Plus personne ne fait attention à ce que dit Ségolène Royal. Dans la course aux primaires de la gauche, elle est très loin derrière François Hollande et Martine Aubry. Il faudrait un miracle -ou un, voire deux coups de théâtre- pour qu’elle puisse l’emporter en octobre prochain. Pour l’instant, on a l’impression qu’elle prêche non pas dans le désert mais dans le trop plein des candidats ce qui la rend encore plus inaudible. Alors, forcément, elle dit un peu n’importe quoi pour essayer de se faire entendre. Comme Eva Joly avec son idée de supprimer le défilé militaire du 14juillet.
Hier, pendant le journal de la 2, elle nous a déclaré froidement qu’elle voulait « rassembler les socialistes, ensuite les écologistes, puis l’extrême gauche, mais aussi les centristes humanistes, mais aussi la droite gaulliste ».
Sur le papier, c’est une bonne idée. Le candidat qui réunirait sur son nom toute la gauche, tout le centre et une partie de la droite aurait, évidemment, mathématiquement, toutes les chances de l’emporter. On peut, naturellement, chipoter. Y a-t-il des centristes qui ne soient pas « humanistes » et les gaullistes sont-ils vraiment « de droite » ? Mais qu’importe.
C’est sur le fond que cette promesse de Ségolène Royal est totalement absurde. Comment peut-elle imaginer que ceux qui auront voté au premier tour pour Mélenchon, Eva Joly, Bayrou, Borloo ou Villepin se reportent, au second tour, sur son nom ? N’a-t-elle pas compris qu’il y a un fossé infranchissable entre les trotskistes nostalgiques de mai 68 et du Grand Soir et les gaullistes nostalgiques, eux, de la grandeur de la France et d’un Etat puissant assumant toutes ses responsabilités ? Ignore-t-elle que toute l’histoire de la Vème République n’a été qu’un combat sans merci entre les admirateurs puis les héritiers (même parfois un peu usurpateurs) du Général et les adeptes d’une gauche reconstituée par Mitterrand ?
Et d’ailleurs quelle politique pourrait bien mener un président élu à la fois par des révolutionnaires anti-capitalistes et des défenseurs du capitalisme, des anti-européens et des partisans du fédéralisme, des atlantistes et des passionnés de l’indépendance nationale, etc.
Il est de bon ton, depuis quelques années, d’affirmer que les notions de droite et de gauche n’existent plus. Mais cela fait partie des non-sens que certains bons esprits prennent plaisir à énoncer dans les salons élégants et les salles de rédaction parisiens. Jamais, depuis la fin du gaullisme du Général (qui permettait une certaine équivoque) l’antagonisme entre la droite et la gauche n’a été aussi prononcé.
Ségolène Royal rêve, comme tous les autres candidats, de rassembler sous son drapeau tous ceux qui haïssent, qui détestent, qui méprisent, qui ne supportent plus Sarkozy. Cela fait, bien sûr, beaucoup de monde et cela pourrait bien faire une majorité. Mais si l’anti-sarkozisme sera, évidemment, l’un des éléments moteurs de ce scrutin de 2012, il ne suffit pas à lui seul pour faire un programme. Ca serait trop facile.
Ségolène Royal a d’ailleurs oublié un détail important. Avant de réunir son « union sacrée » contre Sarkozy, il va lui falloir franchir l’épreuve redoutable des primaires de la gauche. En affichant ses (nouvelles) sympathies pour les ennemis de classes, les bourgeois et les capitalistes, elle risque bien de perdre toutes ses dernières chances d’être désignée comme la candidate du peuple de gauche. Nicolas Hulot s’est suicidé, à la veille des primaires écologistes, en osant évoquer des liens qu’il pourrait avoir avec Borloo. Là, elle a fait bien pire encore.

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