Comme il fallait s’y attendre, la libération des deux journalistes détenus en otages pendant dix-huit mois en Afghanistan a rouvert l’éternel débat : mais que faisaient-ils dans cette zone réputée dangereuse ? Mais qu’a-t-on donné pour obtenir leur libération ?
Ces deux journalistes faisaient simplement leur travail qui consiste toujours à aller sur place pour pouvoir « témoigner ». C’est la mission des journalistes. On ne peut pas à la fois se plaindre de n’avoir comme informations que des communiqués officiels des ministères et reprocher à des journalistes de tenter de voir, de leurs yeux, la réalité des choses.
Certes, les vallées afghanes sont dangereuses, ce sont des zones de guerre. Des centaines de soldats américaines et des dizaines de soldats français y ont trouvé la mort. Mais c’est bien pour cela qu’il faut que l’opinion publique soit au courant de ce qui s’y passe réellement.
Cela fait des années qu’on nous raconte que la situation « se normalise » en Afghanistan, que l’armée afghane « prend le contrôle » du pays, que les Talibans ne sont plus qu’« une poignée ». Or, il est évident que les dits-Talibans sont, de nouveau, maitres de la plupart des régions, que les attentats ont repris de plus belle au cœur même de Kaboul et que la présence des troupes occidentales leur a permis de jouer sur le réflexe nationaliste et de recruter de nouvelles troupes.
On nous affirme, à Washington et à Paris, que les troupes américaines et françaises vont plier bagages parce que leur mission est plus ou moins terminée et que tout va pour le mieux dans le meilleur des Afghanistan possibles. C’est totalement faux. Nous décampons parce que nous avons, enfin, compris que nous nous étions, il y a plus de dix ans, lancés dans une guerre perdue d’avance, ce que les Américains appellent « un nouveau Vietnam ».
Reprocher à des reporters « de guerre » d’aller dans des régions à risques pour pouvoir dire la vérité est évidemment absurde.
On pourrait, d’ailleurs, reprocher aussi aux techniciens d’Areva de s’être trouvés sur le site d’uranium d’Arlit, au Niger, alors que tout le monde sait parfaitement que les rebelles de l’Aqmi circulent dans cette région en toute impunité, ou aux membres d’une association humanitaire lyonnaise d’avoir été faire de l’action sociale au Yémen, alors que ce pays est de notoriété publique dangereux, avec ses tribus en perpétuelle insurrection et ses bandes de pillards.
Il est un peu facile, quand survient « un pépin », de s’écrier « mais qu’allaient-ils donc faire dans cette galère ? » Déserter toutes ces régions dangereuses, sous prétexte qu’il y aurait des risques, serait évidemment capituler devant les terroristes.
Alain Juppé a affirmé que la France n’avait pas « payé » pour obtenir la libération des deux journalistes. Il ne pouvait, bien sûr, pas dire le contraire et personne n’a été dupe. Il a d’ailleurs reconnu qu’il y avait eu des (longues) négociations, ce qui veut bien dire qu’il y a eu « échanges ». Contre quoi ? Contre la libération de prisonniers talibans que le gouvernement afghan aurait fini par accepter, contre du matériel militaire, contre de l’argent ? On ne le saura jamais. Jadis, le roi de France payait le Bey de Tunis pour récupérer les Français capturés par les Barbaresques. Rien n’a changé.
La seule question qui vaille la peine d’être posée est toujours la même : fallait-il mobiliser l’opinion publique pour obtenir cette libération ? Il est évident qu’une telle « publicité » fait toujours monter les enchères en démontrant aux terroristes le prix que nous attachons à ces otages. Et on veut croire que les autorités entreprendraient les mêmes démarches sans cette mobilisation. Mais la confraternité incite, bien sûr, la presse à une telle attitude. On ne peut guère le lui reprocher.
Il ne faudrait pas pour autant oublier les autres otages, ceux qui ne bénéficient pas de la carte de presse.

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