Archives par moisjuillet 2011



Ségolène Royal et les gaullistes

Plus personne ne fait attention à ce que dit Ségolène Royal. Dans la course aux primaires de la gauche, elle est très loin derrière François Hollande et Martine Aubry. Il faudrait un miracle -ou un, voire deux coups de théâtre- pour qu’elle puisse l’emporter en octobre prochain. Pour l’instant, on a l’impression qu’elle prêche non pas dans le désert mais dans le trop plein des candidats ce qui la rend encore plus inaudible. Alors, forcément, elle dit un peu n’importe quoi pour essayer de se faire entendre. Comme Eva Joly avec son idée de supprimer le défilé militaire du 14juillet.
Hier, pendant le journal de la 2, elle nous a déclaré froidement qu’elle voulait « rassembler les socialistes, ensuite les écologistes, puis l’extrême gauche, mais aussi les centristes humanistes, mais aussi la droite gaulliste ».
Sur le papier, c’est une bonne idée. Le candidat qui réunirait sur son nom toute la gauche, tout le centre et une partie de la droite aurait, évidemment, mathématiquement, toutes les chances de l’emporter. On peut, naturellement, chipoter. Y a-t-il des centristes qui ne soient pas « humanistes » et les gaullistes sont-ils vraiment « de droite » ? Mais qu’importe.
C’est sur le fond que cette promesse de Ségolène Royal est totalement absurde. Comment peut-elle imaginer que ceux qui auront voté au premier tour pour Mélenchon, Eva Joly, Bayrou, Borloo ou Villepin se reportent, au second tour, sur son nom ? N’a-t-elle pas compris qu’il y a un fossé infranchissable entre les trotskistes nostalgiques de mai 68 et du Grand Soir et les gaullistes nostalgiques, eux, de la grandeur de la France et d’un Etat puissant assumant toutes ses responsabilités ? Ignore-t-elle que toute l’histoire de la Vème République n’a été qu’un combat sans merci entre les admirateurs puis les héritiers (même parfois un peu usurpateurs) du Général et les adeptes d’une gauche reconstituée par Mitterrand ?
Et d’ailleurs quelle politique pourrait bien mener un président élu à la fois par des révolutionnaires anti-capitalistes et des défenseurs du capitalisme, des anti-européens et des partisans du fédéralisme, des atlantistes et des passionnés de l’indépendance nationale, etc.
Il est de bon ton, depuis quelques années, d’affirmer que les notions de droite et de gauche n’existent plus. Mais cela fait partie des non-sens que certains bons esprits prennent plaisir à énoncer dans les salons élégants et les salles de rédaction parisiens. Jamais, depuis la fin du gaullisme du Général (qui permettait une certaine équivoque) l’antagonisme entre la droite et la gauche n’a été aussi prononcé.
Ségolène Royal rêve, comme tous les autres candidats, de rassembler sous son drapeau tous ceux qui haïssent, qui détestent, qui méprisent, qui ne supportent plus Sarkozy. Cela fait, bien sûr, beaucoup de monde et cela pourrait bien faire une majorité. Mais si l’anti-sarkozisme sera, évidemment, l’un des éléments moteurs de ce scrutin de 2012, il ne suffit pas à lui seul pour faire un programme. Ca serait trop facile.
Ségolène Royal a d’ailleurs oublié un détail important. Avant de réunir son « union sacrée » contre Sarkozy, il va lui falloir franchir l’épreuve redoutable des primaires de la gauche. En affichant ses (nouvelles) sympathies pour les ennemis de classes, les bourgeois et les capitalistes, elle risque bien de perdre toutes ses dernières chances d’être désignée comme la candidate du peuple de gauche. Nicolas Hulot s’est suicidé, à la veille des primaires écologistes, en osant évoquer des liens qu’il pourrait avoir avec Borloo. Là, elle a fait bien pire encore.

