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Les pis-aller peuvent-ils aller très loin?
Si tout notre petit personnel politique prend des mines contrites en voyant Dominique Strauss-Kahn derrière ses barreaux new-yorkais, tout le monde, bien sûr, se lèche, en même temps, les babines.
A droite, chez Sarkozy, on se dit que l’adversaire redoutable et redouté étant éliminé, tout redevient possible. Au centre, chez Bayrou, chez Borloo, chez Villepin, on comprend qu’il y a là une chance inespérée d’exister de nouveau alors que jusqu’à présent « l’obsédé sexuel de la place des Vosges » occupait indûment cet espace. A gauche, au PS, c’est évidemment l’euphorie. Les candidats déjà déclarés pensaient qu’ils ne pourraient faire qu’un peu de figuration lors des primaires et les candidats potentiels n’osaient même pas sortir du bois de peur d’être ridicules. Même la candidate « légitime », Martine Aubry, première secrétaire du PS, s’était résignée à jouer les faire-valoir de DSK en échange d’une promesse de Matignon.
Et voilà soudain que le héros, l’idole, le vainqueur annoncé s’est fait pincer comme un vulgaire délinquant sexuel et risque bien de passer quelques quinquennats en prison.
Du coup, plus personne ne pourra reprocher à Sarkozy de ne pas être un parangon de vertu, la social-démocratie strauss-kahnienne disparait à tout jamais et les radicaux, les démocrates-chrétiens et les gaullistes sociaux retrouvent leur terrain de prédilection et le PS peut se délecter de nouveau dans ses querelles internes.
Car c’est, bien sûr, rue Solferino qu’on est le plus content. Hollande s’y voit déjà, Martine Aubry va, sans guère de doute, « se sacrifier » et annoncer sa candidature, Ségolène Royal se remet à rêver, Valls se dit « pourquoi pas moi ? », Moscovici va se croire obligé de remplacer son mentor et rien ne dit qu’un Fabius, voire qu’un Jospin ne va pas estimer de son devoir de remplacer, au pied levé, le favori déchu. On disait les primaires de la gauche jouées d’avance, elles vont ressembler au plus fabuleux des pugilats. Les dés ne sont plus pipés.
Cela dit, il ne fait aucun doute que si ces primaires de gauche vont être sanglantes, le candidat désigné, quel qu’il soit, aura du mal à remonter la pente. Aux yeux des électeurs, il ne sera jamais qu’un pis-aller, un remplaçant, un suppléant de DSK. Il ne pourra pas, sans faire éclater de rire la France entière, évoquer le retour à la morale, la probité, l’honnêteté. Il trainera derrière lui l’ombre de DSK comme un boulet.
Mais les amis de Sarkozy auraient tort de se réjouir trop fort. L’élimination de DSK ne change rien au bilan catastrophique que va devoir présenter le candidat sortant sur le chômage, la précarité, la dette, les déficits, la dégradation de tous les services publics et son image de président bling-bling, inculte et amis de riches ne va pas être redorée par celle de Strauss-Kahn menotté.
En fait, ce sont les centristes, toutes catégories réunies, qui peuvent être les bénéficiaires de ce coup de théâtre inattendu. Sans qu’on n’ait jamais très bien compris pourquoi, Strauss-Kahn plaisait à ce marais centriste où l’on retrouvait les nostalgiques de Lecanuet, de Barre et de Balladur que la droitisation et le tout sécuritaire de Sarkozy avaient scandalisés. Ils trouvaient DSK sérieux, honnête, un vrai comptable capable de gérer les affaires de la France en… bon père de famille.
Bayrou sortant de la messe, Borloo sortant d’un bistrot ou d’une loge franc-maçonne, voire Villepin de retour de Colombey-les-deux-Eglises vont-ils pouvoir faire alliance pour récupérer ces quelques millions de voix centristes ? Eux aussi vont faire figure de pis-aller.
Privés brusquement de Strauss-Kahn, les électeurs se retrouvent avec un président sortant dont ils ne veulent toujours pas, un PS marqué du fer rouge de l’infamie, une Marine Le Pen pour laquelle ces dernières turpitudes sont du pain bénit et quelques candidats auxquels personne ne croyait et qui se mettent brusquement à pouvoir exister.
Ces seconds couteaux qui ne sont tous, eux aussi, que des pis-aller ont quelques mois pour apparaitre comme des hommes providentiels. Du moins l’un d’entre eux.
La presse en accusation
L’affaire Strauss-Kahn ne fait que commencer (il est encore « présumé innocent » même si cela commence à sentir très mauvais pour lui) et certains accusent déjà la presse de ne pas avoir révélé au grand public que le patron du FMI était un obsédé sexuel.
Sans faire dans le corporatisme, soyons justes. Jusqu’à présent, DSK n’était qu’un coureur de jupons. Comme pratiquement tous nos hommes politiques. Sarkozy, Chirac, Mitterrand, Giscard, pour ne parler que des chefs d’Etat, tous, ont eu d’innombrables aventures. Il faut sans doute remonter jusqu’à Pompidou pour trouver un mari fidèle parmi les ténors de notre République. Il y a sûrement une malédiction pour cette curieuse profession. Le goût du pouvoir entraine un désir de conquêtes. Tout comme d’ailleurs le pouvoir lui-même attire les « victimes ». C’est bien connu.
