La stupéfiante déclaration d’Eva Joly qui voudrait supprimer le défilé militaire du 14 juillet est devenue « l’affaire » du week-end. On en parle davantage que de la mort de nos soldats en Afghanistan, de la dette des Etats-Unis ou de la crise de l’euro. Eva Joly a donc, d’une certaine manière, réussi son coup, puisque aujourd’hui l’essentiel est de « faire la une » de la presse, quitte à lâcher les pires âneries.
Mais François Fillon est tombé dans le piège en déclarant, d’Abidjan « Cette dame n’a pas une culture très ancienne des traditions, des valeurs françaises, de l’histoire française ». Pourquoi diable le premier ministre n’a-t-il pas laissé les amis de la candidate écologiste, socialistes ou autres, se charger de ridiculiser la proposition de la petite dame ? Ils avaient commencé à le faire.
En s’en prenant à elle (qui ne représente, pour l’instant, que 5% des intentions de vote) il a créé une polémique et, au lieu de la laisser patauger dans son antimilitarisme soixante-huitard bien démodé, il a transformé la gaffeuse en victime.
Ravis de l’aubaine, la gauche, l’extrême-gauche et les écologistes qui ne savaient pas comment se dépêtrer de cette sortie idiote de leur amie ont pu rebondir en accusant Fillon de xénophobie.
Le premier ministre a, évidemment, eu tort de réagir de la sorte. Cela dit, il a tout de même soulevé un vrai problème à l’heure des débats sur l’identité nationale et la bi-nationalité.
Naturellement, le politiquement correct et la pensée unique interdisent aujourd’hui de se demander si une norvégienne ayant acquis la nationalité française par mariage voici cinquante ans est une française comme les autres, à part entière, apte à remplir la plus haute fonction de la République.
Que les choses soient claires. Nous avons, ici même, fait partie de ceux, nombreux, qui ont été scandalisés quand le président de la République a voulu établir une différence entre les Français « de souche » et les Français « de fraîche date » en cas de crimes particulièrement graves. Il n’y a pas deux catégories de Français, même pour les assassins de policiers. On ne peut pas jouer avec la déchéance de la nationalité.
Mais il faut tout de même reconnaître que la fonction de président de la République est un cas un peu à part (qui n’a rien à voir avec celui des criminels) et qu’il serait invraisemblable d’avoir, à l’Elysée, un chef de l’Etat à l’accent totalement incompréhensible. Ce qu’on peut reprocher à la candidate des Verts, c’est moins son antimilitarisme primaire que son maniement approximatif de notre langue et cette enfance et cette adolescence passées dans les neiges du grand nord qui ne l’ont sans doute pas familiarisée avec nos traditions, nos défauts, nos usages.
Aux Etats-Unis, la plus ancienne des démocraties, la loi exige que les candidats à la Maison-Blanche soient nés sur le sol américain (à l’exception des descendants directs de Lafayette) ce qui explique qu’Henry Kissinger n’ait pas pu être candidat. Chez nous, ce n’est pas le cas. Giscard était né en Allemagne, Ségolène Royal est née au Sénégal, Villepin au Maroc. Mais, même si ce n’est pas précisé dans la Constitution, le bon sens veut qu’ils parlent « normalement » le français.
Les militants d’Europe Ecologie Les Verts savent parfaitement que leur candidat n’a aucune chance d’entrer à l’Elysée. Ils pouvaient donc choisir « une pasionaria venue des igloos », « une femmelette norvégienne » comme on dit certains, pour les représenter lors d’un petit tour de piste du premier tour.
Et si Fillon n’a pas été habile en voulant se mêler au débat, on ne peut pas l’accuser d’avoir « bafoué les valeurs de la République » (Martine Aubry) ou d’avoir tenu « des propos intolérables en faisant de la xénophobie à l’état pur » (Mélenchon). Le premier ministre qui a eu dans son gouvernement Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade -ce qui devrait l’exonérer de toute accusation de racisme ou de xénophobie- a simplement fait remarquer que cette franco-norvégienne qui, tout en baragouinant notre langue, voulait s’en prendre à nos traditions, n’avait sans doute pas sa place à la tête de l’Etat.
Par les temps qui courent c’est sûrement maladroit mais c’est presque courageux.

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