18 Juil 2011 | Comments (5)

Les binationaux… à moitié français

En répliquant un peu vertement à Eva Joly qui avait proposé de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, François Fillon a permis à la gauche de faire oublier son désaccord sur ce problème avec la candidate écologiste. Mais le premier ministre a surtout ouvert un dossier délicat que personne ne voulait évoquer, celui des binationaux.
Tout le monde -mis à part certains extrémistes- est d’accord pour reconnaître qu’un étranger naturalisé devient, par définition, un Français « à part entière », bénéficiant des mêmes droits et soumis aux mêmes obligations que tous les autres Français. Et même si on peut se demander parfois si nous n’accordons pas un peu facilement cette nationalité. Sur les 150.000 naturalisés de chaque année, nombreux sont ceux qui ne parlent pas un mot de notre langue et n’ont aucune notion de nos lois, de nos usages, de notre culture. Il leur sera donc bien difficile de s’intégrer et plus encore de s’assimiler dans notre société.
Mais le problème des binationaux est plus difficile encore. En principe, un étranger qui devient français le devient totalement. Or, s’il garde son ancienne nationalité, il ne le devient qu’à moitié. Il est français, mais il est « aussi » algérien, sénégalais ou norvégien. Il ne peut donc pas être considéré comme les autres français qui ne sont, eux, « que » français. Il ne pourra pas être pleinement intégré ou assimilé puisqu’il reste à moitié fidèle à son pays d’origine et qu’il joue sur les deux tableaux, un pied ici, un pied là-bas.
Est-ce être xénophobe que de dire que l’identité nationale qu’on nous rabâche depuis quelque temps interdit d’avoir deux passeports, deux identités nationales ?
Le problème devient délicat dans certains cas. Qu’a bien pu penser un franco-ivoirien quand nos hélicoptères ont bombardé Abidjan ? Quels sont les sentiments d’un franco-afghan devant notre intervention militaire dans son pays ? Et quelles sont les réactions d’un franco-libyen (si tant est qu’il en existe beaucoup) devant la guerre que nous menons contre Khadafy ? Ces franco-ceci ou cela ne sont, évidemment, pas « comme les autres ». A moitié français, à moitié ivoirien, afghan ou libyen, ils ne peuvent être que… « partagés ».
Le problème devient plus grave encore quand ces binationaux souhaitent accéder à certaines fonctions, ce qui est leur droit le plus absolu.
Est-ce être xénophobe que de dire qu’il serait inconcevable qu’un franco-mexicain soit nommé ambassadeur de France à Mexico ou même simplement représentant de la France au Conseil de sécurité des Nations-Unies ? Ou qu’un franco-libanais soit colonel à la tête d’un régiment envoyé au Liban ?
Il y a peu de risques que nous déclarions la guerre à la Norvège. Mais rien ne dit que les intérêts politiques ou économiques de Paris et d’Oslo soient toujours les mêmes. Quelle serait alors l’attitude d’une présidente de la République française… franco-norvégienne ?
Eva Joly a voulu rester à moitié norvégienne comme Daniel Cohn-Bendit est à moitié allemand. Les écologistes sont volontiers internationalistes. C’est leur droit le plus strict. Mais, qu’on le veuille ou non, cela leur interdit d’aspirer à l’Elysée. On peut, même avec de l’accent, être franco-norvégienne et juge d’instruction, Eva Joly l’a prouvé, mais on ne peut pas, même si on est descendu de son drakkar depuis un demi-siècle, incarner la France en ayant gardé un pied (et sans doute la moitié de son cœur) chez les Lapons.
Au lieu de se jeter des noms d’oiseaux au visage et d’accuser un peu vite Fillon (qui est marié à une Galloise) de xénophobie, notre personnel politique ferait mieux de se pencher, un jour, sur ce problème de la binationalité.

17 Juil 2011 | Comments (4)

Fillon est-il xénophobe ?

