Après Dominique Strauss-Kahn, accusé d’avoir violé une femme de ménage dans sa suite de l’hôtel Sofitel de New-York, voici Georges Tron, accusé, lui, d’avoir violé deux employées de sa mairie de Draveil.
Naturellement, le secrétaire d’Etat à la Fonction publique n’étant pas le favori des sondages dans la course à l’Elysée, sa disparition de la scène politique française n’aura strictement aucune importance.
Si ce n’est tout de même qu’aux yeux des Français l’effet va être déplorable. Dans quel monde vivons-nous ? Et sont-ils donc vraiment tous pourris ?
Indignons-nous, comme dirait Stéphane Hessel, mais ne nous emballons pas. Rappelons qu’ils sont, pour l’instant, l’un et l’autre, « présumés innocents ». Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que pour les policiers, pour les magistrats et pour l’opinion publique, ils sont évidemment « présumés coupables ». Mais avec de bons avocats, ils ont, peut-être, une chance de prouver ou du moins de faire croire en leur innocence.
Pour ce qui est de Tron, une chose étonne malgré tout. Pourquoi diable a-t-il fallu que DSK fasse « la une » de toute la presse mondiale pour que ces deux jeunes femmes se souviennent, soudain, qu’elles avaient été violées par leur maire et patron ? On peut se demander si les malheurs de Strauss-Kahn ne vont pas provoquer un déluge de plaintes du même genre dont certaines relèveront, évidemment, de la pure calomnie et du règlement de comptes. La plainte pour viol risque de devenir à la mode.
Cela dit, ces deux affaires (et quelles que soient leurs suites judiciaires) révèlent au grand jour une évidence. Une fois élus, nos hommes politiques se croient tout permis et s’imaginent, hélas souvent à juste titre, pouvoir bénéficier de la plus totale des impunités.
On veut croire que rares sont ceux qui profitent de leur pouvoir pour violer toutes les jeunes femmes qui leur passent sous le nez mais il est de notoriété publique que nombreux sont ceux qui usent et abusent de l’autorité que leur a conférée leur élection pour s’enrichir, pour caser leur femme, leur maitresse et leurs enfants, pour faire n’importe quoi.
Ces deux-là ont, peut-être, « abusé » de leurs victimes, mais « l’abus de pouvoir » est désormais généralisé et l’expression « se goberger aux frais de la République » est plus actuelle que jamais.
On dira, bien sûr, qu’il y a une différence entre violer une pauvre fille et taper dans la caisse. Certes. Si ce n’est que, dans les deux cas, cela part du même principe. J’ai tous les droits, je suis intouchable et je ne vais pas me gêner.
Eric Woerth qui plaidait, hier, à la télévision son innocence n’a violé personne. Il s’est contenté de racketter les grands noms du CAC40 (au profit de l’UMP) et de faire embaucher sa femme par la plus grosse fortune de France en échange d’une petite Légion d’honneur.
Mais à le voir toujours étonné, scandalisé même, des accusations qu’on a osé porter contre lui, on comprend tout. Ces gens-là s’imaginent bien qu’ils ont tous les droits, qu’ils sont au-dessus des lois. Eventuellement responsables mais, en tous les cas, jamais coupables.
Et à force de croire en leur impunité, en leur immunité, pourquoi se priveraient-ils ? Ils violent la morale, les lois et éventuellement les femmes.
On comprend les émigrés, les abstentionnistes, les votes extrêmes. Mais on ne comprend pas que l’inéligibilité d’un condamné ne soit jamais à vie. On ne comprend d’ailleurs pas non plus les électeurs qui ont revoté pour Balkany.

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