Nous nous attendions à tout mais pas à ça. A moins d’un an des élections présidentielles, nous savions qu’il y aurait des rebondissements, des coups de théâtre, des révélations compromettantes et que nous pataugerions un peu dans la boue. Mais personne n’aurait pu imaginer un seul instant que le grandissime favori de cette course à l’Elysée se retrouverait, ce soir, dans un commissariat de police d’Harlem accusé de tentative de viol, de séquestration et de délit de fuite, comme un vulgaire obsédé sexuel passible d’une bonne trentaine d’années de prison dans une cellule américaine.
Naturellement, pour l’instant, Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent et plaide d’ailleurs non-coupable. Cela dit, il faut bien constater que les premiers éléments de l’enquête semblent accablants contre lui et que sa réputation de coureur de jupons invétéré ne joue pas en sa faveur.
De deux choses l’une, ou DSK est un grand malade qu’il faut enfermer et soigner ou il est victime d’une machination fabuleuse. Mais les deux hypothèses paraissent aussi incroyables l’une que l’autre.
Même si on n’a guère de sympathie pour lui et si on connait son penchant pour les jolies femmes, on voit mal le directeur général du FMI, candidat évident à la présidence de la République française, en transit à New-York et en partance pour Berlin, incapable de résister à… une « pulsion sexuelle » devant une femme de ménage portoricaine entrant à l’improviste dans la suite de son palace. Si jamais l’accusation est confirmée, nous l’avons échappé belle.
Mais il est, pour l’instant, tout aussi difficile de croire en un vaste complot permettant d’éliminer, sans doute à tout jamais, DSK. Qui aurait bien pu manigancer une telle mise en scène ? Ses ennemis du FMI ? Ses adversaires pour la présidentielle ?
Il ne faut jamais oublier qu’à chaque élection, nous avons eu droit à une opération de déstabilisation. L’affaire Marcovic contre Pompidou, la feuille d’impôt contre Chaban-Delmas, les diamants contre Giscard, le rappel de la Francisque et de l’Observatoire contre Mitterrand, les affaires du RPR et de la Ville de Paris contre Chirac, Clearstream contre Sarkozy. On doit donc être prudent avant de condamner Strauss-Kahn.
Pourtant même les amateurs de romans d’espionnage compliqués ont du mal aujourd’hui à imaginer la femme de ménage portoricaine accusatrice en agent secret de Sarkozy ou de Hollande.
Une chose semble sûre en tous les cas : coupable ou innocent, Strauss-Kahn est éliminé de la course à la présidentielle car il ne pourra jamais prouver son innocence avant la clôture des candidatures à la primaire. Il s’agit donc bel et bien d’un coup de tonnerre, voire d’un tsunami dans notre petit cirque politique, comme l’ont affirmé certains dès ce matin.
Tout redevient possible. Hollande, Martine Aubry et même Ségolène Royal ont, de nouveau, soudain chacun leur chance pour être désigné lors des primaires de gauche. Bayrou, Villepin et Borloo récupèrent l’espace qui leur manquait cruellement au centre pour tenter quelque chose. Et même Sarkozy peut de nouveau y croire (un peu).
Mais les vrais gagnants pour l’instant sont, comme toujours en pareilles circonstances, les extrémistes. Marine Le Pen et Mélenchon vont évidemment pouvoir s’en donner à cœur joie. Après avoir, à juste titre, ironisé sur la Porsche du directeur du FMI (même si elle n’appartenait qu’à un de ses amis, la maladresse était impardonnable), ils vont pouvoir se délecter de ces accusations.
En tous les cas, l’image de la France va encore en prendre un sérieux coup. Nous n’avions déjà plus beaucoup d’allure avec Sarkozy mais si on apprend maintenant que son grand rival n’est qu’un violeur de femme de ménage…

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