La stupéfiante déclaration d’Eva Joly qui voudrait supprimer le défilé militaire du 14 juillet est devenue « l’affaire » du week-end. On en parle davantage que de la mort de nos soldats en Afghanistan, de la dette des Etats-Unis ou de la crise de l’euro. Eva Joly a donc, d’une certaine manière, réussi son coup, puisque aujourd’hui l’essentiel est de « faire la une » de la presse, quitte à lâcher les pires âneries.
Mais François Fillon est tombé dans le piège en déclarant, d’Abidjan « Cette dame n’a pas une culture très ancienne des traditions, des valeurs françaises, de l’histoire française ». Pourquoi diable le premier ministre n’a-t-il pas laissé les amis de la candidate écologiste, socialistes ou autres, se charger de ridiculiser la proposition de la petite dame ? Ils avaient commencé à le faire.
En s’en prenant à elle (qui ne représente, pour l’instant, que 5% des intentions de vote) il a créé une polémique et, au lieu de la laisser patauger dans son antimilitarisme soixante-huitard bien démodé, il a transformé la gaffeuse en victime.
Ravis de l’aubaine, la gauche, l’extrême-gauche et les écologistes qui ne savaient pas comment se dépêtrer de cette sortie idiote de leur amie ont pu rebondir en accusant Fillon de xénophobie.
Le premier ministre a, évidemment, eu tort de réagir de la sorte. Cela dit, il a tout de même soulevé un vrai problème à l’heure des débats sur l’identité nationale et la bi-nationalité.
Naturellement, le politiquement correct et la pensée unique interdisent aujourd’hui de se demander si une norvégienne ayant acquis la nationalité française par mariage voici cinquante ans est une française comme les autres, à part entière, apte à remplir la plus haute fonction de la République.
Que les choses soient claires. Nous avons, ici même, fait partie de ceux, nombreux, qui ont été scandalisés quand le président de la République a voulu établir une différence entre les Français « de souche » et les Français « de fraîche date » en cas de crimes particulièrement graves. Il n’y a pas deux catégories de Français, même pour les assassins de policiers. On ne peut pas jouer avec la déchéance de la nationalité.
Mais il faut tout de même reconnaître que la fonction de président de la République est un cas un peu à part (qui n’a rien à voir avec celui des criminels) et qu’il serait invraisemblable d’avoir, à l’Elysée, un chef de l’Etat à l’accent totalement incompréhensible. Ce qu’on peut reprocher à la candidate des Verts, c’est moins son antimilitarisme primaire que son maniement approximatif de notre langue et cette enfance et cette adolescence passées dans les neiges du grand nord qui ne l’ont sans doute pas familiarisée avec nos traditions, nos défauts, nos usages.
Aux Etats-Unis, la plus ancienne des démocraties, la loi exige que les candidats à la Maison-Blanche soient nés sur le sol américain (à l’exception des descendants directs de Lafayette) ce qui explique qu’Henry Kissinger n’ait pas pu être candidat. Chez nous, ce n’est pas le cas. Giscard était né en Allemagne, Ségolène Royal est née au Sénégal, Villepin au Maroc. Mais, même si ce n’est pas précisé dans la Constitution, le bon sens veut qu’ils parlent « normalement » le français.
Les militants d’Europe Ecologie Les Verts savent parfaitement que leur candidat n’a aucune chance d’entrer à l’Elysée. Ils pouvaient donc choisir « une pasionaria venue des igloos », « une femmelette norvégienne » comme on dit certains, pour les représenter lors d’un petit tour de piste du premier tour.
Et si Fillon n’a pas été habile en voulant se mêler au débat, on ne peut pas l’accuser d’avoir « bafoué les valeurs de la République » (Martine Aubry) ou d’avoir tenu « des propos intolérables en faisant de la xénophobie à l’état pur » (Mélenchon). Le premier ministre qui a eu dans son gouvernement Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade -ce qui devrait l’exonérer de toute accusation de racisme ou de xénophobie- a simplement fait remarquer que cette franco-norvégienne qui, tout en baragouinant notre langue, voulait s’en prendre à nos traditions, n’avait sans doute pas sa place à la tête de l’Etat.
Par les temps qui courent c’est sûrement maladroit mais c’est presque courageux.

16 Juil 2011 | Comments (9)

Eva Joly… désarmante de démagogie

Quand on est candidat à la présidentielle, il faut avoir des idées. Non pas pour sauver la France et faire baisser le chômage ou la dette mais simplement pour faire parler de soi. Ca s’appelle « battre la campagne ».
Eva Joly qui est désormais la candidate officielle d’Europe Ecologie Les Verts s’est lancée. Sa première idée serait de supprimer le défilé militaire du 14 juillet et de le remplacer par un défilé d’enfants des écoles, de citoyens anonymes et de quelques vieillards encore gaillards.
Autant dire que notre écologiste franco-norvégienne rêve d’enrégimenter toutes les couches de la population et de les faire défiler au pas cadencé. Cela se faisait beaucoup à Moscou, à une certaine époque.
Nous avons déjà eu droit à des idées du « même tonneau ». Construire les villes à la campagne ou prolonger le boulevard Saint Michel jusqu’à la mer. Mais c’étaient davantage des humoristes que des candidats à l’Elysée qui nous les proposaient.
On se souvient cependant de Giscard qui, à peine élu, fit « déménager » le défilé du 14 juillet des Champs-Elysées à la Nation, tout en faisant changer le rythme de la Marseillaise. Il fut rapidement obligé de faire volte-face.
Qu’on le veuille ou non, le défilé militaire du 14 juillet sur « la plus belle avenue du monde » fait partie de nos traditions comme la baguette de pain, le Beaujolais ou le pot-au-feu et il n’y a rien de scandaleux à ce que « le peuple » applaudisse et complimente, une fois par an, l’armée française qui, et là encore qu’on le veuille ou non, assure sa défense.
Noël est la fête des enfants, le 1er mai celle des travailleurs, il y a la fête des mères, il n’est pas choquant que le 14 juillet soit (un peu) celle de nos soldats qui ne sont pas souvent à l’honneur et qui acceptent de se faire trouer la peau non seulement pour la patrie mais bien souvent pour obéir à des politiques contestables décidées par le gouvernement.
Si on peut légitimement se demander ce que nos militaires font en Afghanistan (à part se faire tuer) ou en Libye (à part pilonner des objectifs imprécis) on ne peut pas leur refuser le droit de parader pendant deux heures sur les Champs-Elysées à l’occasion de la fête nationale.
Mais, en fait, en lançant une telle idée, l’ancienne juge d’instruction voudrait ouvrir le procès de l’armée. Les écologistes sont, par définition, anti-militaristes. Tout le monde sera d’accord avec eux pour proclamer que la guerre est une chose atroce qui aurait du être mise hors la loi depuis des siècles. Chacun préférerait cueillir des coquelicots et élever des moutons, sur le Larzac ou ailleurs, plutôt que tuer (ou se faire tuer) à coups de bombardements. Mais les pacifistes du monde entier n’ont jamais pu empêcher les guerres et les ont toujours toutes perdues.
L’ancienne magistrate franco-norvégienne n’a, bien sûr, aucune chance de devenir président(e) de la République et ne sera jamais ni chef de nos armées ni garante de l’indépendance de notre justice. Elle est créditée aujourd’hui de 5% dans les sondages. Mais qui sait si demain le candidat du PS n’aura pas besoin de ses quelques voix pour l’emporter et ne sera pas alors obligé de lui faire un certain nombre de concessions.
Et c’est en cela que les idées, mêmes les plus saugrenues, d’Eva Joly deviennent inquiétantes. Plus d’énergie nucléaire, plus d’armée, plus d’industries polluantes, plus de capitalisme…. L’époque de la lampe à huile et de la marine à voile n’était pas le paradis. Et d’ailleurs, même à l’âge de pierre, les hommes s’entretuaient.
La démagogie est toujours dangereuse mais celle des écologistes l’est peut-être plus encore.

