Ce week-end, ils sont tous contents. Au Conseil national de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin a déclaré : « La victoire était possible, elle devient probable ». A la Convention nationale du PS, Lionel Jospin, autre ancien premier ministre ressorti de la naphtaline, s’est écrié : « Le PS a des chances réelles ».
On comprend que, chez les socialistes, on fasse le dos rond devant les malheurs de Dominique Strauss-Kahn. On est davantage étonné que, chez les amis de Nicolas Sarkozy, on ne parvienne pas à cacher sa joie.
Certes, DSK était un redoutable concurrent, mais on ne voit pas en quoi son élimination pourrait rendre la réélection de Sarkozy « probable ». Si certains sondages donnaient 65% des voix, au second tour de la présidentielle, à Strauss-Kahn, ce n’était ni parce que son programme était particulièrement attirant (il ne l’avait pas encore présenté et il n’avait même pas encore fait acte de candidature), ni parce que le directeur général du FMI était particulièrement séduisant. C’était tout simplement parce que 70% des Français rejettent Sarkozy.
Pour le sortir de l’Elysée, on a l’impression qu’une Martine Aubry ou qu’un François Hollande feront tout aussi bien l’affaire.
Jean-François Copé parle d’un « frémissement » qu’il sentirait dans l’opinion. Les sondages ne l’ont pas encore perçu. Les Français n’ont pas « frémi » devant l’histoire de DSK, ils ont été stupéfaits. Mais cela n’a rien changé à leur volonté de se débarrasser au plus tôt de Sarkozy.
Les turpitudes incroyables du patron du FMI n’ont pas amélioré le bilan du président sortant ni changé son image qui reste déplorable, malgré l’annonce d’un heureux événement qui semble laisser nos concitoyens de marbre.
En fait, l’élimination de celui qui était le grandissime favori des sondages ne change rien ni à l’extrême-droite, ni à droite, ni à gauche, ni à l’extrême-gauche. C’est au centre qu’elle va sans doute tout changer.
En effet, jusqu’à présent c’était DSK qui séduisait ces deux à trois millions d’électeurs centristes qui après avoir voté Barre, Balladur et Bayrou ne savaient plus à quel saint se vouer depuis que le dit-Bayrou avait totalement perdu le nord et le sens du ridicule en flirtichonnant plus ou moins avec Ségolène Royal.
Ces centristes représentent entre 15 et 18% des voix. Autant dire que ce sont eux « les faiseurs de présidents ». Ils ne veulent plus de Sarkozy qui les a trahis en droitisant totalement son discours pour tenter de récupérer les voix de l’extrême-droite. Ils ne vont sans doute pas se rallier au suppléant de DSK, que ce soit Martine Aubry ou François Hollande, trop marqués eux par l’étiquette du PS, même si l’un et l’autre jouent désormais la social-démocratie. Les centristes se cherchent donc un candidat… centriste.
On comprend que le petit Bockel et sa minuscule Gauche moderne aient, ce week-end aussi, rejoint la Confédération des centres de Borloo.
Maintenant que Strauss-Kahn a disparu, un beau score des candidats centristes au premier tour, l’année prochaine, devient non pas possible, mais probable, comme dirait Raffarin.
Or si on fait le calcul que nous suggèrent tous les sondages actuels, on obtient 18% pour Marine Le Pen + 18% pour le (ou les) candidat(s) centriste(s) ce qui fait 36%. La droite ne pouvant guère espérer avoir plus de 50%, il ne reste plus à Sarkozy que… 14%. C’est ce qu’à l’Elysée on appelle « le scénario infernal ». On comprend que Copé ait des frémissements dans le dos. Nous n’en sommes, bien sûr, pas là. Mais il est évident que ce scénario fait rêver des hommes comme Borloo, Morin, Villepin et quelques autres.
Pompidou qui s’y connaissait disait que « la présidentielle se gagne toujours au centre ». Ce qui est sûr c’est qu’elle peut se perdre au centre et que Sarkozy a, évidemment commis une erreur monstrueuse en préférant courir après les voix du Front National plutôt que de donner Matignon à Borloo.
Pour l’instant, ils sont tous contents mais ils risquent tous de regretter DSK avant longtemps car maintenant ils vont tous avoir à faire face à ces centristes qu’on avait totalement oubliés mais qui ont mis de Gaulle en ballottage en 1965, avec Lecanuet, qui ont été présents au second tour en 1969, avec Poher, qui ont fait gagner Giscard en 1974, qui ont fait perdre Chirac en 1988, avec Barre, et qui renaissent de leurs cendres depuis que Sarkozy n’a plus voulu se souvenir que l’UMP avait été créée, par Juppé,  pour les accueillir et leur donner un os à ronger.

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