L’affaire Strauss-Kahn ne fait que commencer (il est encore « présumé innocent » même si cela commence à sentir très mauvais pour lui) et certains accusent déjà la presse de ne pas avoir révélé au grand public que le patron du FMI était un obsédé sexuel.
Sans faire dans le corporatisme, soyons justes. Jusqu’à présent, DSK n’était qu’un coureur de jupons. Comme pratiquement tous nos hommes politiques. Sarkozy, Chirac, Mitterrand, Giscard, pour ne parler que des chefs d’Etat, tous, ont eu d’innombrables aventures. Il faut sans doute remonter jusqu’à Pompidou pour trouver un mari fidèle parmi les ténors de notre République. Il y a sûrement une malédiction pour cette curieuse profession. Le goût du pouvoir entraine un désir de conquêtes. Tout comme d’ailleurs le pouvoir lui-même attire les « victimes ». C’est bien connu.
Cela dit, jouer les jolis cœurs, les séducteurs, voire même les Don Juan ne relève pas du code pénal et la presse n’a jamais caché que DSK menait « une vie de patachon » entre deux réunions internationales.
Mais il y a une différence fondamentale entre draguer une secrétaire entre deux portes et violer une femme de ménage (portoricaine, sénégalaise ou ghanéenne, peu importe) dans la salle de bain d’un hôtel de luxe. Celui qui fait du « rentre-dedans » est un malotru, le violeur est un criminel.
Personne, même parmi les journalistes les mieux informés, ne savait que DSK pouvait devenir violent pour parvenir à ses fins. Or, tout est là et les avocats de Strauss-Kahn vont avoir bien du mal à faire croire que la victime du directeur général du FMI était consentante.
Reste qu’aux yeux de certains la presse aurait dû insister davantage sur le côté lubrique pour ne pas dire libidineux du personnage. On en revient, une fois de plus, au fameux conflit entre la liberté de la presse et le secret de la vie privée. J’avoue avoir toujours considéré qu’un homme public n’avait, par définition même, plus droit au secret de la vie privée.
Personne n’est obligé de monter sur les planches ou les estrades et la notoriété se paie, sans aller jusqu’à la célèbre « rançon de la gloire ». Ceux qui applaudissent une star ou votent pour un candidat ont le droit de tout savoir sur celui qui cherche un public ou des électeurs. Tout et donc y compris ce qu’il y a de plus « personnel » c’est-à-dire son état de santé et ses amours.
Nous avons eu deux présidents de la République gravement malades, Pompidou et Mitterrand, et on nous l’a caché alors que leur état de santé ne leur permettait plus d’assumer convenablement leur fonction. Certains le savaient, personne n’a rien dit. Nous avons eu des chefs d’Etat qui ont pris des décisions pour des raisons purement « sentimentales » : Giscard qui a payé une rançon à des rebelles tchadiens pour récupérer une photographe qui lui était particulièrement chère, et mieux encore Mitterrand en nommant Edith Cresson premier ministre. Tout le monde le savait, personne n’a rien dit, mis à part un député de la Mayenne, François d’Aubert, qui, à l’Assemblée, a osé ironiser sur « la nouvelle Pompadour ».
Il est évident que cette « pudeur » qu’on pourrait appeler « omerta » n’est plus acceptable et que beaucoup de journalistes se comportent alors en véritables complices du pouvoir.
Mais pouvait-on pour autant écrire que le grand favori de tous les sondages pour la prochaine présidentielle n’était qu’ « un vieux cochon dégoûtant » ne pensant qu’à « trousser des soubrettes » ? Sûrement pas. La presse avait d’ailleurs révélé la liaison qu’avait eue DSK avec une ancienne collaboratrice du FMI. Elle ne pouvait pas aller plus loin et imaginer que ce « malade » allait verser dans la criminalité.
Ceux qui s’indignent aujourd’hui de la discrétion passée de la presse à propos des dérives de DSK sont les mêmes qui se scandalisent, depuis ce matin, de voir s’étaler dans la presse du monde entier les photos du même DSK menotté. Il faut savoir ce qu’on veut.

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