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Le nucléaire, les concombres et la démagogie

L’Allemagne a décidé de renoncer à l’énergie nucléaire. La nouvelle est, bien sûr, stupéfiante. Mais Angela Merkel n’avait guère le choix. Les écologistes représentent une force politique importante en Allemagne et la chancelière connait actuellement bien des difficultés. Elle a été obligée de capituler. Une fois de plus, la démocratie a dû s’incliner devant la démagogie.
Les verts allemands ont utilisé le drame de Fukushima, comme ils s’étaient servis de celui de Tchernobyl et comme ils évoquent fréquemment Hiroshima pour jouer avec le pire des arguments : la peur.
On s’étonne d’ailleurs qu’ils ne se servent pas des accidents aériens, de chemins de fer ou de la circulation pour exiger l’interdiction des avions, des trains et des voitures qui font, chaque année, beaucoup plus de morts que n’en a faits l’accident de la centrale japonaise, provoqué par un tremblement de terre suivi d’un tsunami.
Ces écologistes allemands vont sûrement réclamer l’interdiction des concombres maintenant que ce légume fait des morts de l’autre côté du Rhin.
Il est évident que le nucléaire inquiète. A cause du souvenir, précisément, d’Hiroshima et de Nagasaki. Mais les centrales nucléaires n’ont rien à voir avec les bombes atomiques. Elles ne sont pas faites pour tuer mais pour apporter l’énergie indispensable au développement et même demain à la survie des populations.
Il est évident, aussi, que « le risque zéro » n’existe pas et que, comme il y a des coups de grisou qui font des dizaines de morts dans les mines de charbon, des barrages hydrauliques qui explosent et font des centaines de morts dans les vallées, il peut y avoir une catastrophe dans une centrale nucléaire.
Est-ce une raison pour refuser ce progrès –car c’en est un- qu’est la nucléaire et en revenir à la lampe à huile et à la marine à voile ? Bien sûr que non.
La catastrophe de Fukushima ne doit pas nous faire capituler. Elle doit nous inciter à rechercher davantage de mesures de sécurité. Le progrès provoque toujours des catastrophes. Il nous appartient de le maitriser.
Nicolas Sarkozy n’a pas toujours eu que des paroles heureuses. Mais il faut lui accorder que le jour où, au salon de l’Agriculture, il s’est exclamé « L’écologie, ça commence à bien faire », il a eu diablement raison.
Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut faire attention, qu’il faut protéger notre terre, la nature, l’écosystème et qu’il nous est arrivé trop souvent de jouer aux apprentis sorciers. Il n’y a aucun doute que nous avons eu tort de tout bétonner, de supprimer les haies de nos paysages, d’utiliser à tort et à travers des engrais et des pesticides, de massacrer nos forêts, de polluer nos fleuves.
Aujourd’hui, on accole au mot « écologie » l’expression « développement durable ». C’est une bonne idée. Alors que la terre compte maintenant plus de six milliards d’habitants et que la moitié d’entre eux ne mange pas à sa faim et n’a pas accès à l’eau courante, le développement est une exigence primordiale et il faut qu’il soit durable. Or ce n’est pas avec ces moulins à vent que sont les éoliennes que nous allons multiplier la production d’électricité, faire fonctionner nos usines, donner un avenir à tous les jeunes des pays qui n’ont pas encore émergé. Le charbon pollue, le pétrole s’épuise, le nucléaire est, évidemment, l’avenir.
Réjouissons-nous qu’en France, dès ce soir, Fillon, pour le gouvernement, Benoît Hamon pour le PS et même Nicolas Hulot pour les écologistes n’aient pas sombré dans la démagogie. Et préoccupons-nous plutôt des concombres allemands.

