De coup de théâtre en coup de théâtre, on ne peut pas dire que « l’affaire DSK » se simplifie. Résumons : le « présumé innocent » dont tout le monde avait déjà fait un « coupable évident» devient –enfin- un « présumé innocent » mais est toujours « accusé » d’avoir violé une jeune femme qui était jusqu’à présent « présumée victime » mais qui devient désormais une simple « accusatrice », tout en étant, elle-même, « présumée coupable » d’avoir menti.
En clair : tout le monde est convaincu qu’il y a bien eu « rapports sexuels » entre DSK et la femme de ménage du Sofitel –les tests ADN l’ont prouvé- mais personne ne peut savoir s’ils étaient « consentis », « forcés » ou « monnayés », ce qui, bien sûr, change tout.
C’est donc « parole contre parole », celle d’une modeste femme de ménage contre celle de l’ancien patron du FMI.
Au début de l’affaire, les magistrats new-yorkais (et l’opinion mondiale) ont visiblement préféré croire la pauvre jeune femme guinéenne plutôt que celui qu’on disait être « l’un des hommes les plus puissants de la planète ».
Or, l’enquête du procureur-accusateur a démontré que « la pauvrette » avait menti lors de son entrée aux Etats-Unis, qu’elle avait pour « petit ami » un trafiquant de drogue actuellement en prison, qu’elle avait reçu des versements anormalement élevés sur son compte en banque et qu’elle avait téléphoné, peu après « l’incident », pour savoir les avantages financiers qu’elle pourrait éventuellement en tirer.
La parole de la femme de ménage devenait donc sujette à caution et l’image de la victime en prenait un sérieux coup. Mais une accusatrice, même contestable, même en situation irrégulière, même mêlée à des trafics et même poussée par l’appât du gain, peut parfaitement avoir été « une victime innocente ». On en est là.
Dès le début de l’affaire et la révélation des premiers tests, tout le monde avait compris que la seule défense possible de DSK était de discréditer son accusatrice. C’est le procureur lui-même qui s’en est chargé, avant même les avocats de la défense. Mais ce discrédit n’innocente en rien DSK.
Avant la séance du tribunal qui, cet après-midi, a redonné à DSK sa caution et sa liberté (mais pas son passeport) ses amis français imaginaient déjà qu’il allait être libéré, regagner Paris et se lancer dans la campagne des primaires. Ils croyaient que tout allait être possible de nouveau, comme avant et comme si rien ne s’était passé. Leur amitié les avait, évidemment, égarés. L’affaire est loin d’être terminée et DSK ne pourra, sans doute, jamais entrer en lice pour ces présidentielles de 2012.
Reste d’ailleurs à savoir ce que deviendrait l’image de DSK aux yeux des Français même s’il était prouvé qu’il n’y a pas eu viol et que les fameux rapports sexuels avec la femme de ménage étaient soit consentis soit monnayés.
DSK apparaitrait-il comme la malheureuse victime innocente d’une sorte de piège organisé par des petits trafiquants new-yorkais ou comme un obsédé sexuel totalement incapable de maîtriser ses instincts ?
Même innocenté de tout viol, DSK restera à tout jamais comme un malade qui ne peut pas s’empêcher de sauter sur le premier jupon qui passe devant lui. On dit qu’après cinq ans de Sarkozy, les Français sont à la recherche d’un président qui aurait une certaine envergure, de « l’allure » et qui saurait représenter dignement la France. DSK n’est, évidemment, plus l’homme de la situation.
Strauss-Kahn ne va sans doute pas être condamné aux 74 ans de prison qu’on lui avait promis et ne finira pas ses jours dans une prison américaine mais il y a bien peu de chance qu’il puisse les finir à l’Elysée.

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