15 Juil 2011 | Comments (5)

Quand les sondages perdent la tête

Il va falloir se méfier des sondages.
Hier, un sondage BVA, publié par tous les quotidiens de province, nous affirmait que François Hollande obtiendrait 31% des voix au premier tour des présidentielles, loin devant Sarkozy à 23%.
Aujourd’hui, un sondage CSA, pour RMC et 20 minutes, nous annonce que Sarkozy et Hollande seraient à égalité à 26% des voix.
En 24 heures, Hollande a perdu 5% des voix et Sarkozy en a gagné 3%.
Et dans le cas où ce serait Martine Aubry qui porterait les couleurs de la gauche, BVA nous disait, hier, qu’elle l’emporterait avec 28% des voix devant Sarkozy à 24%, alors que le CSA nous dit, aujourd’hui, que Sarkozy la devancerait avec 27% contre 24%.
Là, en 24 heures, Martine Aubry perd 4% et Sarkozy en gagne 3%.
Tout cela n’est pas sérieux et les Français vont finir par se lasser de ce petit jeu quotidien en mettant en doute la crédibilité des instituts de sondages et en se demandant même si on ne tente pas de les manipuler.
Il n’y a aucun doute que les instituts de sondages avaient jusqu’à présent une influence considérable même si tous les Français savaient qu’ils s’étaient très régulièrement trompés. Ils valorisaient le candidat qu’ils annonçaient en tête.
En cas de primaires, la chose était évidente. Les électeurs de ces primaires qui souhaitaient, bien sûr, que leur camp l’emporte, choisissaient celui que leur désignaient les sondages même s’il n’était pas celui qui avait leur préférence. Ségolène Royal, en 2007, a été choisie par les électeurs socialistes, contre Fabius et Strauss-Kahn, parce qu’elle caracolait en tête de tous les sondages. Et il est encore vraisemblable qu’en octobre les primaires de la gauche désigneront celui ou celle, Hollande ou Martine Aubry, qui aura connu le meilleur été dans les sondages.
Le cas d’Europe Ecologie Les Verts est l’exception qui confirme la règle. Tous les sondages donnaient comme grand favori Nicolas Hulot et c’est Eva Joly qui l’a emporté haut la main. Mais les militants écologistes sont, par définition, des contestataires qui refusent tout ce qu’on voudrait leur imposer. En étant le préféré des sondages, la vedette de la télévision ne pouvait apparaître, aux yeux des militants de base, que comme l’homme du système et des grands groupes industriels qui polluent la planète et les esprits.
Quoi qu’il en soit, si les sondeurs continuent à nous raconter n’importe quoi, à se contredire les uns les autres, à se démentir d’un jour à l’autre, les Français qui se sont déjà détournés de la presse en général, finiront par ne plus des regarder. Ils ne vont, en tout cas, pas passer les neuf mois qui nous séparent encore de l’échéance fatidique à scruter les courbes de popularité des candidats qu’on va leur proposer quotidiennement. Le petit jeu a déjà perdu de son charme.

13 Juil 2011 | Comments (8)

Sarkozy battu, même par DSK !

