Aujourd’hui, tout notre personnel politique débat pour savoir s’il faut faire entrer les oeuvres d’art dans le calcul de l’Impôt sur la fortune et pour savoir s’il faut faire (un peu) travailler les chômeurs qui bénéficient d’allocations. Ces deux débats sont totalement « bidon ». Juste faits pour amuser la galerie, nous en l’occurrence.
Tout le monde sait parfaitement que les œuvres d’art en question n’entreront jamais dans le calcul de l’ISF. Ce sont d’ailleurs les socialistes eux-mêmes qui les ont exclus de l’ISF. Non pas, comme on l’a souvent affirmé, à la demande de Laurent Fabius, fils d’un grand antiquaire, mais à la demande de Roland Dumas, avocat de nombreuses personnalités du monde des collectionneurs et parfaitement conscient qu’une telle décision porterait un coup de grâce au marché de l’art parisien qui avait déjà perdu sa place dominante.
Tout le monde sait aussi que l’idée de faire travailler les chômeurs (idée évidemment séduisante à première vue) est totalement irréaliste. Comment organiser, dans chacune des 36.000 communes de France, les cinq ou six heures hebdomadaires de travail plus ou moins utile, social ou associatif pour ces centaines de milliers de chômeurs qui pourraient « bénéficier » de ce nouveau système.
Qu’on arrête de nous raconter n’importe quoi. Ce n’est pas en matraquant les quelques heureux veinards qui ont trois Picasso dans leur salon qu’on équilibrera le budget de l’Etat. Et pour lutter contre le chômage, il faut simplement créer de l’emploi, du vrai, du marchand. Toutes les combines et usines à gaz que tous nos gouvernements ont tenté de magouiller depuis des décennies, les emplois « aidés », les « contrats » de ceci ou de cela n’ont jamais servi à rien d’autre qu’à maquiller, pour un temps, des chiffres du chômage de plus en plus catastrophiques.
La nouvelle méthode qui consiste, depuis quelque temps, à dire et répéter que les quatre millions et quelques de chômeurs du pays sont tous des fainéants et qu’on va leur faire casser des cailloux sur les routes n’abusera personne et est, il faut le dire, à la limite de l’odieux.
La question n’est pas de savoir s’il faut faire payer davantage les quelques centaines de grands collectionneurs du pays (qui, pour la plupart, ont déjà un pied à l’étranger) ou s’il faut employer les chômeurs comme « nounous » dans des associations. La question, la seule, la vraie, est de savoir pourquoi notre balance commerciale est de plus en plus déficitaire.
On ne nous l’a pas fait savoir à grands renforts de publicité, mais les douanes viennent de publier les derniers chiffres. Eux, ce sont des gens sérieux. Or, tous les records sont battus. C’est catastrophique.
En avril, le déficit commercial de la France s’est élevé à 7,14 milliards d’€, contre 5,91 milliards en mars. Sur les douze derniers mois, ce déficit s’élève à 61,27 milliards, contre 51,41 milliards pour les douze mois précédents. 10 milliards de plus, d’un an sur l’autre. 20% de plus ! Encore un trou qui se creuse et se transforme en un abime, comme le trou de nos déficits publics ou celui de la sécurité sociale.
« Ils » peuvent nous raconter ce qu’ils veulent, que c’est de la faute de l’euro (trop cher et qui handicape nos exportations), du prix du baril (mais la montée de l’euro devrait faire baisser le prix du pétrole puisque nous le payons en dollars), de la mondialisation, etc. jamais aucun de nos responsables n’arrivera à nous expliquer pourquoi l’Allemagne qui, elle aussi, est dans la zone euro, qui, elle aussi, doit acheter son pétrole en dollars et qui, elle aussi, est confrontée à la concurrence des pays émergeants a, elle, une balance commerciale de plus en plus excédentaire et très largement depuis des années.
Ce n’est donc pas en faisant fuir à l’étranger nos amateurs d’art ou en envoyant nos chômeurs ratisser les squares qu’on équilibrera notre balance commerciale. Mais c’est évidemment en recherchant les raisons de ce déficit chronique et en luttant contre les « tares » qu’il révèle qu’on trouvera les moyens de remplir nos caisses et de donner un vrai travail à nos chômeurs.
Nos hommes politiques qui savent jouer sur les mots adorent jouer sur les chiffres. Les douaniers, eux, ne trichent pas avec les chiffres. Et ceux-là soulignent sans pitié tous nos malheurs.
Qu’on arrête de nous raconter n’importe quoi et, nous, ouvrons les yeux.

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