de cette Europe qu’on leur prépare.
La Yougoslavie a éclaté en retrouvant ses nations d’antan ; la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux ; les riches flamands ne veulent plus vivre avec les pauvres wallons ; les Italiens de la Ligue du Nord en ont assez de payer pour les Napolitains ; les Espagnols sont désormais avant tout Catalans, Castillans ou Basques ; les Ecossais se sentent de moins en moins britanniques. C’est, plus que jamais, le retour au « chacun pour soi ».
Et c’est au moment précis où, en pleine crise économique, politique et morale, chaque peuple veut retrouver ses racines, ses particularités, son indépendance que l’on voudrait nous parler d’une Europe fédérale où les riches devraient payer pour les pauvres au nom d’une solidarité européenne que personne ne ressent.
Contrairement à ce que semblent croire nos dirigeants, le XXIème siècle ne sera pas celui d’une Europe fédérale avec un gouvernement économique et politique unique, des règles identiques imposées à tout le monde, mais bien celui du réveil de tous les nationalismes où l’égoïsme de chacun l’emportera sur une solidarité dont personne ne veut.
On peut le regretter mais c’est là une évidence. La crise que nous traversons aujourd’hui ne renforce pas la solidarité européenne qui n’a d’ailleurs jamais été qu’une utopie. Elle persuade au contraire les Européens que l’Europe n’était pas (encore) une bonne idée et qu’il leur faut retrouver leur pré carré. Ce n’est pas avec davantage d’Europe que nous sortirons d’un marasme dans lequel l’Europe nous a plongés.
Les quatre idées que vient de nous sortir le couple (contrenature) franco-allemand sont à contre-sens des réalités.

17 Août 2011 | Comments (6)

L’Allemagne ne paiera plus !