Le sondage BVA que publient aujourd’hui tous les quotidiens de province est assez stupéfiant.
BVA a proposé aux « sondés » trois hypothèses : avec Hollande, Martine Aubry ou Dominique Strauss-Kahn comme candidat de la gauche.
Dans les deux premiers cas de figure, il n’y a guère de surprise. Hollande et Martine Aubry obtiennent respectivement 31 et 28%, Sarkozy 23 ou 24%, Marine Le Pen 16 ou 17%, Borloo 9 ou 7%, Bayrou 6 ou 7%, Eva Joly, Mélenchon et Villepin 4 ou 5%.
On peut simplement remarquer que Hollande conforte son avance sur Martine Aubry, que Marine Le Pen « se tasse » un peu, que les centristes montent tranquillement à 14 ou 15%, et que les écologistes ont sans doute eu tort de choisir Eva Joly (mais l’animateur de télévision n’aurait sans doute pas fait mieux).
Au deuxième tour, Hollande et Martine Aubry font aussi bien l’un que l’autre en face de Sarkozy. Ils l’emportent par 58% contre 42%. Jusqu’à présent –et mis à part, bien sûr, le second tour de 2002 opposant Chirac à Le Pen- seul Pompidou face à Poher avait réussi un tel score, en 1969. De Gaulle lui-même n’avait obtenu que 55% face à Mitterrand en 1965.
Mais ce qui est « amusant » c’est que BVA, faisant mine d’ignorer l’actualité, a aussi proposé Strauss-Kahn comme candidat de la gauche.
Là, les choses changent un peu au premier tour. Sarkozy arrive en tête avec 25% (deux points de plus que s’il est face à Hollande, un point de plus que s’il est face à Martine Aubry), DSK obtient 20%, Marine Le Pen 18%, Borloo 10%, Bayrou 7%.
Mais, au second tour, DSK l’emporte par 54% contre 46% à Sarkozy !
Bien rares sont eux qui, aujourd’hui encore, peuvent imaginer que DSK soit blanchi à temps, qu’il soit candidat aux primaires de la gauche, qu’il l’emporte et qu’il puisse affronter Sarkozy aux présidentielles. Mais cette hypothèse est tout de même particulièrement révélatrice du rejet dont est victime le président sortant.
Depuis deux mois, Strauss-Kahn fait la « une » de toute l’actualité. On le présente tous les jours -au mieux- comme un obsédé sexuel, un malade incapable de contrôler ses pulsions –au pire- comme un violeur passible de 74 ans de prison dans les geôles américaines.
Certes, pour l’instant, il est « présumé innocent » du viol dont l’accuse la femme de ménage (peu fiable) du Sofitel de New-York et il se peut très bien que le 1er août prochain il soit déclaré non coupable et que tout se termine par un non-lieu. Mais grâce à l’enquête, les Français ont, tous, appris les penchants « fâcheux » du personnage ainsi que le luxe dans lequel il vivait. Eh bien, malgré tout, si on leur donne le choix entre Sarkozy et ce « dingue du sexe », c’est encore le dingue qu’ils préfèrent.
Jamais l’expression « Tout Sauf Sarkozy » n’a été aussi vraie.