Cela dit, jouer les jolis cœurs, les séducteurs, voire même les Don Juan ne relève pas du code pénal et la presse n’a jamais caché que DSK menait « une vie de patachon » entre deux réunions internationales.
Mais il y a une différence fondamentale entre draguer une secrétaire entre deux portes et violer une femme de ménage (portoricaine, sénégalaise ou ghanéenne, peu importe) dans la salle de bain d’un hôtel de luxe. Celui qui fait du « rentre-dedans » est un malotru, le violeur est un criminel.
Personne, même parmi les journalistes les mieux informés, ne savait que DSK pouvait devenir violent pour parvenir à ses fins. Or, tout est là et les avocats de Strauss-Kahn vont avoir bien du mal à faire croire que la victime du directeur général du FMI était consentante.
Reste qu’aux yeux de certains la presse aurait dû insister davantage sur le côté lubrique pour ne pas dire libidineux du personnage. On en revient, une fois de plus, au fameux conflit entre la liberté de la presse et le secret de la vie privée. J’avoue avoir toujours considéré qu’un homme public n’avait, par définition même, plus droit au secret de la vie privée.
Personne n’est obligé de monter sur les planches ou les estrades et la notoriété se paie, sans aller jusqu’à la célèbre « rançon de la gloire ». Ceux qui applaudissent une star ou votent pour un candidat ont le droit de tout savoir sur celui qui cherche un public ou des électeurs. Tout et donc y compris ce qu’il y a de plus « personnel » c’est-à-dire son état de santé et ses amours.
Nous avons eu deux présidents de la République gravement malades, Pompidou et Mitterrand, et on nous l’a caché alors que leur état de santé ne leur permettait plus d’assumer convenablement leur fonction. Certains le savaient, personne n’a rien dit. Nous avons eu des chefs d’Etat qui ont pris des décisions pour des raisons purement « sentimentales » : Giscard qui a payé une rançon à des rebelles tchadiens pour récupérer une photographe qui lui était particulièrement chère, et mieux encore Mitterrand en nommant Edith Cresson premier ministre. Tout le monde le savait, personne n’a rien dit, mis à part un député de la Mayenne, François d’Aubert, qui, à l’Assemblée, a osé ironiser sur « la nouvelle Pompadour ».
Il est évident que cette « pudeur » qu’on pourrait appeler « omerta » n’est plus acceptable et que beaucoup de journalistes se comportent alors en véritables complices du pouvoir.
Mais pouvait-on pour autant écrire que le grand favori de tous les sondages pour la prochaine présidentielle n’était qu’ « un vieux cochon dégoûtant » ne pensant qu’à « trousser des soubrettes » ? Sûrement pas. La presse avait d’ailleurs révélé la liaison qu’avait eue DSK avec une ancienne collaboratrice du FMI. Elle ne pouvait pas aller plus loin et imaginer que ce « malade » allait verser dans la criminalité.
Ceux qui s’indignent aujourd’hui de la discrétion passée de la presse à propos des dérives de DSK sont les mêmes qui se scandalisent, depuis ce matin, de voir s’étaler dans la presse du monde entier les photos du même DSK menotté. Il faut savoir ce qu’on veut.
La mort de DSK ne va pas ressusciter Sarkozy
Dominique Strauss-Kahn est mort. Politiquement s’entend. Qu’il soit coupable et il ne l’aura pas volé. D’autant plus qu’on nous ressort maintenant, comme par hasard, de vieilles histoires laissant entendre qu’il n’était pas seulement un coureur invétéré mais aussi une sorte de violeur récidiviste. Qu’il soit innocent et il fera désormais partie de ces innombrables victimes de la calomnie et du lynchage médiatique. On ne saura sans doute jamais si la fameuse femme de ménage portoricaine a tout inventé, l’a aguiché ou a réellement été agressée.
Pour l’instant, on ne peut pas dire que le directeur général du FMI, grandissime favori dans la course à la présidentielle, bénéficie de la présomption d’innocence. A lire la presse mondiale, il est présumé coupable, et même déclaré coupable. Et les images le montrant menotté et entouré de deux policiers en sortant du commissariat de police de Harlem sont évidemment dévastatrices.
Les uns s’attendrissent sur cette pauvre jeune femme qui a failli être violée (mais qui a peut-être tout inventé), les autres sur ce grand bourgeois trainé dans la boue (mais qui a peut-être eu un coup de folie). C’est, comme toujours dans ces cas-là, le grand bal des hypocrites. Tout le monde se contrefout de la jeune portoricaine et chacun sait que, coupable ou non, DSK est désormais totalement hors du jeu.
La seule question qui se pose est de savoir si ce « tsunami » va tout changer dans la campagne présidentielle. Jusqu’à présent tous les sondages, tous les commentateurs nous affirmaient que DSK ne pouvait que l’emporter haut la main. Il n’avait pas encore fait acte de candidature, on ne savait rien de son programme mais « le silencieux de Washington » avait une telle aura (sans qu’on sache très bien pourquoi) qu’il était déjà déclaré vainqueur au second tour généralement devant Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ayant été éliminé piteusement dès le premier tour.
