Dominique Strauss-Kahn est mort. Politiquement s’entend. Qu’il soit coupable et il ne l’aura pas volé. D’autant plus qu’on nous ressort maintenant, comme par hasard, de vieilles histoires laissant entendre qu’il n’était pas seulement un coureur invétéré mais aussi une sorte de violeur récidiviste. Qu’il soit innocent et il fera désormais partie de ces innombrables victimes de la calomnie et du lynchage médiatique. On ne saura sans doute jamais si la fameuse femme de ménage portoricaine a tout inventé, l’a aguiché ou a réellement été agressée.
Pour l’instant, on ne peut pas dire que le directeur général du FMI, grandissime favori dans la course à la présidentielle, bénéficie de la présomption d’innocence. A lire la presse mondiale, il est présumé coupable, et même déclaré coupable. Et les images le montrant menotté et entouré de deux policiers en sortant du commissariat de police de Harlem sont évidemment dévastatrices.
Les uns s’attendrissent sur cette pauvre jeune femme qui a failli être violée (mais qui a peut-être tout inventé), les autres sur ce grand bourgeois trainé dans la boue (mais qui a peut-être eu un coup de folie). C’est, comme toujours dans ces cas-là, le grand bal des hypocrites. Tout le monde se contrefout de la jeune portoricaine et chacun sait que, coupable ou non, DSK est désormais totalement hors du jeu.
La seule question qui se pose est de savoir si ce « tsunami » va tout changer dans la campagne présidentielle. Jusqu’à présent tous les sondages, tous les commentateurs nous affirmaient que DSK ne pouvait que l’emporter haut la main. Il n’avait pas encore fait acte de candidature, on ne savait rien de son programme mais « le silencieux de Washington » avait une telle aura (sans qu’on sache très bien pourquoi) qu’il était déjà déclaré vainqueur au second tour généralement devant Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ayant été éliminé piteusement dès le premier tour.
Le « forfait » de DSK redonne-t-il toutes ses chances à Sarkozy lui permettant d’être qualifié pour le second tour et donc d’être élu triomphalement devant Marine Le Pen ? C’est évidemment le rêve de l’Elysée et des gens de l’UMP. Tout en évoquant, à juste titre, le devoir de retenu, Jean-François Copé avait aujourd’hui du mal à cacher son sourire de satisfaction devant cette divine surprise venue de New-York.
Il est certain que l’absence de DSK, « l’homme de gauche préféré de la droite française », change un peu la donne. Mais il ne faut pas oublier « les fondamentaux » de cette élection de 2012.
Avec ou sans DSK, ce scrutin va, d’abord et avant tout, être marqué par le rejet massif dont Sarkozy a à souffrir, notamment au sein de son propre électorat de 2007. Cette campagne se fera essentiellement « contre » ce président sortant, amateur de « bling-bling », ami et protecteur des riches, pourfendeur des immigrés, adepte de la discrimination « positive » et de la laïcité (elle aussi) « positive », qui n’a pu tenir aucune de ses promesses électorales et, pire encore, qui n’a jamais su « faire président ».
Avec ou sans DSK, les Français vont avoir envie de faire jouer l’alternance. Cela fait dix ans que la droite est au pouvoir à l’Elysée, à Matignon, à l’Assemblée, au Sénat. « Dix ans, ça suffit ! » est un slogan qui a déjà fait ses preuves. Et d’autant plus qu’on ne peut pas dire que le bilan que va devoir présenter Sarkozy, l’homme de la rupture, soit particulièrement brillant. Depuis 2007, la situation des Français s’est encore détériorée, avec l’augmentation du chômage, de la précarité et la dégringolade de la petite bourgeoisie, socle de son électorat.
Beaucoup d’électeurs de droite et du centre prônent maintenant le « TSS » de jadis, « Tout Sauf Sarkozy ». Que DSK soit, ou non, un obsédé sexuel ne change rien à l’affaire et ne va pas redonner la moindre vertu à Sarkozy.
Reste que cette élimination de DSK dégage considérablement le terrain pour tous les autres. Elle redonne de la crédibilité à Martine Aubry, à François Hollande, voire même à Ségolène Royal qui, contrairement à DSK, ne pourront pas être accusés par Mélenchon et ses amis communistes d’être des socio-traîtres, habitant Place des Vosges, roulant en Porsche et prônant la rigueur à tout prix.
Elle ouvre surtout un boulevard à tous ceux qui, au centre et au centre-droit, comptaient sur la droitisation exacerbée de Sarkozy pour faire un joli tour de piste au premier tour, les Borloo, Villepin et autres Bayrou.
Sans DSK, la gauche, avec Martine Aubry, Hollande ou Ségolène Royal, se retrouve… à gauche. L’extrême-gauche va y perdre des plumes, mais le centre va y retrouver des voix et va de nouveau exister. Et comme on ne voit pas, pour l’instant, ce qui pourrait faire sombrer Marine Le Pen, il est difficile d’imaginer une résurrection de Sarkozy.
Le champion éliminé, l’arrivée va se jouer avec un peloton groupé et il est impossible, pour l’instant, de savoir qui va l’emporter au sprint, de la gauche ou du centre-droit, dans cette épreuve qualificative pour la finale. Mais les malheurs de DSK n’enlèvent rien des handicaps de Sarkozy.

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