30 Mai 2011 | Comments (14)

Après DSK, Georges Tron

Après Dominique Strauss-Kahn, accusé d’avoir violé une femme de ménage dans sa suite de l’hôtel Sofitel de New-York, voici Georges Tron, accusé, lui, d’avoir violé deux employées de sa mairie de Draveil.
Naturellement, le secrétaire d’Etat à la Fonction publique n’étant pas le favori des sondages dans la course à l’Elysée, sa disparition de la scène politique française n’aura strictement aucune importance.
Si ce n’est tout de même qu’aux yeux des Français l’effet va être déplorable. Dans quel monde vivons-nous ? Et sont-ils donc vraiment tous pourris ?
Indignons-nous, comme dirait Stéphane Hessel, mais ne nous emballons pas. Rappelons qu’ils sont, pour l’instant, l’un et l’autre, « présumés innocents ». Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que pour les policiers, pour les magistrats et pour l’opinion publique, ils sont évidemment « présumés coupables ». Mais avec de bons avocats, ils ont, peut-être, une chance de prouver ou du moins de faire croire en leur innocence.
Pour ce qui est de Tron, une chose étonne malgré tout. Pourquoi diable a-t-il fallu que DSK fasse « la une » de toute la presse mondiale pour que ces deux jeunes femmes se souviennent, soudain, qu’elles avaient été violées par leur maire et patron ? On peut se demander si les malheurs de Strauss-Kahn ne vont pas provoquer un déluge de plaintes du même genre dont certaines relèveront, évidemment, de la pure calomnie et du règlement de comptes. La plainte pour viol risque de devenir à la mode.
Cela dit, ces deux affaires (et quelles que soient leurs suites judiciaires) révèlent au grand jour une évidence. Une fois élus, nos hommes politiques se croient tout permis et s’imaginent, hélas souvent à juste titre, pouvoir bénéficier de la plus totale des impunités.
On veut croire que rares sont ceux qui profitent de leur pouvoir pour violer toutes les jeunes femmes qui leur passent sous le nez mais il est de notoriété publique que nombreux sont ceux qui usent et abusent de l’autorité que leur a conférée leur élection pour s’enrichir, pour caser leur femme, leur maitresse et leurs enfants, pour faire n’importe quoi.
Ces deux-là ont, peut-être, « abusé » de leurs victimes, mais « l’abus de pouvoir » est désormais généralisé et l’expression « se goberger aux frais de la République » est plus actuelle que jamais.
On dira, bien sûr, qu’il y a une différence entre violer une pauvre fille et taper dans la caisse. Certes. Si ce n’est que, dans les deux cas, cela part du même principe. J’ai tous les droits, je suis intouchable et je ne vais pas me gêner.
Eric Woerth qui plaidait, hier, à la télévision son innocence n’a violé personne. Il s’est contenté de racketter les grands noms du CAC40 (au profit de l’UMP) et de faire embaucher sa femme par la plus grosse fortune de France en échange d’une petite Légion d’honneur.
Mais à le voir toujours étonné, scandalisé même, des accusations qu’on a osé porter contre lui, on comprend tout. Ces gens-là s’imaginent bien qu’ils ont tous les droits, qu’ils sont au-dessus des lois. Eventuellement responsables mais, en tous les cas, jamais coupables.
Et à force de croire en leur impunité, en leur immunité, pourquoi se priveraient-ils ? Ils violent la morale, les lois et éventuellement les femmes.
On comprend les émigrés, les abstentionnistes, les votes extrêmes. Mais on ne comprend pas que l’inéligibilité d’un condamné ne soit jamais à vie. On ne comprend d’ailleurs pas non plus les électeurs qui ont revoté pour Balkany.

29 Mai 2011 | Comments (10)

On avait oublié les centristes !