Le « forfait » de DSK redonne-t-il toutes ses chances à Sarkozy lui permettant d’être qualifié pour le second tour et donc d’être élu triomphalement devant Marine Le Pen ? C’est évidemment le rêve de l’Elysée et des gens de l’UMP. Tout en évoquant, à juste titre, le devoir de retenu, Jean-François Copé avait aujourd’hui du mal à cacher son sourire de satisfaction devant cette divine surprise venue de New-York.
Il est certain que l’absence de DSK, « l’homme de gauche préféré de la droite française », change un peu la donne. Mais il ne faut pas oublier « les fondamentaux » de cette élection de 2012.
Avec ou sans DSK, ce scrutin va, d’abord et avant tout, être marqué par le rejet massif dont Sarkozy a à souffrir, notamment au sein de son propre électorat de 2007. Cette campagne se fera essentiellement « contre » ce président sortant, amateur de « bling-bling », ami et protecteur des riches, pourfendeur des immigrés, adepte de la discrimination « positive » et de la laïcité (elle aussi) « positive », qui n’a pu tenir aucune de ses promesses électorales et, pire encore, qui n’a jamais su « faire président ».
Avec ou sans DSK, les Français vont avoir envie de faire jouer l’alternance. Cela fait dix ans que la droite est au pouvoir à l’Elysée, à Matignon, à l’Assemblée, au Sénat. « Dix ans, ça suffit ! » est un slogan qui a déjà fait ses preuves. Et d’autant plus qu’on ne peut pas dire que le bilan que va devoir présenter Sarkozy, l’homme de la rupture, soit particulièrement brillant. Depuis 2007, la situation des Français s’est encore détériorée, avec l’augmentation du chômage, de la précarité et la dégringolade de la petite bourgeoisie, socle de son électorat.
Beaucoup d’électeurs de droite et du centre prônent maintenant le « TSS » de jadis, « Tout Sauf Sarkozy ». Que DSK soit, ou non, un obsédé sexuel ne change rien à l’affaire et ne va pas redonner la moindre vertu à Sarkozy.
Reste que cette élimination de DSK dégage considérablement le terrain pour tous les autres. Elle redonne de la crédibilité à Martine Aubry, à François Hollande, voire même à Ségolène Royal qui, contrairement à DSK, ne pourront pas être accusés par Mélenchon et ses amis communistes d’être des socio-traîtres, habitant Place des Vosges, roulant en Porsche et prônant la rigueur à tout prix.
Elle ouvre surtout un boulevard à tous ceux qui, au centre et au centre-droit, comptaient sur la droitisation exacerbée de Sarkozy pour faire un joli tour de piste au premier tour, les Borloo, Villepin et autres Bayrou.
Sans DSK, la gauche, avec Martine Aubry, Hollande ou Ségolène Royal, se retrouve… à gauche. L’extrême-gauche va y perdre des plumes, mais le centre va y retrouver des voix et va de nouveau exister. Et comme on ne voit pas, pour l’instant, ce qui pourrait faire sombrer Marine Le Pen, il est difficile d’imaginer une résurrection de Sarkozy.
Le champion éliminé, l’arrivée va se jouer avec un peloton groupé et il est impossible, pour l’instant, de savoir qui va l’emporter au sprint, de la gauche ou du centre-droit, dans cette épreuve qualificative pour la finale. Mais les malheurs de DSK n’enlèvent rien des handicaps de Sarkozy.
Coupable ou innocent, il est éliminé
Nous nous attendions à tout mais pas à ça. A moins d’un an des élections présidentielles, nous savions qu’il y aurait des rebondissements, des coups de théâtre, des révélations compromettantes et que nous pataugerions un peu dans la boue. Mais personne n’aurait pu imaginer un seul instant que le grandissime favori de cette course à l’Elysée se retrouverait, ce soir, dans un commissariat de police d’Harlem accusé de tentative de viol, de séquestration et de délit de fuite, comme un vulgaire obsédé sexuel passible d’une bonne trentaine d’années de prison dans une cellule américaine.
Naturellement, pour l’instant, Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent et plaide d’ailleurs non-coupable. Cela dit, il faut bien constater que les premiers éléments de l’enquête semblent accablants contre lui et que sa réputation de coureur de jupons invétéré ne joue pas en sa faveur.
De deux choses l’une, ou DSK est un grand malade qu’il faut enfermer et soigner ou il est victime d’une machination fabuleuse. Mais les deux hypothèses paraissent aussi incroyables l’une que l’autre.
Même si on n’a guère de sympathie pour lui et si on connait son penchant pour les jolies femmes, on voit mal le directeur général du FMI, candidat évident à la présidence de la République française, en transit à New-York et en partance pour Berlin, incapable de résister à… une « pulsion sexuelle » devant une femme de ménage portoricaine entrant à l’improviste dans la suite de son palace. Si jamais l’accusation est confirmée, nous l’avons échappé belle.