Nous sommes vraiment d’une naïveté confondante ! Depuis huit jours, tout le monde attend avec impatience la rencontre Merkel-Sarkozy de cet après-midi. Nous sommes dans une tempête épouvantable, nos rafiots font eau de toutes parts, il n’y a plus de croissance, les dettes sont abyssales, les Etats, les banques sont au bord de la faillite, le chômage va, évidemment, exploser, les impôts augmenter, c’est la fin apocalyptique de la vieille Europe et, sans doute, de tout l’Occident qui a régné sur le monde pendant quelques siècles et on nous raconte qu’en prenant le thé aujourd’hui à l’Elysée, la chancelière allemande et le président français vont tout arranger.
En 1940, alors que les chars de Guderian fonçaient à travers les Ardennes, le gouvernement français, francs-maçons compris, était allé en grande pompe, prier à Notre-Dame. Merkel et Sarkozy pourraient en faire autant.
On ne connaît pas encore le communiqué rassurant, pontifiant et mensonger que va publier l’Elysée à l’issue de cette rencontre mais quels que soient les rustines, les engagements, les scénarios qu’on va nous sortir du chapeau tout cela est dérisoire. Et pour trois raisons.
Quand le bateau coule, c’est toujours le sauve-qui-peut, le chacun pour soi. Sarkozy a beau nous bassiner avec la solidarité européenne, l’exigence de sauver l’euro, nos devoirs à l’égard d’Athènes, de Lisbonne, de Dublin, de Madrid ou de Rome, on ne voit vraiment pas pourquoi –et surtout comment- la France dont la dette dépasse déjà 1.500 milliards pourrait s’endetter encore davantage pour sauver ces pays qui ont fait n’importe quoi depuis des années. Nos banques sont ruinées parce qu’elles ont prêté aveuglément à tous ces pays. Va-t-on continuer à « banquer » pour couler définitivement avec eux en entonnant l’Hymne à la Joie européen ? L’Europe devait nous permettre à tous –souvenons-nous des promesses de tous nos dirigeants- de connaître un développement harmonieux. Elle nous conduit droit à la mort dans un naufrage collectif. A qui fera-t-on croire que la Grèce, le Portugal, l’Irlande et les autres parias pourront, un jour, nous rembourser en respectant les plans de rigueur impossibles à supporter qu’on veut leur imposer ?
La deuxième raison qui rend la rencontre d’aujourd’hui dérisoire est que Berlin et Paris n’ont rien de commun. On nous parle du couple franco-allemand comme s’il s’agissait de deux pays frères, main dans la main, dominant l’Europe et capables de sauver tout le monde.
On oublie que l’Allemagne s’en sort beaucoup mieux que nous, qu’elle travaille, qu’elle produit, qu’elle exporte, que sa balance commerciale est très largement bénéficiaire alors que la nôtre est dans le rouge vif depuis longtemps et qu’elle peut emprunter à un taux infiniment inférieur à celui qui nous est appliqué. Aucune agence de notation n’a jamais pensé dégrader la note de l’Allemagne alors que nos fameux trois A sont de plus en plus menacés. On fait mine de ne pas savoir qu’aux yeux des Allemands et d’un certain nombre de « gens du Nord », la France est considérée comme « un pays club Med’ », c’est-à-dire un pays où il fait bon vivre, où il est agréable d’aller passer des vacances mais avec lequel il n’est pas possible de travailler sérieusement.
Nos 35 heures les font sourire, nos grèves les stupéfient, notre système de protection sociale les sidère. Et quand ils nous entendent évoquer la solidarité européenne et les aides qu’il nous faudrait apporter à tous les bras cassés et à tous les culs-de-jatte de l’Union européenne, ils ont envie de remettre leurs casques à pointe en chantonnant Wagner. Non, l’Allemagne ne paiera plus ! Pour personne. Le dialogue Merkel-Sarkozy ne peut être qu’un dialogue de sourds car la chancelière ne veut rien entendre des balivernes européennes du Français.
Enfin, la troisième raison qui rend ces gesticulations diplomatiques ridicules est, sans doute, plus grave encore. Pendant longtemps on a cru que le pouvoir politique dominait des réalités et pouvait maîtriser les situations. De Gaulle disait –et démontrait- que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille. Cette heureuse époque est révolue depuis belle lurette. Les politiciens, faute de clairvoyance, d’idées, de volonté, se sont déconsidérés. Ils n’ont plus prise sur rien. Depuis des décennies, qu’ils soient de droite ou de gauche ou même du centre, ils ne sont plus que des marionnettes désarticulées qui n’amusent même plus ni le tapis ni la galerie avec leurs promesses et leurs rodomontades. C’est à la corbeille que se fait la politique.
Merkel et Sarkozy pourront, ce soir, nous raconter n’importe quoi, ils sont comme deux bouchons perdus sur les vagues de la tempête. Ce sont les « marchés » et eux seuls qui décident désormais et qui ont, sans doute, déjà prononcé notre condamnation.