12 Juil 2011 | Comments (5)

Il faut savoir finir une guerre

Paraphrasant Maurice Thorez qui, lui, parlait d’une grève, Nicolas Sarkozy, en visite surprise à Kaboul, a déclaré ce matin qu’il fallait « savoir finir une guerre ». Il a parfaitement raison.
Un humoriste du siècle dernier affirmait même : « Le meilleur moyen de terminer rapidement une guerre est de la perdre ». C’est ce que nous faisons, si ce n’est que nous avons mis dix ans pour nous apercevoir que cette guerre d’Afghanistan était perdue d’avance.
Sarkozy nous affirme que nos soldats ont fait un travail remarquable, que la situation s’est considérablement améliorée sur le terrain et que les troupes afghanes que nous entraînons vont être parfaitement capables d’assurer notre relève.
Tout cela est faux. Nos soldats ont fait ce qu’ils ont pu mais se sont surtout fait tirer comme des lapins dans un paysage infernal, au milieu d’une population de guerriers qui a fini par les détester en les considérant comme des troupes d’occupation. La situation sur le terrain s’est considérablement détériorée. Le général commandant les troupes françaises l’a reconnu. Les Talibans, jouant sur le réflexe xénophobe et « anti-infidèles » des tribus, recrutent à nouveau chaque jour des adeptes, tout en gagnant du terrain. Enfin, le régime de Karzaï étant de plus en plus corrompu –le propre frère de Karzaï vient de se faire assassiner dans le sud du pays sans doute pour une affaire de drogue- on voit mal comment les autorités de Kaboul pourraient assurer un minimum de sécurité à travers ce pays morcelé par les querelles ethniques et dominé par des chefs de guerre s’adonnant à tous les trafics.
Mais qu’importe, l’essentiel est que nous abandonnions au plus tôt cette galère dans laquelle on pouvait se demander ce que nous étions allés faire.
On l’a oublié mais les Etats-Unis nous avaient entraînés dans cette guerre d’Afghanistan pour venger les attentats du 11 septembre. Avec la mort de Ben Laden, on peut dire que c’est chose faite.
Qu’on ne nous raconte maintenant que notre mission est d’imposer la démocratie à ces peuples qui n’en veulent pas et de les contraindre à adopter notre mode de vie qu’ils rejettent. Les femmes afghanes ont toujours été voilées (bien avant le règne des Talibans) et les Afghans ont toujours préféré la Charia à la déclaration des Droits de l’Homme. On peut le regretter mais c’est ainsi et l’heure du colonialisme qui permettait aux grandes puissances occidentales d’imposer leurs conceptions de la vie aux peuples lointains est révolue depuis longtemps. Rapatrions vite nos soldats et laissons les Afghans voiler leurs femmes et s’entretuer en toute liberté.
Les hasards du calendrier ont fait que le jour même où Sarkozy reconnaissait qu’il fallait « savoir finir une guerre », l’Assemblé Nationale débattait de la guerre en Libye. Nous sommes décidemment un peuple bien guerrier !
Ce qui est stupéfiant c’est que personne, ni à l’UMP, ni au PS, n’a ressorti la phrase du jour de Sarkozy. Depuis quatre mois, forts d’un mandat de l’ONU, nous pilonnons la Libye, avec l’espoir qu’une de nos bombes finira par écraser Khadafy sous sa tente ou dans un de ses palais. Il a fallu dix ans et plus de cent mille hommes à la coalition pour tuer Ben Laden combien de temps et combien de tapis de bombes nous faudra-t-il pour tuer Khadafy ?
On nous raconte que nous bombardons la Libye, que nous armons et encadrons les rebelles « pour protéger le peuple libyen » de la brutalité sanguinaire de son chef et permettre à la démocratie d’éclore dans les dunes de Tripolitaine et de Cyrénaïque. Cela ressemble tout de même à de l’ingérence mais on voudrait surtout savoir combien de morts, combien de destructions ont fait nos quatre mois de bombardements et qui sont très exactement ces rebelles que Bernard-Henri Lévy nous présente comme des démocrates de bon aloi. Souvenons-nous de nos « intellectuels » qui nous avaient présenté l’ayatollah Khomeiny comme un démocrate, sans parler de ceux qui avaient applaudi à la victoire des Khmers rouges.
C’est très beau de courir au secours des peuples martyrisés mais ce n’est pas en les bombardant qu’on les sauve et la France n’a pas pour mission de protéger tous les martyrisés de la planète, même ceux dont le sous-sol regorge de pétrole.
Oui, il faut savoir finir une guerre. Il aurait d’ailleurs fallu savoir ne pas se lancer dans ce genre d’aventure

12 Juil 2011 | Comments (2)

Les absurdités de notre diplomatie

Il ne viendrait à personne l’idée de défendre Bachara el Assad, le dictateur sanguinaire de la Syrie qui fait tirer au canon sur son peuple depuis des semaines.
Nous avions d’ailleurs fait partie des quelques Français qui avaient été scandalisés que Nicolas Sarkozy reçoive, en grandes pompes, il y a quelques années, cet abominable personnage et lui fasse même présider le défilé du 14 juillet, au milieu de la tribune de la place de la Concorde. C’était honteux.
Il est vrai que le même Sarkozy a reçu, avec encore plus d’égards, Khadafy qu’il fait aujourd’hui pilonner par l’aviation française.
A croire qu’il y a une malédiction sur tous ceux que notre président accueille à bras ouverts.
On nous dit que Nicolas Sarkozy espérait remettre « le fou de Tripoli » sur le droit chemin et que, pour le Syrien, il ne pouvait pas imaginer qu’il deviendrait un massacreur de foules désarmées.
La diplomatie ne supporte ni la naïveté ni l’inculture.
Qui, à part notre président, pouvait croire une seule seconde qu’en permettant à Khadafy de planter sa tente avenue Marigny, on lui ferait comprendre les règles de la vie internationale et on transformerait ce terroriste patenté en un chef d’Etat responsable et fréquentable ?
Qui, à part notre président, pouvait ignorer qu’Assad était le fils, l’héritier et le digne continuateur de son père, Hafez el Assad, qui pendant des décennies avait imposé à tout un peuple la dictature sans pitié de la minorité alaouite, à coups de massacres faisant régulièrement des milliers de morts.
Ben Ali et Moubarak étaient des enfants de chœur à coté d’Assad qui n’a jamais rien eu à envier à Khadafy. Tout le monde le savait parfaitement et les étagères du Quai d’Orsay croulent sous les dossiers accablants, aussi bien à propos de son attitude au Liban (qui a assassiné Rafik Hariri ?) qu’à propos de ses prisons épouvantables où croupissent des milliers d’opposants.
Mais ayant raté « le printemps arabe » aussi bien à Tunis qu’au Caire, Sarkozy tente de rattraper le train en route. Il en rajoute en Libye, sans se rendre compte qu’il s’est lancé dans une aventure sans fin, en faisant bombarder des populations civiles et en ravivant les haines séculaires entre tribus de Tripolitaine et tribus de Cyrénaïque.
Et, quoi qu’en soit son envie, comme il ne peut pas faire la guerre partout, il fait de la gesticulation à propos des massacres syriens.
Cela dit, on peut se demander quels sont les imbéciles qui, à la Maison-Blanche et à l’Elysée ont eu l’idée absurde de donner ordre aux ambassadeurs des Etats-Unis et de France en poste à Damas d’aller participer aux manifestations de rue à Hama, l’une des grandes villes les plus rebelles au régime d’Assad.
Comment s’étonner que les services secrets d’Assad aient organisé des manifestations violentes devant nos deux ambassades ? Quel dictateur pourrait tolérer que des ambassadeurs étrangers aillent apporter leur soutien officiel à des manifestants contre lesquels il fait tirer au canon ?
On peut rappeler son ambassadeur, on peut rompre les relations économiques, puis les relations diplomatiques, on peut même déclarer la guerre à un pays dont on désapprouve la politique de répression, mais on ne peut pas à la fois envoyer son ambassadeur soutenir les opposants qui manifestent et s’étonner ensuite de voir des foules très encadrées jeter des pierres sur son ambassade.

