Paraphrasant Maurice Thorez qui, lui, parlait d’une grève, Nicolas Sarkozy, en visite surprise à Kaboul, a déclaré ce matin qu’il fallait « savoir finir une guerre ». Il a parfaitement raison.
Un humoriste du siècle dernier affirmait même : « Le meilleur moyen de terminer rapidement une guerre est de la perdre ». C’est ce que nous faisons, si ce n’est que nous avons mis dix ans pour nous apercevoir que cette guerre d’Afghanistan était perdue d’avance.
Sarkozy nous affirme que nos soldats ont fait un travail remarquable, que la situation s’est considérablement améliorée sur le terrain et que les troupes afghanes que nous entraînons vont être parfaitement capables d’assurer notre relève.
Tout cela est faux. Nos soldats ont fait ce qu’ils ont pu mais se sont surtout fait tirer comme des lapins dans un paysage infernal, au milieu d’une population de guerriers qui a fini par les détester en les considérant comme des troupes d’occupation. La situation sur le terrain s’est considérablement détériorée. Le général commandant les troupes françaises l’a reconnu. Les Talibans, jouant sur le réflexe xénophobe et « anti-infidèles » des tribus, recrutent à nouveau chaque jour des adeptes, tout en gagnant du terrain. Enfin, le régime de Karzaï étant de plus en plus corrompu –le propre frère de Karzaï vient de se faire assassiner dans le sud du pays sans doute pour une affaire de drogue- on voit mal comment les autorités de Kaboul pourraient assurer un minimum de sécurité à travers ce pays morcelé par les querelles ethniques et dominé par des chefs de guerre s’adonnant à tous les trafics.
Mais qu’importe, l’essentiel est que nous abandonnions au plus tôt cette galère dans laquelle on pouvait se demander ce que nous étions allés faire.
On l’a oublié mais les Etats-Unis nous avaient entraînés dans cette guerre d’Afghanistan pour venger les attentats du 11 septembre. Avec la mort de Ben Laden, on peut dire que c’est chose faite.
Qu’on ne nous raconte maintenant que notre mission est d’imposer la démocratie à ces peuples qui n’en veulent pas et de les contraindre à adopter notre mode de vie qu’ils rejettent. Les femmes afghanes ont toujours été voilées (bien avant le règne des Talibans) et les Afghans ont toujours préféré la Charia à la déclaration des Droits de l’Homme. On peut le regretter mais c’est ainsi et l’heure du colonialisme qui permettait aux grandes puissances occidentales d’imposer leurs conceptions de la vie aux peuples lointains est révolue depuis longtemps. Rapatrions vite nos soldats et laissons les Afghans voiler leurs femmes et s’entretuer en toute liberté.
Les hasards du calendrier ont fait que le jour même où Sarkozy reconnaissait qu’il fallait « savoir finir une guerre », l’Assemblé Nationale débattait de la guerre en Libye. Nous sommes décidemment un peuple bien guerrier !
Ce qui est stupéfiant c’est que personne, ni à l’UMP, ni au PS, n’a ressorti la phrase du jour de Sarkozy. Depuis quatre mois, forts d’un mandat de l’ONU, nous pilonnons la Libye, avec l’espoir qu’une de nos bombes finira par écraser Khadafy sous sa tente ou dans un de ses palais. Il a fallu dix ans et plus de cent mille hommes à la coalition pour tuer Ben Laden combien de temps et combien de tapis de bombes nous faudra-t-il pour tuer Khadafy ?
On nous raconte que nous bombardons la Libye, que nous armons et encadrons les rebelles « pour protéger le peuple libyen » de la brutalité sanguinaire de son chef et permettre à la démocratie d’éclore dans les dunes de Tripolitaine et de Cyrénaïque. Cela ressemble tout de même à de l’ingérence mais on voudrait surtout savoir combien de morts, combien de destructions ont fait nos quatre mois de bombardements et qui sont très exactement ces rebelles que Bernard-Henri Lévy nous présente comme des démocrates de bon aloi. Souvenons-nous de nos « intellectuels » qui nous avaient présenté l’ayatollah Khomeiny comme un démocrate, sans parler de ceux qui avaient applaudi à la victoire des Khmers rouges.
C’est très beau de courir au secours des peuples martyrisés mais ce n’est pas en les bombardant qu’on les sauve et la France n’a pas pour mission de protéger tous les martyrisés de la planète, même ceux dont le sous-sol regorge de pétrole.
Oui, il faut savoir finir une guerre. Il aurait d’ailleurs fallu savoir ne pas se lancer dans ce genre d’aventure

Mots-clefs : ,