L’affaire DSK est stupéfiante et importante. Stupéfiante parce que même ceux qui savaient depuis longtemps que le directeur général du FMI « aimait les femmes » ne pouvaient pas imaginer qu’il serait un jour accusé d’avoir violé une femme de ménage dans un palace new-yorkais. Importante parce qu’il était le grandissime favori pour nos prochaines élections présidentielles et que, bien sûr, son « forfait » change la donne et tout le scénario qu’on avait imaginé depuis des mois.
Il parait que cet « incident » a fait la « une » de 150.000 journaux de par le monde.
Maintenant ce qui fait la « une » (du moins de la presse française et marocaine) ce sont les soupçons pour ne pas dire les accusations que Luc Ferry a lancés contre un ancien ministre qui aurait organisé des parties fines avec les adolescents mineurs à Marrakech. Ferry n’a pas cité de nom. Du coup, personne n’est d’accord sur l’identité du ministre en question. Le débat bat son plein.
Et nos moralistes de service discutent à longueur d’émissions pour savoir s’il faut continuer à respecter la fameuse omerta française ou s’il ne serait pas temps, en ce début de troisième millénaire et à l’heure de l’internet, de se mettre à l’école de la presse anglo-saxonne qui n’hésite pas, elle, à dénoncer les turpitudes des plus grands, dès lors qu’il s’agit de délits ou de crimes.
C’est, en effet, un vrai problème. Où commence la liberté de la presse qu’on peut appeler aussi le devoir d’informer, où s’arrête le respect de la vie privé (quand il s’agit d’hommes publics) ?
Mais n’y a-t-il pas un problème plus important encore ?
Est-il vraiment normal que DSK et Luc Ferry fassent l’ouverture de tous nos journaux télévisés quand, chaque nuit, depuis des semaines, l’aviation française et alliée pilonne sans répit la Libye et que des milliers de pauvres gens tentent de fuir le pays sur des barcasses de fortune, quand depuis des semaines, Bachara al Assad fait tirer au canon sur le peuple syrien, quand, depuis des semaines, une guerre civile épouvantable déchire le Yémen ?
Naturellement, c’est moins croustillant que toutes ces histoires (sordides) « de cul ». Là, pour reprendre une expression malheureuse de Jack Lang, il y a bel et bien « morts d’homme » (au pluriel).
On a presque l’impression que nos dirigeants sont ravis de ces scandales qui tombent bien opportunément et dont nous nous repaissons, tous autant que nous sommes, il faut l’avouer.
En effet, sans DSK et Ferry, nous aurions peut-être pu demander à ceux qui nous gouvernent si, après avoir tout raté en Tunisie et en Egypte (où rien n’est terminé d’ailleurs), ils ont l’intention de continuer à massacrer des Libyens (qui ont, c’est vrai, le tort de ne pas être du bon côté) et pourquoi, puisqu’ils veulent avoir la peau de Khadafy, au nom des Droits de l’Homme, ils ne s’occupent ni du dictateur syrien tout aussi sanguinaire ni du potentat yéménite dont l’entêtement à vouloir rester au pouvoir (après 33 ans de règne) va provoquer une hécatombe dans son lointain pays.
C’est vrai qu’on ne peut pas s’occuper de tous les malheurs du monde et… qu’il y a beaucoup plus de pétrole en Libye qu’en Syrie ou qu’au Yémen. Mais tout de même !
On dira, une fois de plus que c’est la faute de la presse. Il est plus vendeur de s’en prendre aux dérives sexuelles d’un futur candidat ou d’un ancien ministre plus ou moins mystérieux qu’à une politique internationale incohérente qui veut récupérer des champs de pétrole et ferme les yeux sur des massacres épouvantables.
Le seul conseil qu’on puisse donner à un dictateur c’est de n’avoir surtout pas de pétrole.

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