Ce week-end, ils sont tous contents. Au Conseil national de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin a déclaré : « La victoire était possible, elle devient probable ». A la Convention nationale du PS, Lionel Jospin, autre ancien premier ministre ressorti de la naphtaline, s’est écrié : « Le PS a des chances réelles ».
On comprend que, chez les socialistes, on fasse le dos rond devant les malheurs de Dominique Strauss-Kahn. On est davantage étonné que, chez les amis de Nicolas Sarkozy, on ne parvienne pas à cacher sa joie.
Certes, DSK était un redoutable concurrent, mais on ne voit pas en quoi son élimination pourrait rendre la réélection de Sarkozy « probable ». Si certains sondages donnaient 65% des voix, au second tour de la présidentielle, à Strauss-Kahn, ce n’était ni parce que son programme était particulièrement attirant (il ne l’avait pas encore présenté et il n’avait même pas encore fait acte de candidature), ni parce que le directeur général du FMI était particulièrement séduisant. C’était tout simplement parce que 70% des Français rejettent Sarkozy.
Pour le sortir de l’Elysée, on a l’impression qu’une Martine Aubry ou qu’un François Hollande feront tout aussi bien l’affaire.
Jean-François Copé parle d’un « frémissement » qu’il sentirait dans l’opinion. Les sondages ne l’ont pas encore perçu. Les Français n’ont pas « frémi » devant l’histoire de DSK, ils ont été stupéfaits. Mais cela n’a rien changé à leur volonté de se débarrasser au plus tôt de Sarkozy.
Les turpitudes incroyables du patron du FMI n’ont pas amélioré le bilan du président sortant ni changé son image qui reste déplorable, malgré l’annonce d’un heureux événement qui semble laisser nos concitoyens de marbre.
En fait, l’élimination de celui qui était le grandissime favori des sondages ne change rien ni à l’extrême-droite, ni à droite, ni à gauche, ni à l’extrême-gauche. C’est au centre qu’elle va sans doute tout changer.
En effet, jusqu’à présent c’était DSK qui séduisait ces deux à trois millions d’électeurs centristes qui après avoir voté Barre, Balladur et Bayrou ne savaient plus à quel saint se vouer depuis que le dit-Bayrou avait totalement perdu le nord et le sens du ridicule en flirtichonnant plus ou moins avec Ségolène Royal.
Ces centristes représentent entre 15 et 18% des voix. Autant dire que ce sont eux « les faiseurs de présidents ». Ils ne veulent plus de Sarkozy qui les a trahis en droitisant totalement son discours pour tenter de récupérer les voix de l’extrême-droite. Ils ne vont sans doute pas se rallier au suppléant de DSK, que ce soit Martine Aubry ou François Hollande, trop marqués eux par l’étiquette du PS, même si l’un et l’autre jouent désormais la social-démocratie. Les centristes se cherchent donc un candidat… centriste.
On comprend que le petit Bockel et sa minuscule Gauche moderne aient, ce week-end aussi, rejoint la Confédération des centres de Borloo.
Maintenant que Strauss-Kahn a disparu, un beau score des candidats centristes au premier tour, l’année prochaine, devient non pas possible, mais probable, comme dirait Raffarin.
Or si on fait le calcul que nous suggèrent tous les sondages actuels, on obtient 18% pour Marine Le Pen + 18% pour le (ou les) candidat(s) centriste(s) ce qui fait 36%. La droite ne pouvant guère espérer avoir plus de 50%, il ne reste plus à Sarkozy que… 14%. C’est ce qu’à l’Elysée on appelle « le scénario infernal ». On comprend que Copé ait des frémissements dans le dos. Nous n’en sommes, bien sûr, pas là. Mais il est évident que ce scénario fait rêver des hommes comme Borloo, Morin, Villepin et quelques autres.
Pompidou qui s’y connaissait disait que « la présidentielle se gagne toujours au centre ». Ce qui est sûr c’est qu’elle peut se perdre au centre et que Sarkozy a, évidemment commis une erreur monstrueuse en préférant courir après les voix du Front National plutôt que de donner Matignon à Borloo.
Pour l’instant, ils sont tous contents mais ils risquent tous de regretter DSK avant longtemps car maintenant ils vont tous avoir à faire face à ces centristes qu’on avait totalement oubliés mais qui ont mis de Gaulle en ballottage en 1965, avec Lecanuet, qui ont été présents au second tour en 1969, avec Poher, qui ont fait gagner Giscard en 1974, qui ont fait perdre Chirac en 1988, avec Barre, et qui renaissent de leurs cendres depuis que Sarkozy n’a plus voulu se souvenir que l’UMP avait été créée, par Juppé,  pour les accueillir et leur donner un os à ronger.

28 Mai 2011 | Comments (4)

Désordre, luxe et volupté

Dominique Strauss-Kahn, présumé innocent mais poursuivi par la justice américaine pour viol et libéré sous caution (six millions de dollars au total), vient d’emménager dans une agréable maison que sa femme a louée dans l’un des quartiers les plus élégants de New-York. 600 m2, 4 chambres, 4 salles de bain, une salle de cinéma, une salle de gymnastique… Tout le confort, c’est le moins qu’on puisse dire. Loyer mensuel : 50.000 $ ! Et il parait que c’est une affaire puisque Anne Sinclair aurait obtenu un rabais de 10.000 $.
Bien sûr, il n’y a rien à redire. Tout le monde sait que l’épouse de DSK est milliardaire et les propriétaires de logements « plus modestes » ont refusé d’accueillir le présumé innocent.
Reste que la chose a quelque chose de choquant. Grâce à l’Internet, le monde entier peut visiter la nouvelle résidence de l’ancien directeur général du FMI accusé d’avoir violé une femme de ménage et il n’est pas impossible que certains se disent que, si nous sommes « tous égaux devant la loi », il suffit tout de même d’avoir une femme richissime pour ne pas avoir à croupir dans une prison sordide.
On s’étonne d’ailleurs que le couple Strauss-Kahn n’ait pas compris que l’étalage sans pudeur d’un tel luxe et d’une telle fortune risquait fort d’indisposer des juges et des jurys devant lesquels, milliards ou pas, DSK aura à comparaître.
Mais la pudeur n’est sans doute pas la principale caractéristique de « ces gens-là ».
Le G8 se réunit aujourd’hui. Sans la présence de DSK. Le programme est chargé. Il s’agit de prendre des décisions pour tenter de sauver, en toute urgence, quelques pays au fond du gouffre, à commencer par la Grèce ou l’Espagne, d’imaginer ce qu’on pourrait faire pour aider les pays du « printemps arabe » à ne pas basculer dans le chaos, de faire face à tous les désordres de la planète où la moitié des peuples est en train de sombrer dans la misère.
Personne ne se fait la moindre illusion. Il ne sortira rien de cette réunion des pays les plus riches du monde. Les bonnes intentions et les discours lénifiants n’ont guère de poids en face des égoïsmes de chacun et comme désormais le monde appartient aux Etats-Unis et à la Chine on ne voit pas pourquoi Washington et Pékin prêteraient la moindre attention aux déclarations généreuses des « petits ».
C’est Nicolas Sarkozy qui, en tant que président du G8, est le maître des cérémonies. C’est donc lui qui a choisi le lieu de la rencontre. Pourquoi diable a-t-il choisi Deauville, la ville qui, avec ses « planches », son casino, son polo et sa faune habituelle, symbolise à l’évidence, aux yeux du monde entier, le fric, le tape-à-l’œil, le bling-bling et le mauvais goût ?
On dira que Deauville, c’est pratique avec ses hôtels, et plus attractif que Charleville-Mézières. Peut-être. On rappellera que Mitterrand avait organisé un G7 à Versailles et que tout le monde avait ironisé sur ses allures de Roi Soleil. C’est vrai. Mais en cette période d’austérité et de crise sans précédent, un peu de décence s’impose. Une réunion à Rambouillet, par exemple, aurait été très suffisante.
Les malheurs de DSK dans sa résidence de très grand luxe de New-York n’ont, bien sûr, rien à voir avec la réunion du G8 à Deauville. Si ce n’est que, pour une bonne moitié de la planète, le luxe dans lequel se vautrent nos dirigeants devient insupportable. Insultant même. Ils devraient y prendre garde.