Mais il est, pour l’instant, tout aussi difficile de croire en un vaste complot permettant d’éliminer, sans doute à tout jamais, DSK. Qui aurait bien pu manigancer une telle mise en scène ? Ses ennemis du FMI ? Ses adversaires pour la présidentielle ?
Il ne faut jamais oublier qu’à chaque élection, nous avons eu droit à une opération de déstabilisation. L’affaire Marcovic contre Pompidou, la feuille d’impôt contre Chaban-Delmas, les diamants contre Giscard, le rappel de la Francisque et de l’Observatoire contre Mitterrand, les affaires du RPR et de la Ville de Paris contre Chirac, Clearstream contre Sarkozy. On doit donc être prudent avant de condamner Strauss-Kahn.
Pourtant même les amateurs de romans d’espionnage compliqués ont du mal aujourd’hui à imaginer la femme de ménage portoricaine accusatrice en agent secret de Sarkozy ou de Hollande.
Une chose semble sûre en tous les cas : coupable ou innocent, Strauss-Kahn est éliminé de la course à la présidentielle car il ne pourra jamais prouver son innocence avant la clôture des candidatures à la primaire. Il s’agit donc bel et bien d’un coup de tonnerre, voire d’un tsunami dans notre petit cirque politique, comme l’ont affirmé certains dès ce matin.
Tout redevient possible. Hollande, Martine Aubry et même Ségolène Royal ont, de nouveau, soudain chacun leur chance pour être désigné lors des primaires de gauche. Bayrou, Villepin et Borloo récupèrent l’espace qui leur manquait cruellement au centre pour tenter quelque chose. Et même Sarkozy peut de nouveau y croire (un peu).
Mais les vrais gagnants pour l’instant sont, comme toujours en pareilles circonstances, les extrémistes. Marine Le Pen et Mélenchon vont évidemment pouvoir s’en donner à cœur joie. Après avoir, à juste titre, ironisé sur la Porsche du directeur du FMI (même si elle n’appartenait qu’à un de ses amis, la maladresse était impardonnable), ils vont pouvoir se délecter de ces accusations.
En tous les cas, l’image de la France va encore en prendre un sérieux coup. Nous n’avions déjà plus beaucoup d’allure avec Sarkozy mais si on apprend maintenant que son grand rival n’est qu’un violeur de femme de ménage…
Capitulation en rase campagne (électorale)
Finalement, il faudrait faire des élections présidentielles plus souvent. Tous les quinze jours par exemple. Cela permettrait au pouvoir, quel qu’il soit, d’être plus attentif aux souhaits des Français, de tenir davantage compte des réalités. Il n’est pas bon qu’un chef d’Etat à peine élu puisse se dire qu’il a cinq ans devant lui pour faire n’importe, ce que bon lui semble et surtout lui passe par la tête. Il finit forcément, dans le confort douillet de son palais doré, par oublier qui l’a fait roi.
Pendant quatre ans, l’actuel président nous a dit et répété que le Bouclier fiscal et l’Impôt sur la fortune était l’alpha et l’oméga de sa politique. Selon lui, le Bouclier fiscal arrêtait l’exil des plus grosses fortunes du pays et l’ISF permettait de « faire payer les riches ».
On avait beau lui faire remarquer que les grosses fortunes en question continuaient à s’installer en Suisse ou en Belgique et qu’il était scandaleux que les plus riches d’entre nous n’aient pas, grâce à ce bouclier, à subir toutes les augmentations de prélèvements obligatoires qu’on imposait à la piétaille ; on avait beau lui démontrer que l’ISF frappait injustement des gens relativement modestes en raison de la flambée des prix de l’immobilier, rien n’y faisait. Il n’en démordait pas.
Le bon sens n’a jamais pu entamer les dogmes les mieux enracinés. Mais, heureusement, la perspective des élections ouvre les yeux de tous nos candidats.
A moins d’un an des présidentielles et avec 20% d’opinions favorables, Nicolas Sarkozy supprime le bouclier fiscal et allège considérablement l’ISF. On peut imaginer que, d’ici avril 2012, il va remettre la retraite à 60 ans, augmenter les salaires, embaucher de nouveaux fonctionnaires, baisser d’autres impôts, multiplier les allocations pour les jeunes, les vieux, les familles nombreuses, les handicapés, les chômeurs, etc. Le pauvre Laurent Wauquiez, tout énarque qu’il soit, avec son idée de vouloir faire travailler les chômeurs, ignore sûrement que les bénéficiaires du RSA ont le droit de vote. A moins que, soucieux de son avenir, il ne se soit déjà mis au service de Strauss-Kahn.
Reste une question. Les électeurs vont-ils apprécier ces « petites gâteries de campagne » et en savoir gré au candidat sortant ou vont-ils au contraire considérer que Nicolas Sarkozy n’est qu’un démagogue de la pire des espèces prêt à toutes les volte-face, à tous les sauts périlleux, à tous les retournements de veste, pour essayer de grappiller quelques points dans les sondages ?
Peut-il, en capitulant ainsi en rase campagne électorale, regagner les 30% de Français qui lui manquent aujourd’hui pour l’emporter au second tour des présidentielles ?