11 Juil 2011 | Comments (2)

Transparence, rumeurs et ragots

Tout le monde s’indigne des rumeurs qui circulent depuis plusieurs jours dans Tout-Paris (et sur l’Internet) selon lesquelles Martine Aubry serait une alcoolique invétérée et, en plus, mariée à un militant islamiste. Et certains redoutent déjà que cette campagne présidentielle qui commence ne se transforme rapidement en un torrent de boue dans lequel pataugeraient tous les candidats.
Il ne fait guère de doute que « l’affaire DSK » qui a éliminé celui qu’on donnait déjà comme le grand vainqueur de 2012 n’est pas de très bon augure et que bien rares seront ceux qui pourront se draper dans leur dignité tout au cours de la compétition.
Cela dit, il ne faut pas se tromper. La question n’est pas de savoir si on a le droit d’évoquer les addictions de tel ou tel candidat, voire les engagements de son conjoint. La question est de savoir si c’est vrai ou non. Et il est absurde et scandaleux de brandir le fameux secret de la vie privée dans ces cas-là.
Un(e) candidat(e) à la présidence de la République n’a pas de vie privée. Les Français sont en droit de savoir si tel homme ou tel femme qui brigue leurs suffrages pour occuper la plus haute charge de la République est un alcoolique, un drogué, un obsédé sexuel ou même s’il est atteint d’une maladie incurable qui risque de diminuer ses capacités à assumer sa fonction.
Nous avons eu deux présidents gravement malades, Pompidou et Mitterrand. On nous l’avait caché au nom du respect de la vie privée. C’était inadmissible.
Sans l’incident du Sofitel de New-York, nous aurions peut-être élu, pour cinq ans, un malade sexuel qui, devenu président de la République française, aurait sans doute fait défiler les prostituées à l’Elysée, par des portes dérobées, et se serait jeté sur tous les jupons circulant dans les couloirs des sommets internationaux.
On ne peut que remercier Mme Diallo d’avoir fait connaître à temps au monde entier –et plus encore aux électeurs français- les penchants du directeur général du FMI. Car, même si rien ne permet encore d’affirmer que DSK a violé la femme de ménage guinéenne, l’enquête a prouvé que, cette nuit-là, il avait déjà fait des « propositions » à deux salariées du Sofitel et qu’il était finalement monté dans sa chambre avec une femme qui n’était pas la sienne. Attitude qui n’est, certes, pas condamnable par la loi mais qui est totalement incompatible avec les fonctions de chef de l’Etat.
Or, on nous dit aujourd’hui que « tout le monde » connaissait les addictions de DSK mais que personne ne voulait en parler… par respect de sa vie privée.
Va-t-on, au nom de ce même respect et pour ne pas avoir à patauger dans la boue, nous faire élire une alcoolique mariée à « un fou d’Allah » ?
Seulement voilà, rien ne prouve que la fille de Jacques Delors ne désoûle pas et que son mari ait fait autre chose que de défendre, comme tout avocat, des accusés islamistes.
La démocratie exige la transparence mais ne peut supporter ni les rumeurs ni les ragots. Nous avons le droit de tout savoir sur ceux qui se présentent à nos suffrages, y compris leurs vices cachés. Mais comment faire sans prendre le risque d’ouvrir la porte aux pires calomnies ?
Cela dit, connaissant un peu Martine Aubry, je ne pense vraiment pas qu’elle boive au-delà de raison.