26 Mai 2011 | Comments (18)

Le gouvernement dans le panneau

Cette affaire de panneaux signalant la présence de radars sur nos routes est totalement absurde.
Tout le monde est d’accord pour dire et répéter qu’il faut tout faire pour tenter de réduire le nombre des morts sur les routes, pour reconnaître que la vitesse est l’une des causes principales des accidents et pour constater que les radars sont l’un des meilleurs moyens pour ramener les fous du volant à la raison.
On s’y était habitué mais il faut bien avouer que ces panneaux qui prévenaient les conducteurs qu’ils allaient être contrôlés étaient parfaitement ridicules. Ils incitaient les chauffards impénitents à lever le pied pendant cinq cents mètres mais à accélérer de nouveau dès le radar dépassé. Par définition, on n’a pas à prévenir les délinquants qu’ils sont surveillés.
Mais au-delà du problème de ces panneaux –sont-ils dissuasifs ou incitatifs ?- la crise politique que vient de déclencher l’annonce par le gouvernement qu’on allait les supprimer est stupéfiante et étonnamment révélatrice de l’ambiance qui règne aujourd’hui aussi bien au gouvernement que parmi la majorité.
67 députés de l’UMP sont montés au créneau pour s’indigner de cette décision au nom des grands principes, de la liberté des citoyens, de la dignité de la personne humaine, etc.
Or, pas un seul de ces 67 parlementaires de base n’avait jusqu’à présent ouvert la bouche ni à propos du chômage, ni à propos de la présence des troupes françaises en Afghanistan, de la fermeture de nos usines, de la guerre que nous menons en Libye, de nos déficits ou de notre dette, de la situation de l’Ecole, des hôpitaux.
Jusqu’à présent et depuis des années, au garde-à-vous et le petit doigt sur la couture du pantalon, ces 67 représentants du peuple s’étaient tous contentés d’opiner du bonnet et de voter comme un seul homme tous les textes qu’on leur faisait avaler et avaliser.
Cette soudaine mutinerie de la piétaille parlementaire sur un sujet indéfendable (prévenir les délinquants de la route qu’ils sont sous surveillance pendant cinq cents mètres) est pour le moins surprenante. A croire que ces pauvres types s’imaginent qu’en osant ainsi enfin relever la tête, ils vont sauver leur siège et faire oublier aux électeurs de juin 2012 le bilan de Sarkozy et le soutien docile, soumis et sans faille qu’ils ont apporté depuis 2007 à la politique du chef de l’Etat.
Mais plus étonnant encore est le spectacle que nous offre le gouvernement avec un premier ministre et un ministre de l’Intérieur qui, se détestant, se contredisent, se démentent, se désavouent, tentent de refiler le bébé à d’improbables commissions d’études ou parlementaires et donc se ridiculisent en donnant l’image déplorable de l’équipage d’un rafiot à la dérive.
Eux aussi, visiblement, ne pensent plus qu’aux prochaines élections. Mais le problème est délicat. L’Insee semble incapable pour l’instant de dire si le corps électoral compte davantage de chauffards que de veuves de tués sur les routes. On attend donc avec impatience le sondage qui permettra de savoir ce que les Français répondent à la question : « Si les élections présidentielles avaient lieu dimanche prochain, voteriez-vous pour un candidat prêt à faire n’importe quoi pour ne pas vous déplaire ou pour un candidat ayant le sens si ce n’est de l’Etat du moins de ses responsabilités ? »
On pourrait d’ailleurs imaginer une question annexe : « Quelle différence faites-vous entre la démocratie et la démagogie ? »
En voulant éviter le précipice, il semble que le char de l’Etat soit entré dans le panneau.

