Dominique Strauss-Kahn va donc finalement être remis en liberté sous caution. C’est tout de même bien agréable d’avoir six millions de dollars sous la main. Un million pour la caution, cinq millions de garantie. Merci Anne Sinclair puisqu’on ne peut pas croire que le FMI fera un geste pour son ancien directeur général et que c’est donc, sans doute, elle, il est vrai milliardaire, qui, sans rancune, va signer les chèques qui libéreront, provisoirement, son mari.
Il faut bien dire que ce système de caution a quelque chose de très déplaisant. Qu’on ne nous parle pas, après, de l’égalité de tous devant la justice. Sans sa malheureuse épouse richissime, DSK restait évidemment dans sa terrible prison.
Cela dit, et c’est, bien sûr, le plus important, DSK a aussi été inculpé ce qui veut dire qu’à moins qu’il n’y ait un arrangement avec la présumée victime et que le présumé coupable ne lui donne encore quelques millions de dollars, il va y avoir un vrai procès et que notre ancien grand favori pour l’Elysée va, sans guère de doute, être condamné et se retrouver pour un bon moment derrière les barreaux d’une prison américaine et là, millions ou pas, il n’y aura pas de libération avec caution. Dix ans, quinze ans, soixante-quinze ans, les avis des experts sont partagés.
Si cette affaire est évidemment stupéfiante –l’un des hommes les plus puissants de la planète violant une pauvre femme de ménage guinéenne et brisant ainsi, d’une « pulsion », un destin mirifique-, si tous les commentaires qu’on nous impose depuis trois jours sont affligeants de bêtise –tout le monde savait, personne ne parlait, c’était sûr, on s’y attendait, etc.- le plus étrange reste ce qu’on pourrait appeler « l’effet des images ».
Il est évident que même s’il est encore officiellement présumé innocent, depuis que ses avocats ont commencé à évoquer « une relation sexuelle consentie », plus personne ne croit une seule seconde en son innocence, ni même en un complot un peu fumeux dans lequel il se serait fait piéger. Il est donc pour les téléspectateurs du monde entier « le salaud absolu », le puissant qui s’imagine encore avoir un droit de cuissage, la brute qui culbute une pauvre fille, persuadé qu’il peut tout se permettre comme si l’époque de l’esclavage n’était pas révolue.
Il faut reconnaître que, pendant les premières images, il y avait quelque chose de « jouissif » à voir que même un puissant d’entre les puissants pouvait, pour peu qu’il soit accusé d’un tel crime, se retrouver comme n’importe quel voyou, truand, crapule, assis au banc des accusés, mal rasé, hagard, affolé. On se demandait d’ailleurs si une telle scène était imaginable de ce côté-ci de l’Atlantique.
Mais, pourquoi de pas le dire, au bout d’un certain moment, l’image faisait son effet et on finissait par être apitoyé. On oubliait le crime dont il était accusé, on ne pensait plus à la pauvre fille, on ne voyait plus que ce regard angoissé, que ces épaules qui tombaient, que cette solitude du pauvre type qui savait qu’il allait être broyé par la justice des hommes.
On l’avait vu des centaines de fois, vedette de télévision, pérorant du haut de toutes les tribunes, prenant la pause au milieu de tous les chefs d’Etat de la planète, sûr de lui, hautain, méprisant. Soudain, à terre, vaincu à tout jamais, détruit, il paraissait enfin humain.
Il parait qu’à l’époque de la peine de mort, au pied de la guillotine, les condamnés, même les pires, apitoyaient ceux qui les accompagnaient. Il y avait un peu de ça.
C’est sûrement une erreur de présenter le présumé coupable en l’absence de la présumé victime. C’est curieux, c’était la première fois de sa vie que Strauss-Kahn était touchant.
Oui, le salaud faisait pitié. Mais sa remise en liberté était choquante. Le fric, toujours le fric !

Mots-clefs :