Est-il normal qu’un chômeur gagne, avec ses allocations, autant, voire plus qu’un salarié qui se lève à l’aube pour aller trimer toute la journée dans un travail harassant ? La question qui se pose depuis des décennies revient une fois de plus à la mode avec la proposition de Laurent Wauquiez, brillant espoir de l’UMP et ministre des Affaires européennes.
Tout le monde sait que notre système de protection sociale est une gigantesque usine à gaz et qu’il y a des petits malins qui savent jongler avec toutes les prestations pour vivre aux crochets de la collectivité. Il y a des chômeurs qui se la coulent douce quand, pour les plus courageux d’entre eux, ils ne travaillent pas au noir, comme il y a de faux malades qui, avec la complicité de médecins complaisants, se mettent en congé de maladie pour allonger leurs vacances, comme il y a d’ailleurs des braves gens qui n’hésitent pas à dissimuler une part de leurs revenus en faisant leur déclaration d’impôt.
Il y a toujours eu et il y aura toujours des tricheurs. Il appartient aux services de l’Etat de les débusquer. Mais Wauquiez ne s’attaque pas aux faux chômeurs. Il s’en prend aux vrais et donc au système lui-même.
Personne ne connaît tous les chiffres avec précision. Cependant il est évident qu’une famille de six enfants dont l’un est handicapé et où les deux parents sont au chômage touche plus de l’Etat qu’un couple sans enfant où seul le mari à un emploi au SMIC. Est-ce scandaleux ?
Oui, diront certains en affirmant que notre système d’assistanat généralisé a totalement dévalorisé le travail et que, sans leurs allocations, bien des chômeurs auraient, depuis longtemps, retrouvé un emploi, même pénible, même à l’autre bout de la France.
La démagogie est la pire des choses. La France compte aujourd’hui plus de 4 millions de chômeurs et 8 millions de Français vivent, survivent, végètent sous la ligne de pauvreté. Rares parmi eux sont ceux qui ont perdu volontairement leur emploi et qui se complaisent dans la misère. Ensuite, les allocations, même en les cumulant, ne permettent à personne de vivre luxueusement. Enfin, il ne faut pas oublier que les chômeurs ont, alors qu’ils étaient encore des salariés, cotisé pour ces allocations qui sont donc un droit. Quand on a souscrit une assurance, il est normal de la toucher en cas de catastrophe.
Qu’il y ait des adaptations à faire, qu’il faille épousseter le système pour le rendre plus transparent est évident. Mais dire, comme le laisse entendre Wauquiez, que tous les chômeurs sont des profiteurs qui se gobergent aux frais de la République est totalement scandaleux. Ce ne sont pas eux qui sont responsables de l’effondrement de notre économie, de la délocalisation de nos usines, de la faillite de nos PME, de la fermeture de nos entreprises. C’est l’Etat ou du moins nos gouvernements successifs qui, tous, de droite comme de gauche, nous ont toujours affirmé qu’ils allaient mener la bataille de l’emploi et qu’ils avaient les solutions miracles pour nous permettre de relancer la consommation et de faire face à la concurrence de la mondialisation.
Laurent Wauquiez, normalien, énarque, a commencé dans la vie active en travaillant avec Sœur Emmanuelle au milieu des chiffonniers du Caire. Il aurait pu apprendre alors que les pauvres ne sont pas tous des profiteurs. Mais il a surtout été secrétaire d’Etat à l’emploi avant de passer aux Affaires européennes. Comment un homme qui a été incapable de s’attaquer au problème de l’emploi peut-il aujourd’hui fustiger les chômeurs ?
Encore un qui se lance dans la campagne présidentielle et qui s’imagine qu’en disant n’importe quoi, il va pouvoir récupérer quelques voix égarées du côté de Marine Le Pen. Il veut supprimer les droits des chômeurs mais il faudra aussi, alors, qu’il leur supprime le droit de vote.

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