Ce matin, la presse du monde entier nous apprend que le concombre espagnol n’est « sans doute » pas à l’origine de l’épidémie qui a déjà fait quinze morts et des centaines de malades en Allemagne. Elle nous apprend aussi que les téléphones portables sont « peut-être » responsables de certains cancers.
C’est vraiment n’importe quoi et on nous prend décidément pour des gogos. Qui « on » ? La communauté pseudo scientifique et évidemment une presse à grand spectacle, de plus en plus à la recherche du sensationnel et à laquelle la mondialisation a donné un pouvoir fabuleux.
Ne sachant pas comment expliquer une nouvelle maladie qui commence à faire des ravages, un laborantin de la région d’Hambourg accuse les concombres espagnols. Pourquoi pas les cornichons vénézuéliens ou le rutabaga coréen ? Une heure plus tard, toutes les télévisions de la planète font des émissions spéciales sur les concombres, sur le sud de l’Espagne, sur l’histoire des cucurbitacées, sur l’après-franquisme.
Résultats : plus personne ne veut manger de concombre, des milliers de tonnes de concombres sont jetées aux ordures, des centaines de paysans espagnols sont mis au chômage, une région entière est ruinée et l’Europe va devoir sans doute payer quelques millions d’euros à Madrid. Tout ça parce qu’un type en blouse blanche du nord de l’Allemagne a dit n’importe quoi.
On peut penser que le « scientifique » qui lance maintenant l’hypothèse que les portables pourraient provoquer certains cancers risque, lui, de causer la ruine d’un bon nombre d’entreprises qui fabriquent ces portables. Si ce n’est, bien sûr, qu’il est plus facile de ne plus manger de concombres que de se priver de téléphone.
Il faudrait sans doute demander aux spécialistes en tous genres d’arrêter de lancer en l’air leurs hypothèses les plus farfelues pour se faire « mousser » et exiger des médias qu’ils en reviennent au bon vieux principe qui consistait, jadis, à douter de tout, à vérifier une information avant de la diffuser ou, au moins, à utiliser le conditionnel.
Cette histoire de concombres a ruiné des agriculteurs espagnols mais, si d’autres affaires du même genre se répétaient trop souvent, elles pourraient finir par nuire grandement à la crédibilité de la presse.
Personne n’aurait, bien sûr, l’idée de comparer Dominique Strauss-Kahn à un concombre, mais il est tout de même frappant de voir que, pendant une semaine, la presse du monde entier a fait ses gros titres sur les accusations portées contre le directeur du FMI comme elle l’a fait, ces jours derniers, avec les accusations portées contre le concombre espagnol. Pas le moindre doute, pas la moindre réserve, pas le moindre conditionnel. DSK violait les femmes et le concombre tuait les gens.
Naturellement, le cas de l’ancien grandissime favori à notre élection présidentielle semble plus difficile à plaider aujourd’hui que celui du concombre. Mais les deux affaires ont un point commun. On joue sur nos peurs. Le violeur fait peur, comme les épidémies. Et la peur fait vendre.
A nous, peut-être, de mettre le conditionnel en attendant d’être plus amplement informés. Le concombre est acquitté, le procès de DSK n’a pas commencé, celui du portable non plus.

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