Il n’a pas compris, semble-t-il, que ce n’était ni à cause du Bouclier fiscal (inventé par Villepin, en 2005) ni à cause de l’ISF (inventé en 1988 par Rocard) que la grande majorité des Français le rejetait.
Une justice contestable
La justice française semble de plus en plus incohérente et on comprend que les Français lui fassent de moins en moins confiance.
Cette semaine, nos compatriotes ont appris, coup sur coup, qu’un ancien terroriste d’Action Directe (condamné à perpétuité) était remis en liberté, que l’assassin (condamné) du préfet Erignac redevenait un « présumé innocent », que Dominique de Villepin (relaxé) se retrouvait dans la peau d’un « présumé coupable », qu’un couple qu’on nous avait présenté comme « victime du procès d’Outreau » semblait bien n’être pas aussi innocent qu’on nous l’avait dit et que l’affaire Tapie (l’une des innombrables affaires Tapie) qu’on croyait terminée rebondissait.
Naturellement, il est parfaitement normal que, dans un état de droit, tous les recours, tous les appels, toutes les procédures soient possibles afin que chacun, l’accusé comme la victime, puisse faire valoir sa vérité. Mais est-il tolérable que ces affaires durent ainsi des années, que les jugements soient indéfiniment remis en cause, comme si la justice était totalement incapable de déceler la vérité et de se prononcer ?
Les Français ont l’impression que les magistrats, tétanisés par leur responsabilité, n’osent plus trancher et que, de peur de commettre une erreur judiciaire (ou de compromettre bêtement leur carrière), ils préfèrent désormais renvoyer « la patate chaude » à leurs successeurs qui en feront tout autant et ce jusqu’à ce que la mort des prévenus permette d’éteindre le problème.
Que sont devenues les affaires des Vedettes de Taïwan, d’Elf, de l’Angolagate et tant d’autres ? Enlisées, noyées, oubliées dans les méandres marécageux de la procédure.
Bernard Tapie est évidemment le héros le plus caricatural de ces feuilletons judiciaires interminables. Cet ancien chanteur yéyé reconverti dans les affaires louches, le sport frelaté, la démagogie politique et maintenant les séries B de notre télévision, a tout connu, la fortune des yachtmen, la gloire des stades, les palais dorés de la République et l’humidité des cachots. Il symbolise à lui seul une époque –la nôtre- qu’on est bien obligé de qualifier d’épouvantable. Mais il est surtout l’un des meilleurs exemples des errements de notre justice. On ne compte plus ses procès, ses condamnations, ses relaxes.
Et alors qu’on espérait ne plus jamais le revoir, coucou ! le revoilà à la une de l’actualité.
Il faut dire que son dernier tour de passe-passe avait été énorme. Il avait réussi à obtenir 285 millions d’€ -ce qui est tout de même une somme- des ruines du Crédit Lyonnais qu’il accusait de l’avoir « floué » dans la revente d’Adidas.
Sans entrer dans les détails du dossier, les Français avaient retenu deux choses : d’abord, que c’était l’Etat (et donc le contribuable) qui allait payer à Tapie ces 285 millions, ensuite, que ce « jugement », si favorable à l’ancien et éphémère ministre de la Ville de François Mitterrand, avait été rendu, non pas par la Cour d’appel de Paris, ce qui aurait été la moindre des choses, mais par trois « arbitres » sur lesquels s’étaient mis d’accord les deux parties.
Que Bernard Tapie ait préféré que son cas soit jugé par trois personnalités (rétribuées à la commission) plutôt que par des magistrats, on le comprenait. Ce qui était stupéfiant c’était que « l’autre partie » –c’est-à-dire l’Etat, c’est-à-dire le ministère des Finances, c’est-à-dire Christine Lagarde- ait accepté cette combine à l’amiable plutôt que d’aller devant la justice de la République.
Il a fallu trois ans, quelques réflexions de la Cour des comptes et une démarche de plusieurs députés de l’opposition pour que le président de la Cour de cassation décide d’ouvrir une enquête sur « le rôle de Christine Lagarde dans le règlement de cette affaire ».
En théorie, notre élégante ministre des Finances pourrait se retrouver devant la Cour de justice de la République. La honte et l’infamie. D’autant plus qu’on voit mal comment elle pourrait alors expliquer pourquoi, dans cette affaire, elle ne voulait pas faire confiance, pour défendre les intérêts de l’Etat, à des magistrats. Ca sent la magouille à plein nez.
Quand quelques observateurs avaient un peu toussé à l’énoncé du « verdict » prononcé par les trois lascars du tribunal arbitral, Christine Lagarde s’était drapée dans sa dignité et son plus beau tailleur, en s’écriant « Ai-je l’air d’un copain de Bernard Tapie ? ». Argument un peu faiblard, il faut le reconnaître. L’ennui c’est que si Christine Lagarde n’a sans doute pas l’air d’être un copain de Tapie, tout le monde sait que Tapie, lui, est un grand copain de Nicolas Sarkozy depuis plus de 20 ans. Et d’ailleurs, lui, il en a l’air.
