Toute la presse et tout le milieu politique ont passé ce week-end de la Pentecôte à écouter, réécouter, décortiquer, analyser et commenter la petite phrase murmurée par Chirac affirmant que, Juppé n’étant pas candidat, il voterait Hollande aux prochaines présidentielles. Et le communiqué publié par Claude Chirac, sans doute à la demande de l’Elysée, prétendant qu’il s’agissait d’une plaisanterie typiquement corrézienne n’a, évidemment, convaincu personne.
On nous raconte maintenant que Chirac est très fatigué et qu’il raconte n’importe quoi. Il est vrai qu’il suffit de le rencontrer pour s’apercevoir qu’il traine la jambe, qu’il n’entend plus toujours ce qu’on lui dit et qu’il lui arrive de ne pas reconnaître certaines de ses relations. Il souffre visiblement des séquelles de son « petit pépin de santé » et son état général s’aggrave plutôt.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il n’est pas totalement gâteux. On pourrait même croire qu’il se sert de son allure de vieux monsieur tremblotant pour se lâcher et plus encore pour lâcher ce qu’il a sur le cœur.
Cela fait des années que Chirac déteste souverainement Sarkozy. Au moins depuis 1993-1994 quand celui qu’il a toujours appelé « le nabot » l’a trahi en rejoignant un autre traître, celui que Mitterrand appelait « l’égorgeur ottoman », Balladur.
Au cours de son second mandat à l’Elysée, Chirac n’a jamais voulu donner Matignon à Sarkozy, alors que certains le lui conseillaient, à commencer par Villepin. Chirac a même tout fait, en vain, pour empêcher Sarkozy de s’emparer du RPR et de l’UMP.
Vieille haine ? Sans doute. Mais il y a beaucoup plus.
Pour Chirac, Sarkozy n’est qu’un petit arriviste prêt à toutes les trahisons, toutes les compromissions, toutes les concessions pour arriver à ses fins. Chirac, plus « rad.-soc. » que gaulliste, n’a jamais pardonné à Sarkozy sa danse des voiles devant les électeurs du Front National, le Karcher, la racaille, le discours de Grenoble. Chirac a toujours été intransigeant avec certains grands principes de la République et les dérapages de son successeur sur la discrimination positive ou la laïcité du même nom l’ont toujours scandalisé.
En faisant croire qu’il votera Hollande, Chirac voulait surtout dire qu’il ne voterait jamais pour Sarkozy. C’est l’éternel TSS, Tout Sauf Sarkozy, n’importe qui plutôt que Sarkozy. Parce qu’à ses yeux « le nabot » n’a ni l’envergure, ni les compétences, ni le caractère pour être chef d’Etat. Ni même la dignité.
Ce qui est grave pour Sarkozy c’est qu’aujourd’hui Chirac est l’homme politique le plus populaire de France parce qu’il incarne une France profonde où se mélangent la nostalgie de la grandeur gaullienne, l’équilibre des centristes, un arrière-goût de travaillisme à la française.
Il n’est plus seulement l’homme à la rancune tenace, il devient, d’une phrase, le porte-parole des déçus de droite qui rejettent un président sortant et candidat dont le quinquennat n’aura été qu’une suite d’échecs (sur l’emploi, les revenus, les déficits, l’école, la santé, etc.) et qui, plus grave encore, aura, à coups de provocations et d’initiatives malheureuses, brisé le peu de cohésion qui restait dans le pays (riches contre pauvres, fonctionnaires contre salariés du privé, Français « de souche » contre immigrés, etc.).
Ce qui est plus étonnant c’est que Chirac semble ignorer que Villepin sera candidat. On peut imaginer que, quand il l’apprendra, il préférera voter pour son ancien premier ministre plutôt que pour le candidat des socialistes.

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