11 Juil 2011 | Comments (3)

Il est souvent trop tard pour bien faire

On a beau dire mais il n’y a rien de mieux que la menace des élections. Elle ouvre soudain les yeux des dirigeants et leur rappelle cruellement que le pouvoir peut leur échapper des mains et qu’ils peuvent parfaitement, du jour au lendemain, se retrouver à la rue. Donné battu par toutes les enquêtes d’opinion, un président sortant qui souhaite se faire réélire est toujours prêt à toutes les contorsions, les volte-face, les trahisons.
A peine la précampagne électorale a-t-elle commencé que Nicolas Sarkozy a supprimé le boucler fiscal qui avait été son grand cheval de bataille pendant plus de quatre ans, pour apaiser les fureurs de la gauche, allégé l’ISF, pour charmer l’électorat de droite, et voici que l’UMP, après avoir évoqué l’abrogation des 35 heures, va faire des propositions pour lutter contre l’immigration « sauvage », que le ministère de l’Intérieur publie des circulaires sur la laïcité et que l’Elysée annonce une grande consultation avec les partenaires sociaux pour discuter de 280 mesures (rien de moins !) destinées à venir en aide aux PME.
Cela fait plus de quatre ans que Sarkozy est à l’Elysée et que l’opinion dans sa très grande majorité lui demandait de supprimer le bouclier fiscal, d’alléger voire de supprimer l’ISF, de liquider ce qui reste des 35 heures, d’aborder dignement, lucidement, le problème de l’immigration, de remettre dans sa poche ses idées fumeuses sur la laïcité « positive » et de comprendre que, dans la lutte contre le chômage de masse, les PME représentaient un gisement d’emplois essentiel.
Pourquoi diable a-t-il fallu attendre les derniers mois de son mandat et qu’il soit rejeté par 75% des Français pour que Sarkozy ouvre enfin les yeux sur toutes ces évidences de bon sens ? Tous ces grands dossiers –la fiscalité, le code du travail, l’immigration, l’économie- ne peuvent être abordés qu’en début de mandat, quand le pouvoir bénéficie encore de l’état de grâce et qu’on a tout le temps qu’il faut pour en débattre sereinement.
Le président va-t-il, à la rentrée, en catastrophe, sortir de son chapeau de grandes réformes de l’ensemble de la fiscalité, de l’administration, de l’Ecole, du système de protection sociale ? Va-t-il en avril 2012 nous refaire « le coup de la rupture » en fustigeant sans pitié le président sortant et, oubliant de se regarder dans la glace quand il se rase, nous le présenter comme un roi fainéant, voire comme une réincarnation de Louis XVI bricolant ses serrures ? Cela lui avait réussi en 2007 alors qu’il était pourtant le ministre d’Etat du président sortant et le patron du parti présidentiel mais cela lui sera beaucoup plus difficile cette fois puisque c’est lui le sortant.
A l’Elysée, on semble avoir oublié qu’un président sortant est inévitablement jugé sur son bilan, comme tout récidiviste, beaucoup plus que sur ses promesses même les plus démagogiques, c’est d’ailleurs ce qui explique que, mis à part en période de cohabitation, il est battu comme l’a été Giscard en 1981. Et ce ne sont pas les ultimes décisions, prises à la va-vite alors que le bateau fait déjà eau de toutes parts qui y changeront quoi que ce soit.
Certes, l’élimination inattendue –c’est le moins qu’on puisse dire- de Dominique Strauss-Kahn a redonné à Sarkozy quelques espoirs. Mais les sondages ne semblent pas lui avoir redonné la moindre chance. Cela fait des mois que rien –ni son coup de barre à droite-toute de Grenoble, ni sa présidence du G8 et du G20, ni sa guerre en Libye, ni l’annonce de sa paternité, ni sa relative nouvelle discrétion, ni même cette affaire « inespérée » du Sofitel de New-York- ne le fait remonter dans les sondages.
On a l’impression que même s’il remettait à 60 ans l’âge de la retraite, supprimait l’autonomie des universités et rouvrait les tribunaux qu’il a fermés, il continuerait à patauger aux alentours des 20% d’intentions de vote.
On va finir par se demander si ceux –bien rares pour l’instant- qui nous affirment mordicus qu’il ne va pas se représenter n’ont pas une petite chance d’avoir raison. Ce serait, évidemment, pour lui, le meilleur espoir de faire gagner son camp. Mais Sarkozy a-t-il le sens du sacrifice ?

07 Juil 2011 | Comments (6)

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