Christine Boutin vient d’annoncer sa candidature pour les présidentielles. Ce sera sa deuxième course à l’Elysée. Mitterrand et Chirac n’ont été élus qu’à leur troisième tentative. Elle a donc encore le temps. Certes, en 2002, elle n’avait obtenu que 1,19% des voix. Mais, lors de sa première candidature, en 1974, Jean-Marie Le Pen n’avait obtenu que 0,62% des voix et, en insistant un peu, il a réussi, quelques années plus tard, à être présent au second tour. D’ailleurs, certains candidats qui n’étaient pas forcément des « charlots » ont fait, eux aussi, des scores dérisoires, comme Michel Rocard, 3,61% en 1969, ou Michel Debré, 1,66% en1981. On sait surtout, depuis le 21 avril 2002, qu’il suffit de prendre 0, 68% des voix à un candidat dit « sérieux » pour l’éliminer dès le premier. Il n’avait manqué que 0.68% des voix à Jospin pour être, en finale, candidat face à Chirac.
Tout citoyen n’ayant pas été privé de ses droits civiques a parfaitement le droit d’être candidat et tous ceux qui défendent une famille politique peuvent très légitimement se présenter pour défendre leurs couleurs et d’autant plus que le parti ou le mouvement qui ne fait pas un petit tour de piste lors des présidentielles est voué désormais à disparaitre dans l’anonymat. Le système est tel aujourd’hui que la présidentielle reste la seule tribune encore offerte aux « petits » pour s’exprimer et se faire connaître. Grâce à cette candidature, le parti Chrétien-démocrate, totalement inconnu, il faut bien le reconnaître, de Christine Boutin va se retrouver, pendant quelques semaines, sous les feux de la rampe.
Cela dit, il est tout de même frappant (et révélateur) de voir le nombre de candidats qui, à droite, se préparent plus ou moins à entrer en lice. Outre Bayrou qu’on ne sait plus guère où situer, on peut déjà parler de Borloo, Villepin, Morin, Bockel, Dupont-Aignan et la liste n’est pas exhaustive.
Certes, la droite, comme la gauche, a toujours eu plusieurs candidats. Mais la prolifération d’aujourd’hui démontre très clairement que le candidat par définition « légitime », le président sortant, a perdu sa légitimité aux yeux d’une grande partie de l’électorat de droite. Les uns n’ont pas oublié sa politique d’ouverture du début du mandat quand il a cru devoir recruter les Kouchner et autres Fadela Amara, les autres ont été scandalisés par son virage « à droite toute » quand, notamment lors du discours de Grenoble, il a essayé de récupérer les électeurs d’extrême-droite qu’il avait séduits en 2007 et qui étaient bien vite repartis vers le Front National. A cela s’ajoute, bien sûr, le fait que nombreux sont les électeurs de droite qui n’ont jamais pu s’habituer à son « style » très personnel et que plus nombreux encore sont ceux qui lui reprochent toutes ses promesses non tenues.
Curieusement, à dix mois des élections, droite et gauche se retrouvent orphelines. La gauche a perdu, dans des circonstances invraisemblables, son candidat, Strauss-Kahn, qui semblait déjà lui assurer une victoire triomphale, et se cherche le meilleur des pis-aller présentables. La droite a perdu le sien, englouti au fin fond des pires sondages, et se cherche un homme recours, voire un homme providentiel.
Si tous ces prétendants de droite partent à la bataille en ordre dispersé, la victoire du pis-aller de gauche ne fait aucun doute. Vont-ils, au cours de cet été qui commence, réussir à faire taire leur égo, et à réussir à se partager équitablement les dépouilles d’une droite qui agonise à terre ? Vont-ils réussir à s’unir sous la bannière du « Tous contre Sarkozy » ou vont-ils se contenter du « Plutôt Hollande (ou Martine Aubry) que Sarkozy » ? Toute la question est là.

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