25 Mai 2011 | Comments (8)

C’est toujours le TSS qui l’emporte

Les derniers sondages semblent formels. L’élimination de Dominique Strauss-Kahn ne change rien à la course à l’Elysée. Malgré ce coup de tonnerre, malgré ce scandale « glauquissime », ce serait toujours le candidat du Parti socialiste qui arriverait en tête au premier tour des présidentielles et qui l’emporterait haut la main au second tour. Que ce soit François Hollande ou Martine Aubry.
Nos « experts » semblent s’en étonner. Ils n’avaient rien compris.
Quand DSK obtenait des chiffres mirifiques dans les enquêtes d’opinion, ces experts nous disaient que les Français appréciaient les qualités de sérieux du directeur général du FMI, sa connaissance des dossiers, son honnêteté, sa probité et plus encore le virage vers la social-démocratie qu’il savait donner au socialisme français.
En fait, les Français ignoraient tout de DSK. Ils avaient totalement oublié le ministre des Finances de Lionel Jospin qui avait dû démissionner ayant été mis en examen, ils ne se souvenaient pas du candidat malheureux aux primaires socialistes de 2007. DSK n’était plus pour eux qu’un très haut fonctionnaire international bien lointain. Et cette image d’expert austère et incontesté des finances planétaires qui imposait des plans de rigueur sans pitié aux pays en difficulté n’avait rien pour plaire aux Français.
Si Strauss-Kahn triomphait ainsi c’était tout simplement parce que nos compatriotes ne voulaient plus de Sarkozy. La France n’était pas devenue strauss-kahnophile, elle était sarkophobe. C’était le fameux « TSS », Tout Sauf Sarkozy, n’importe qui plutôt que Sarkozy.
Il est donc parfaitement normal que DSK ayant été éliminé, son (ou sa) remplaçant(e) fasse aussi bien que lui, environ 60% au second tour. Car, en fait, ce n’était pas DSK qui faisait ces 60%, c’était Sarkozy qui ne parvenait pas à dépasser les 40%. Et on ne voit pas pourquoi les malheurs (mérités) de DSK à New-York pourraient inciter les Français à souhaiter soudain que Sarkozy fasse un second mandat.
Certes, le forfait (à tous les sens du terme) de Strauss-Kahn change un peu la donne pour le premier tour. Les candidats plus ou moins centristes –Bayrou, Borloo, Villepin- retrouvent un peu de couleurs et du terrain qu’envahissait DSK avec sa social-démocratie. Mais, là encore, les sondages sont formels : dans leur très grande majorité, ceux qui se disent prêts à voter pour Bayrou, pour Borloo ou pour Villepin affirment qu’au second tour ils voteront pour le candidat du PS, quel qu’il soit. Même sans DSK, Sarkozy ne récupère pas l’électorat centriste qu’il a perdu sans doute à tout jamais en voulant séduire l’extrême-droite.
On a l’impression que, même confronté à un âne, une mule ou un mulet, Sarkozy serait battu.