16 Août 2011 | Comments (13)

L’été meurtrier

Les vacances sont généralement considérées comme un acquis social que les salariés ont réussi à arracher au patronat pour connaître, eux aussi, les douceurs du farniente. Mais, à la réflexion, on peut se demander si ces fameux congés payés ne sont pas un piège tendu aux petits par les grands, les gros, les puissants pour pouvoir faire leurs pires vilénies en toute impunité.
Voici que les braves gens rentrent de leurs plages et de leurs terrains de camping. Que trouvent-ils à la maison ? Un univers dévasté. L’été a été meurtrier. Ils s’aperçoivent qu’ils ont perdu leurs économies, que la bourse s’est effondrée, que les banques sont au bord de la faillite, que l’euro qui devait sauver à tout jamais le vieux continent est en perdition, que les Etats sont ruinés. C’est la catastrophe et le sauve-qui-peut.
On avait dit aux Français que la crise était surmontée, que tout allait redémarrer comme avant et qu’ils pouvaient aller se dorer au soleil tranquillement. Après un mois de ciel gris, de pluie et de bourrasque, on leur annonce qu’on est au bord du précipice, que la croissance est à zéro, que les impôts vont augmenter, les aides en toutes sortes diminuer et donc qu’il va falloir réduire la consommation et que le chômage va encore s’aggraver.
On leur raconte que c’est de la faute de ces mystérieuses agences de notation qui s’amuseraient à dégrader les Etats comme des institutrices revêches qui prendraient plaisir à mettre au coin de mauvais élèves. Il y a trois ans, on avait accusé les traders d’être à l’origine de tous nos malheurs. Cette fois ce serait le thermomètre qui serait responsable de ce qui ressemble bien à une agonie.
Pourquoi ne pas nous dire la vérité qui est évidente ? Cela fait des années que nous courrons joyeusement à notre perte. Et pour deux raisons : une mondialisation mal gérée et des Etats enivrés par la démagogie.
La mondialisation –inévitable à l’heure de l’Internet- aurait pu être une chance si, comme on nous l’avait promis, elle avait permis des échanges planétaires, tout le monde produisant, tout le monde consommant. Or, les pays pauvres sont devenus des producteurs inondant la planète de leurs produits, sans se mettre pour autant à consommer, et les pays riches se sont gobergés de ces produits venus d’ailleurs, sans plus rien fabriquer.
La mondialisation a divisé la planète, avec, d’un côté, des fourmis travaillant sans relâche d’arrache-pied en se privant de tout et, de l’autre, des cigales ravies de leur sort et totalement inconscientes de leur déclin.
Les fourmis se sont enrichies, à ne plus savoir quoi faire de leurs dollars, les cigales se sont ruinées et la bise est arrivée. Les pays qu’on disait « les plus riches de la planète » se sont endormis sur leur tas d’or et celui-ci a fondu comme neige au soleil alors que les pauvres, les faméliques, les sous-développés ont fait fortune. Le réveil est forcément douloureux.
On avait oublié que la règle d’or du commerce international est que les uns et les autres produisent et consomment. Si les uns se contentent de consommer et les autres de produire, tout finit, bien vite, par basculer dans l’absurde. Aujourd’hui, ce sont les « petits Chinois » qui possèdent l’Amérique et qui rachètent nos entreprises.
Mais nous ne nous sommes pas contentés de ne plus rien faire de nos dix doigts. Pour ne pas voir arriver la catastrophe nous avons créé un monde d’illusion. Nous ne fabriquions plus rien, nous ne vendions plus rien, nous nous ruinions à tours de bras, qu’importe, l’Etat paierait.
Les peuples paresseux ont imaginé l’Etat providence. Il suffisait de faire tourner la planche à billets. Mais elle a fini par tourner dans le vide. La vache-à-lait est moribonde car elle n’a plus de fourrage depuis bien longtemps.
Inutile de s’en prendre aux agences de notation. Nous sommes ruinés et nos Etats avec.
La France a 1.500 milliards de dettes, 4 millions de chômeurs, 8 millions d’habitants qui vivent sous la ligne de pauvreté et une croissance de zéro ! Le gouvernement nous dit qu’il va supprimer quelques niches fiscales. Il pourrait aussi augmenter le prix des cigarettes ! Tout cela est évidemment dérisoire. Au milieu d’un incendie dévastateur, on ne joue pas avec des bouts de chandelle.
Il faudrait remettre en cause cette mondialisation en imposant aux producteurs de devenir aussi des consommateurs, remettre en cause notre économie en la recréant pour qu’elle puisse exporter, remettre en cause notre « civilisation » d’assistés, d’allocataires en toutes sortes.
Curieusement, cette crise qui devient une hécatombe redonne quelques couleurs à Nicolas Sarkozy, comme si, au milieu de la tempête, les Français avaient soudain peur de changer d’équipage. « Il a l’expérience », nous dit-on de ce capitaine qui, en quatre ans et demi, n’a su éviter aucun écueil se laissant balloter au milieu du cyclone.
Il est vrai que les autres, les socialistes, bras ballants, manquent cruellement, eux aussi, d’idées. Ils n’ont rien d’autre à proposer qu’une rencontre au sommet avec le chef d’Etat. Pour prendre le thé ?
L’appareil pique droit vers le crash et plus personne n’est capable de prendre les commandes.

14 Août 2011 | Comments (10)