Depuis hier, Christine Lagarde s’indigne, hurle, monte sur ses grands chevaux et affirme qu’on veut attaquer son honneur. Comment cette ancienne avocate d’affaires n’a-t-elle pas compris que, si deux particuliers avaient parfaitement le droit de recourir à un tribunal arbitral pour les départager, la chose devenait intolérable dès lors qu’une des deux parties était l’Etat ? Quand il s’agit des fonds publics on ne s’arrange pas à l’amiable, entre amis, dans les salons particuliers d’un restaurant élégant.
Elle a raison. Il y va bien de son honneur. Mais qu’elle ne s’inquiète pas trop. Ca va trainer en longueur, le procureur Jean-Louis Nadal sera remplacé, il y aura des compléments d’enquête, des dossiers vont s’égarer, des témoins se rétracter. A moins, bien sûr, que le président de la République, garant de l’indépendance de la justice, ne fasse bien vite comprendre à la Cour de cassation qu’il est parfaitement normal que l’Etat ait offert 285 millions à son ami Bernard Tapie.
Chômeurs, profiteurs, démagogie
Est-il normal qu’un chômeur gagne, avec ses allocations, autant, voire plus qu’un salarié qui se lève à l’aube pour aller trimer toute la journée dans un travail harassant ? La question qui se pose depuis des décennies revient une fois de plus à la mode avec la proposition de Laurent Wauquiez, brillant espoir de l’UMP et ministre des Affaires européennes.
Tout le monde sait que notre système de protection sociale est une gigantesque usine à gaz et qu’il y a des petits malins qui savent jongler avec toutes les prestations pour vivre aux crochets de la collectivité. Il y a des chômeurs qui se la coulent douce quand, pour les plus courageux d’entre eux, ils ne travaillent pas au noir, comme il y a de faux malades qui, avec la complicité de médecins complaisants, se mettent en congé de maladie pour allonger leurs vacances, comme il y a d’ailleurs des braves gens qui n’hésitent pas à dissimuler une part de leurs revenus en faisant leur déclaration d’impôt.
Il y a toujours eu et il y aura toujours des tricheurs. Il appartient aux services de l’Etat de les débusquer. Mais Wauquiez ne s’attaque pas aux faux chômeurs. Il s’en prend aux vrais et donc au système lui-même.
Personne ne connaît tous les chiffres avec précision. Cependant il est évident qu’une famille de six enfants dont l’un est handicapé et où les deux parents sont au chômage touche plus de l’Etat qu’un couple sans enfant où seul le mari à un emploi au SMIC. Est-ce scandaleux ?
Oui, diront certains en affirmant que notre système d’assistanat généralisé a totalement dévalorisé le travail et que, sans leurs allocations, bien des chômeurs auraient, depuis longtemps, retrouvé un emploi, même pénible, même à l’autre bout de la France.
La démagogie est la pire des choses. La France compte aujourd’hui plus de 4 millions de chômeurs et 8 millions de Français vivent, survivent, végètent sous la ligne de pauvreté. Rares parmi eux sont ceux qui ont perdu volontairement leur emploi et qui se complaisent dans la misère. Ensuite, les allocations, même en les cumulant, ne permettent à personne de vivre luxueusement. Enfin, il ne faut pas oublier que les chômeurs ont, alors qu’ils étaient encore des salariés, cotisé pour ces allocations qui sont donc un droit. Quand on a souscrit une assurance, il est normal de la toucher en cas de catastrophe.
Qu’il y ait des adaptations à faire, qu’il faille épousseter le système pour le rendre plus transparent est évident. Mais dire, comme le laisse entendre Wauquiez, que tous les chômeurs sont des profiteurs qui se gobergent aux frais de la République est totalement scandaleux. Ce ne sont pas eux qui sont responsables de l’effondrement de notre économie, de la délocalisation de nos usines, de la faillite de nos PME, de la fermeture de nos entreprises. C’est l’Etat ou du moins nos gouvernements successifs qui, tous, de droite comme de gauche, nous ont toujours affirmé qu’ils allaient mener la bataille de l’emploi et qu’ils avaient les solutions miracles pour nous permettre de relancer la consommation et de faire face à la concurrence de la mondialisation.
Laurent Wauquiez, normalien, énarque, a commencé dans la vie active en travaillant avec Sœur Emmanuelle au milieu des chiffonniers du Caire. Il aurait pu apprendre alors que les pauvres ne sont pas tous des profiteurs. Mais il a surtout été secrétaire d’Etat à l’emploi avant de passer aux Affaires européennes. Comment un homme qui a été incapable de s’attaquer au problème de l’emploi peut-il aujourd’hui fustiger les chômeurs ?
Encore un qui se lance dans la campagne présidentielle et qui s’imagine qu’en disant n’importe quoi, il va pouvoir récupérer quelques voix égarées du côté de Marine Le Pen. Il veut supprimer les droits des chômeurs mais il faudra aussi, alors, qu’il leur supprime le droit de vote.