24 Mai 2011 | Comments (9)

La manie du complot

L’avocat de Dominique Strauss-Kahn se dit convaincu qu’il saura faire acquitter son client. Il est payé (très cher) pour ça et il a déjà, parait-il, accompli des exploits du même genre en faisant libérer des accusés que rien n’innocentait.
DSK est pour l’instant « présumé innocent » et tant que les expertises des traces ADN recueillies sur les lieux, sur celle qui se dit la victime et sur lui-même n’auront pas été réalisées, on peut toujours imaginer que la jeune femme a tout inventé avec l’espoir d’en tirer un petit magot.
Mais si ces tests révélaient qu’il y a bien eu « acte sexuel », la défense serait obligée de plaider le consentement de la victime qui, du coup, ne serait plus une victime. Les avocats de l’accusé, se servant de renseignements obtenus par les détectives privés qu’ils ont lancés jusqu’en Guinée, tenteraient alors de démontrer que la jeune femme de ménage du Sofitel n’est qu’une prostituée qui aurait aguiché le directeur général du FMI pour lui soutirer une poignée de dollars ou, mieux encore, pour le déconsidérer à jamais aux yeux de l’opinion internationale. C’est la théorie du complot.
Aujourd’hui, 57% des Français sont convaincus que celui qu’on leur présentait déjà comme le prochain président de la République est victime d’un complot qu’auraient manigancé ses adversaires.
Ce scénario est un peu compliqué puisqu’il laisse entendre que Nicolas Sarkozy, connaissant, comme tout le monde, les penchants de son adversaire, aurait envoyé à New-York des hommes de confiance qui auraient soudoyé la jeune guinéenne pour qu’elle fasse tomber DSK. Il faudrait évidemment beaucoup de talent aux défenseurs de l’accusé pour rendre plausible une telle hypothèse.
Ce qui est intéressant c’est que cette large majorité de nos compatriotes (57%, le même chiffre que les sondages donnaient parfois à DSK au deuxième tour des présidentielles de l’année prochaine) puisse croire en ce scénario.
On sait que certains sont convaincus que l’homme n’a jamais marché sur la lune et que les images qu’on nous a présentées ont été tournées dans le désert du Nevada alors que d’autres affirment que les attentats du 11 septembre ont été organisés par la CIA.
Ce scepticisme systématique qui peut aller jusqu’à l’absurde est très révélateur. On nous a trop menti, depuis trop longtemps. Les hommes politiques, la presse, les autorités, les responsables de tout poil. Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive. Le nuage de Tchernobyl est bel et bien passé au-dessus de la France. Ni Robert Boulin ni Bérégovoy ne se sont suicidés. Pompidou n’était pas enrhumé et Mitterrand avait bien un cancer.
Du coup, chaque fois qu’une nouvelle sort un peu de l’ordinaire, une grande partie de l’opinion refuse de « gober » ce qu’on lui raconte et préfère imaginer l’incroyable, même contre toute évidence
Ce discrédit de la parole officielle est sans doute l’une des nouveautés les plus redoutables de notre époque. La mondialisation et la technologie ont… démocratisé les bobards. N’importe qui peut maintenant raconter n’importe quoi. Les hommes politiques et la presse officielle n’ont plus le monopole des balivernes. Mais ce n’est pas un progrès.
On pourrait espérer que devant cette course aux mensonges généralisée, les responsables finissent par comprendre qu’ils ne peuvent être que les perdants et en reviennent au « parler vrai ». Mais là encore personne n’y croirait.

23 Mai 2011 | Comments (9)

La seule erreur de Strauss-Kahn

Certains nostalgiques de Dominique Strauss-Kahn, désormais un peu à bout d’argument, s’indignent aujourd’hui du traitement que la justice américaine a imposé, impose et va sans doute imposer à l’ancien directeur du FMI.
Ils rappellent que DSK est, pour l’instant, « présumé innocent » (ce en quoi ils ont parfaitement raison) et ils se disent donc scandalisés que la police new-yorkaise l’ait menotté et que les magistrats américains aient laissé les caméras du monde entier le filmer mal rasé, la mine défaite, le regard affolé pendant sa première comparution, comme un vulgaire coupable.
Il faut savoir que c’est là le traitement imposé à tous les présumés innocents de l’autre côté de l’Atlantique. Il aurait donc été choquant que DSK puisse bénéficier d’un traitement de faveur puisqu’il était trainé devant ce tribunal non pas en tant que directeur général démissionnaire du FMI, ni même en tant que candidat grandissime favori pour les élections présidentielles françaises mais en tant qu’accusé d’un viol, ce qui n’est tout de même pas rien
Depuis cinq jours, nous voyons sur tous les plateaux de toutes nos chaînes de télévision des « experts » qui nous expliquent savamment les différences entre la justice française et la justice américaine. Tous ou presque nous démontrent que notre justice est infiniment plus respectueuse de la dignité humaine, de cette fameuse présomption d’innocence, du secret de l’instruction, de l’égalité des justiciables devant la loi, etc., etc.
Il faut bien reconnaître que ces cours comparatifs de droit pénal sont un peu théoriques. Ce que le « brave peuple » voudrait savoir c’est ce qui se serait passé si Dominique Strauss-Kahn avait été accusé par une femme de ménage d’un palace parisien des mêmes faits.
Et bien ce n’est pas difficile à savoir. En juillet 1996, Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, a été accusé par une conseillère municipale de Boulogne-Billancourt de lui avoir « imposé une fellation sous la menace d’une arme de poing ». La plainte a été déposée par la jeune femme à la 1ère division de la Police judiciaire. D’après le peu qu’on sait, c’est à peu près ce que reproche aujourd’hui la jeune guinéenne à Strauss-Kahn, le revolver en moins.
On nous dit que DSK risque, s’il est reconnu coupable, et s’il n’y a pas d’arrangement à l’amiable entre les deux parties, jusqu’à 74 ans de prison. C’est, en effet, beaucoup puisque, comme l’a élégamment souligné Jack Lang, « il n’y a pas eu mort d’homme ».
Mais qu’est-il arrivé à Patrick Balkany, « présumé coupable » du même crime ? La justice française a-t-elle fait son travail mieux que ne s’apprête à le faire la justice américaine ?
L’affaire a été classée sans suite. Aujourd’hui, Patrick Balkany se pavane, cigare au bec, aux côtés de son ami Nicolas Sarkozy, dans les palais dorés de la République.
On dira qu’il a eu de petits problèmes. C’est vrai. Il a été entendu par la police pour une affaire d’emplois fictifs dans une société d’économie mixte de sa ville, il a été mouillé jusqu’aux yeux dans l’affaire Schuller, il a été poursuivi pour trafic d’influence et complicité dans l’affaire de l’office HLM des Hauts-de-Seine, il a été condamné à 15 mois de prison avec sursis et à 2 ans d’inéligibilité pour avoir employé des agents de sa commune dans ses résidences privées, ce qui l’a incité à s’exiler pendant quelques mois à Saint Martin, l’île paradisiaque des milliardaires.
Mais il est bien vite redevenu député-maire de Levallois-Perret. Ce qui prouve que la justice française fait bien son métier, qu’elle ne persécute pas inutilement les puissants, que notre démocratie se porte à merveille et que nous pouvons donner des leçons aux Américains.
Si jamais Strauss-Kahn a bien violé une pauvre femme de ménage, sa seule erreur est de l’avoir fait à New-York et pas à Paris.

