L’avocat de Dominique Strauss-Kahn se dit convaincu qu’il saura faire acquitter son client. Il est payé (très cher) pour ça et il a déjà, parait-il, accompli des exploits du même genre en faisant libérer des accusés que rien n’innocentait.
DSK est pour l’instant « présumé innocent » et tant que les expertises des traces ADN recueillies sur les lieux, sur celle qui se dit la victime et sur lui-même n’auront pas été réalisées, on peut toujours imaginer que la jeune femme a tout inventé avec l’espoir d’en tirer un petit magot.
Mais si ces tests révélaient qu’il y a bien eu « acte sexuel », la défense serait obligée de plaider le consentement de la victime qui, du coup, ne serait plus une victime. Les avocats de l’accusé, se servant de renseignements obtenus par les détectives privés qu’ils ont lancés jusqu’en Guinée, tenteraient alors de démontrer que la jeune femme de ménage du Sofitel n’est qu’une prostituée qui aurait aguiché le directeur général du FMI pour lui soutirer une poignée de dollars ou, mieux encore, pour le déconsidérer à jamais aux yeux de l’opinion internationale. C’est la théorie du complot.
Aujourd’hui, 57% des Français sont convaincus que celui qu’on leur présentait déjà comme le prochain président de la République est victime d’un complot qu’auraient manigancé ses adversaires.
Ce scénario est un peu compliqué puisqu’il laisse entendre que Nicolas Sarkozy, connaissant, comme tout le monde, les penchants de son adversaire, aurait envoyé à New-York des hommes de confiance qui auraient soudoyé la jeune guinéenne pour qu’elle fasse tomber DSK. Il faudrait évidemment beaucoup de talent aux défenseurs de l’accusé pour rendre plausible une telle hypothèse.
Ce qui est intéressant c’est que cette large majorité de nos compatriotes (57%, le même chiffre que les sondages donnaient parfois à DSK au deuxième tour des présidentielles de l’année prochaine) puisse croire en ce scénario.
On sait que certains sont convaincus que l’homme n’a jamais marché sur la lune et que les images qu’on nous a présentées ont été tournées dans le désert du Nevada alors que d’autres affirment que les attentats du 11 septembre ont été organisés par la CIA.
Ce scepticisme systématique qui peut aller jusqu’à l’absurde est très révélateur. On nous a trop menti, depuis trop longtemps. Les hommes politiques, la presse, les autorités, les responsables de tout poil. Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive. Le nuage de Tchernobyl est bel et bien passé au-dessus de la France. Ni Robert Boulin ni Bérégovoy ne se sont suicidés. Pompidou n’était pas enrhumé et Mitterrand avait bien un cancer.
Du coup, chaque fois qu’une nouvelle sort un peu de l’ordinaire, une grande partie de l’opinion refuse de « gober » ce qu’on lui raconte et préfère imaginer l’incroyable, même contre toute évidence
Ce discrédit de la parole officielle est sans doute l’une des nouveautés les plus redoutables de notre époque. La mondialisation et la technologie ont… démocratisé les bobards. N’importe qui peut maintenant raconter n’importe quoi. Les hommes politiques et la presse officielle n’ont plus le monopole des balivernes. Mais ce n’est pas un progrès.
On pourrait espérer que devant cette course aux mensonges généralisée, les responsables finissent par comprendre qu’ils ne peuvent être que les perdants et en reviennent au « parler vrai ». Mais là encore personne n’y croirait.

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