Le joli mois de mai
La France célèbre aujourd’hui le 66ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945 ; il y a trois jours, l’UMP fêtait les quatre ans de l’élection de Nicolas Sarkozy ; après-demain, les socialistes vont célébrer le 10 mai 1981 ; les gauchistes vont sûrement nous faire un petit quelque chose pour les quarante-trois ans de mai 68 ; les chiraquiens ont sans doute fêté les seize ans du succès de Chirac, le 7 mai 1995 ; et les derniers vrais gaullistes vont, peut-être, lever leur verre à l’occasion des cinquante-trois ans du 13 mai 1958.
On a l’impression qu’en France tout se passe toujours pendant le mois de Marie et, comme nous avons la manie des anniversaires, les devantures des libraires et nos écrans de télévision s’emplissent d’images un peu jaunies qui sont censées nous rappeler « le bon temps ».
Il va évidemment être plus facile à la gauche de commémorer les trente ans de la victoire de Mitterrand qu’à la droite de fêter les quatre ans de Sarkozy. On a oublié.
On a oublié l’arrogance haineuse des vainqueurs de 81 qui, comme Robespaul Quilès, voulaient « des têtes », les nationalisations rageuses et absurdes que les socialistes eux-mêmes, à commencer par Jospin, ont dû annuler, les dévaluations en cascades, la « chasse aux curés » de l’Ecole libre, la volte-face de la rigueur, les premiers vrais grands scandales politico-financiers, l’ambiance nauséabonde de la cour de « Tonton » où l’on cachait la fille adultérine et faisait écouter les téléphones.
On ne se souvient plus que de la joie du « peuple de gauche », le soir, à la Bastille, que de la montée, un brin ridicule, de Mitterrand, une rose à la main, sur les marches du Panthéon, que de l’éclosion des radio-libres et que de la suppression de la peine de mort.
Personne n’aurait l’impudence de rappeler que c’est le machiavélisme du Florentin qui a permis l’émergence du Front National quand, pour nuire à la droite, il a agité le drapeau rouge du vote des immigrés et surtout instauré la proportionnelle à la veille des législatives de 1986.
Qui se souvient qu’en quatorze ans de règne Mitterrand a dû subir deux cohabitations ? C’est-à-dire qu’à chacun de ses mandats, à mi-parcours, il a été désavoué, déjugé par les Français. Mais qu’importe, c’était « le bon temps », nous avions trente ans de moins. Et si, contrairement à ce qu’avait affirmé Jack Lang nous n’étions pas passés « de l’obscurité à la lumière », la France pouvait alors encore s’offrir les expériences délirantes et idéologiques de ses responsables irresponsables.
Comment alors, quand on voit Fillon et ses amis célébrer mai 2007, ne pas se demander quelle sera l’image que les Français de 2037 auront de l’entrée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée ? Le « peuple de droite » a fêté la victoire, non pas à la Bastille mais à la Concorde, le nouvel élu n’a pas remonté la rue Soufflot, il a dîné au Fouquet’s avant de s’embarquer sur le yacht de Bolloré. Et la suite ? Se souviendra-t-on de la crise économique et financière, de la montée du chômage, des déficits et de la dette, des scandales en tous genres ? Sarkozy restera-t-il comme un super flic pourchassant au Karcher, en les confondant, racaille, délinquants, Roms et immigrés de tout poil ou comme un chef de guerre envoyant ses mercenaires de la Côte d’Ivoire à la Libye ? Difficile à savoir.
Dans trente ans, Nicolas Sarkozy sera sans doute un très vieux monsieur, fatigué par la dolce vita qu’il aura menée immodérément après avoir quitté l’Elysée et qui siègera au Conseil Constitutionnel. Et il y a bien peu de chance pour qu’on fête alors l’anniversaire de son succès de 2007. Personne n’a célébré l’anniversaire de l’élection de Giscard.
Double jeu, double nationalité
Même si on ne se passionne pas pour le ballon rond, l’ampleur que prend « l’affaire de la Fédération Française de Football » oblige à s’y attarder de nouveau, un instant.
On nous raconte maintenant qu’il s’agit du problème de la double nationalité et qu’il n’est pas normal que nous formions de jeunes joueurs qui, demain, se retrouveront dans des équipes opposées à l’équipe de France.
Ne soyons pas trop naïfs. Le vrai problème est ailleurs et il faut avoir la lucidité de le reconnaître. Les dirigeants de la FFF trouvent qu’il y a trop de noirs dans l’équipe de France. Et ils ne sont pas les seuls. Jean-Marie Le Pen et Georges Frèche (un socialiste) l’avaient déjà fait remarquer. Si tout le monde s’était réjoui du triomphe de l’équipe « black, blanc, beur » en 1998, personne n’a apprécié l’attitude de l’équipe « black, black, black » (à peu de choses près) en Afrique du sud. On se souvient d’ailleurs que quand Noah gagnait il était français alors que quand il perdait il devenait camerounais.
Est-ce faire preuve de racisme que de regretter qu’il n’y ait pas « quelques blancs » dans notre équipe nationale ? Oui, bien sûr. Mais que dirait-on si, par exemple, tous les ministres du gouvernement de la République étaient aussi des noirs ? Qu’on le veuille ou non, nos compatriotes sont encore convaincus, inconsciemment, que les Français « normaux » (aurait dit Coluche) sont blancs, chrétiens et que « leurs ancêtres étaient tous des Gaulois ». Il faudra sans doute encore quelques générations avant qu’un Barack Hussein Obama puisse être élu à l’Elysée, même si –on l’a oublié- pendant des années le deuxième personnage de la République a été un noir, Gaston Monnerville, président du Conseil de la République.