21 Mai 2011 | Comments (10)

Le salaud qui faisait pitié

Dominique Strauss-Kahn va donc finalement être remis en liberté sous caution. C’est tout de même bien agréable d’avoir six millions de dollars sous la main. Un million pour la caution, cinq millions de garantie. Merci Anne Sinclair puisqu’on ne peut pas croire que le FMI fera un geste pour son ancien directeur général et que c’est donc, sans doute, elle, il est vrai milliardaire, qui, sans rancune, va signer les chèques qui libéreront, provisoirement, son mari.
Il faut bien dire que ce système de caution a quelque chose de très déplaisant. Qu’on ne nous parle pas, après, de l’égalité de tous devant la justice. Sans sa malheureuse épouse richissime, DSK restait évidemment dans sa terrible prison.
Cela dit, et c’est, bien sûr, le plus important, DSK a aussi été inculpé ce qui veut dire qu’à moins qu’il n’y ait un arrangement avec la présumée victime et que le présumé coupable ne lui donne encore quelques millions de dollars, il va y avoir un vrai procès et que notre ancien grand favori pour l’Elysée va, sans guère de doute, être condamné et se retrouver pour un bon moment derrière les barreaux d’une prison américaine et là, millions ou pas, il n’y aura pas de libération avec caution. Dix ans, quinze ans, soixante-quinze ans, les avis des experts sont partagés.
Si cette affaire est évidemment stupéfiante –l’un des hommes les plus puissants de la planète violant une pauvre femme de ménage guinéenne et brisant ainsi, d’une « pulsion », un destin mirifique-, si tous les commentaires qu’on nous impose depuis trois jours sont affligeants de bêtise –tout le monde savait, personne ne parlait, c’était sûr, on s’y attendait, etc.- le plus étrange reste ce qu’on pourrait appeler « l’effet des images ».
Il est évident que même s’il est encore officiellement présumé innocent, depuis que ses avocats ont commencé à évoquer « une relation sexuelle consentie », plus personne ne croit une seule seconde en son innocence, ni même en un complot un peu fumeux dans lequel il se serait fait piéger. Il est donc pour les téléspectateurs du monde entier « le salaud absolu », le puissant qui s’imagine encore avoir un droit de cuissage, la brute qui culbute une pauvre fille, persuadé qu’il peut tout se permettre comme si l’époque de l’esclavage n’était pas révolue.
Il faut reconnaître que, pendant les premières images, il y avait quelque chose de « jouissif » à voir que même un puissant d’entre les puissants pouvait, pour peu qu’il soit accusé d’un tel crime, se retrouver comme n’importe quel voyou, truand, crapule, assis au banc des accusés, mal rasé, hagard, affolé. On se demandait d’ailleurs si une telle scène était imaginable de ce côté-ci de l’Atlantique.
Mais, pourquoi de pas le dire, au bout d’un certain moment, l’image faisait son effet et on finissait par être apitoyé. On oubliait le crime dont il était accusé, on ne pensait plus à la pauvre fille, on ne voyait plus que ce regard angoissé, que ces épaules qui tombaient, que cette solitude du pauvre type qui savait qu’il allait être broyé par la justice des hommes.
On l’avait vu des centaines de fois, vedette de télévision, pérorant du haut de toutes les tribunes, prenant la pause au milieu de tous les chefs d’Etat de la planète, sûr de lui, hautain, méprisant. Soudain, à terre, vaincu à tout jamais, détruit, il paraissait enfin humain.
Il parait qu’à l’époque de la peine de mort, au pied de la guillotine, les condamnés, même les pires, apitoyaient ceux qui les accompagnaient. Il y avait un peu de ça.
C’est sûrement une erreur de présenter le présumé coupable en l’absence de la présumé victime. C’est curieux, c’était la première fois de sa vie que Strauss-Kahn était touchant.
Oui, le salaud faisait pitié. Mais sa remise en liberté était choquante. Le fric, toujours le fric !

