Tout le monde s’indigne des rumeurs qui circulent depuis plusieurs jours dans Tout-Paris (et sur l’Internet) selon lesquelles Martine Aubry serait une alcoolique invétérée et, en plus, mariée à un militant islamiste. Et certains redoutent déjà que cette campagne présidentielle qui commence ne se transforme rapidement en un torrent de boue dans lequel pataugeraient tous les candidats.
Il ne fait guère de doute que « l’affaire DSK » qui a éliminé celui qu’on donnait déjà comme le grand vainqueur de 2012 n’est pas de très bon augure et que bien rares seront ceux qui pourront se draper dans leur dignité tout au cours de la compétition.
Cela dit, il ne faut pas se tromper. La question n’est pas de savoir si on a le droit d’évoquer les addictions de tel ou tel candidat, voire les engagements de son conjoint. La question est de savoir si c’est vrai ou non. Et il est absurde et scandaleux de brandir le fameux secret de la vie privée dans ces cas-là.
Un(e) candidat(e) à la présidence de la République n’a pas de vie privée. Les Français sont en droit de savoir si tel homme ou tel femme qui brigue leurs suffrages pour occuper la plus haute charge de la République est un alcoolique, un drogué, un obsédé sexuel ou même s’il est atteint d’une maladie incurable qui risque de diminuer ses capacités à assumer sa fonction.
Nous avons eu deux présidents gravement malades, Pompidou et Mitterrand. On nous l’avait caché au nom du respect de la vie privée. C’était inadmissible.
Sans l’incident du Sofitel de New-York, nous aurions peut-être élu, pour cinq ans, un malade sexuel qui, devenu président de la République française, aurait sans doute fait défiler les prostituées à l’Elysée, par des portes dérobées, et se serait jeté sur tous les jupons circulant dans les couloirs des sommets internationaux.
On ne peut que remercier Mme Diallo d’avoir fait connaître à temps au monde entier –et plus encore aux électeurs français- les penchants du directeur général du FMI. Car, même si rien ne permet encore d’affirmer que DSK a violé la femme de ménage guinéenne, l’enquête a prouvé que, cette nuit-là, il avait déjà fait des « propositions » à deux salariées du Sofitel et qu’il était finalement monté dans sa chambre avec une femme qui n’était pas la sienne. Attitude qui n’est, certes, pas condamnable par la loi mais qui est totalement incompatible avec les fonctions de chef de l’Etat.
Or, on nous dit aujourd’hui que « tout le monde » connaissait les addictions de DSK mais que personne ne voulait en parler… par respect de sa vie privée.
Va-t-on, au nom de ce même respect et pour ne pas avoir à patauger dans la boue, nous faire élire une alcoolique mariée à « un fou d’Allah » ?
Seulement voilà, rien ne prouve que la fille de Jacques Delors ne désoûle pas et que son mari ait fait autre chose que de défendre, comme tout avocat, des accusés islamistes.
La démocratie exige la transparence mais ne peut supporter ni les rumeurs ni les ragots. Nous avons le droit de tout savoir sur ceux qui se présentent à nos suffrages, y compris leurs vices cachés. Mais comment faire sans prendre le risque d’ouvrir la porte aux pires calomnies ?
Cela dit, connaissant un peu Martine Aubry, je ne pense vraiment pas qu’elle boive au-delà de raison.

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