Nos organisations antiracistes peuvent raconter ce qu’elles veulent, il est étonnant, choquant, diront certains, voire scandaleux, que tous les joueurs de notre équipe soient noirs. On peut d’ailleurs demander à ces donneurs de leçons ce qu’ils diraient si tous les joueurs de l’équipe du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire étaient blancs ? Ils parleraient sans doute de « néocolonialisme ».
Mais tout est bien compliqué. Car, d’une part, évoquer cette question peut conduire devant les tribunaux et, d’autre part, il serait évidemment absurde de se priver des meilleurs joueurs pour respecter on ne sait trop quels quotas. Répétons-le, les quotas qui prétendent permettre de valoriser notre « diversité nationale » sont une monstruosité aussi bien quand il s’agit d’avoir des préfets de couleur ou musulmans que quand on veut avoir des footballeurs blancs de peau. La méritocratie de jadis était autrement plus républicaine que ce pseudo respect de la diversité.
L’alibi de la double nationalité que nous sortent aujourd’hui les « accusés » (mais qui n’est pas le fond du problème) est intéressant. Il faudra sûrement un jour qu’on débatte de cette question. Il est d’ailleurs curieux que, quand Nicolas Sarkozy a voulu ouvrir le débat sur l’identité nationale, personne n’ait soulevé cette question. Peut-on vraiment avoir deux nationalités ? Etre français et sénégalais ? Français et algérien ? Français et autre chose ? Sûrement pas. Il faudra bien finir par le reconnaître. Mais après avoir été accusé de racisme pour avoir osé remarquer que les noirs n’étaient pas de la même couleur que les blancs, on sera sans doute accusé de xénophobie.
L’après Ben Laden
La mort de Ben Laden est évidemment une bonne nouvelle. Il aura fallu dix ans, des milliers de morts en Afghanistan (et une guerre dévastatrice en Irak) pour que les Américains puissent enfin abattre l’homme responsable du drame épouvantable du 11 septembre 2001. Justice est faite.
Le monde entier redoute aujourd’hui que les amis de Ben Laden ne commettent, n’importe où, de nouveaux attentats pour venger la mort de leur chef. C’est bien possible et on veut croire que, partout, la vigilance a été déjà renforcée.
Mais la mort de Ben Laden signifie-t-elle la fin du terrorisme islamiste ? Non, bien sûr et il ne faudrait pas être naïf au point de croire que nous sommes désormais et à tout jamais débarrassés de ces ennemis qui voulaient notre mort.
Ben Laden a sans doute organisé, financé, animé le terrorisme islamiste mais il ne l’a pas créé de toutes pièces. Le terrorisme islamiste est apparu avec la victoire de l’ayatollah Khomeiny à Téhéran en 1979. Et il n’est pas né sur les ruines de l’empire du Chah. Il est né sur les ruines du communisme.
Le rêve de Marx, de Lénine et de Staline s’étant effondré, il fallait bien que les pauvres, les exclus, les « damnés de la terre » trouvent un autre espoir pour défier l’Occident triomphant qui les avait oubliés. Le Coran a remplacé le Capital, le drapeau vert a remplacé le drapeau rouge, l’Islam a remplacé le marxisme et le terrorisme a remplacé la guerre froide.
Khomeiny et maintenant Bel Laden sont morts mais les mèches qu’ils ont allumées vont évidemment continuer à faire exploser des bombes un peu partout.
L’homme qui a déposé un engin explosif dans un restaurant de Marrakech n’avait sans doute aucun lien direct avec Ben Laden perdu dans ses montagnes afghanes. Il avait simplement la haine des Chrétiens, des Occidentaux, du capitalisme, de la démocratie et des dictatures à la solde de ces démocraties.
Au lendemain de la chute du Mur de Berlin certains intellectuels nous avaient raconté que l’histoire était « finie », que nous pouvions désormais dormir sur nos deux oreilles, que nous avions gagné la partie. Ces intellectuels n’avaient pas compris que le monde est ainsi fait qu’il ne supporte pas de vainqueurs, surtout s’ils sont arrogants, et que les vaincus suivront toujours, les armes à la main, des commissaires politiques ou des prédicateurs de mosquée pour tenter d’abattre ceux qui les dominent.
Ben Laden est mort mais la moitié de la planète crève encore de faim et l’Islam qui compte un bon milliard de fidèles s’est réveillé, possède toutes les richesses de l’or noir, ne supporte pas l’Occident judéo-chrétien et veut imposer ses lois au monde entier.
Il faut le savoir et ne pas s’imaginer qu’on pourra un jour adapter le Coran et la Charia à nos constitutions démocratiques ni créer un « Islam de France » où les imams prêcheront la liberté (de conscience), l’égalité (entre les hommes et les femmes), la fraternité (entre les fidèles et les infidèles).
Les commandos américains ont remporté hier une victoire mais la guerre ne fait que commencer.