20 Mai 2011 | Comments (11)

Secret de la vie privée et présomption de culpabilité

Débat étonnant aujourd’hui à « C dans l’air ». Face à Yves Calvi, j’étais entouré de deux journalistes et d’un universitaire spécialiste des médias. Le sujet était, bien sûr, Strauss-Kahn et… la morale en politique.
J’avoue avoir été sidéré par les propos de mes compagnons. Mais ils m’ont paru intéressants car ils reflétaient parfaitement ce qu’on entend depuis trois jours en France.
En gros, les trois lascars ont fait mine de battre leur coulpe en avouant qu’ils savaient très bien, « comme tout le monde et depuis bien longtemps », que Dominique Strauss-Kahn était un obsédé sexuel et qu’ils auraient donc dû le faire savoir ce qui aurait, sans doute, évité qu’il ne soit nommé à la direction général du FMI et qu’il ne devienne le grandissime favori pour les présidentielles.
Mais tout devenait totalement incohérent puisque tous les trois se mirent à défendre avec l’énergie des moralistes le droit au secret de la vie privée des hommes publics. « Nous n’avons pas à entrer dans la chambre à coucher des hommes politiques », s’écria l’un d’entre eux. « Le devoir d’informer n’a pas à entretenir le voyeurisme des foules », renchérissait un autre.
Or, de deux choses l’une : ou l’on respecte la vie privée des gens célèbres et on ne rend donc pas publics leurs défauts cachés, leurs tares secrètes, voire leurs vices les plus profonds, ou on étale au grand jour les penchants regrettables qu’ils peuvent avoir, pour les éliminer de la vie publique et les empêcher, avant qu’il ne soit trop tard, de commettre l’irréparable.
J’étais doublement minoritaire dans ce débat puisqu’à mes yeux les hommes publics n’ont aucun droit au secret de leur vie privée et qu’en plus je ne considère pas que le goût des femmes qu’avait indiscutablement Dominique Strauss-Kahn laissait entendre qu’il était un violeur en puissance.
Tous les experts l’affirment : les violeurs sont des malades (et des criminels, bien sûr) qui ne peuvent pas avoir de vie sexuelle autrement que dans la violence. Les dragueurs invétérés, les don Juan impénitents, comme l’était DSK, ne sont pas des violeurs. Si tant est que DSK soit bien coupable, son passé ne pouvait pas le laisser prévoir.
On doit d’ailleurs ajouter que, malgré ce fameux et sacrosaint respect de la vie privée imposé par nos lois liberticides, depuis des années, dans tous les portraits qui lui étaient consacrés, tout le monde insistait sur le charme un peu lourdaud de DSK, sa volonté de séduire à tout prix et son penchant au harcèlement, voire sa fâcheuse habitude de sauter sur tous les jupons qui passaient devant lui. Ce qui, répétons-le, n’en faisait un violeur prédestiné.
On peut naturellement se demander comment l’incroyable a pu arriver (s’il est arrivé). Les psychiatres parleront sans doute d’un coup de folie. Ils auront raison. Mais j’ajouterai une particularité française qui me semble avoir son importance, ici comme ailleurs.
Nos « ténors » politiques vivent dans une bulle qui les sépare de toute réalité. Ils habitent les palais dorés de la République, ils sont entourés de collaborateurs obséquieux qui cèdent à tous leurs caprices, d’une cour d’admirateurs intéressés qui leur donnent toujours raison. Ils finissent donc, au bout de quelques années, par se croire tout permis et par avoir la conviction de bénéficier à tout jamais de la plus totale des impunités.
On peut expliquer la plupart de tous les scandales (notamment politico-financiers) qui marquent depuis des années notre vie politique par cette perte complète de conscience des réalités chez nos « ténors » qui, ayant le pouvoir, ne savent plus ce qu’est le bien ou le mal.
S’il a bien abusé de cette malheureuse femme de ménage de son palace, Strauss-Kahn ne doit toujours pas comprendre, du fond de sa cellule new-yorkaise, ce qu’on lui reproche. Comme Eric Woerth –et la comparaison est, bien sûr, excessive- ne comprend toujours pas qu’on ait osé lui reprocher d’avoir confondu ses fonctions de ministre du Budget et de trésorier de l’UMP ou d’avoir fait embaucher sa femme par Liliane Bettencourt.
Mais on peut aussi se demander si DSK, après avoir violé une femme de ménage du Sofitel de Paris, se retrouverait ce soir à Fleury-Mérogis.

18 Mai 2011 | Comments (9)

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