C’est amusant. Le Figaro nous raconte l’autosatisfaction d’un chef d’Etat qui, totalement rejeté par l’écrasante majorité de son peuple, dresse avec fierté le bilan mirifique de son règne. Ubu, version XXIème siècle.
Alors que plus personne ne veut de lui dans son pays, ce président se targue, devant sa petite cour de lèches-bottes habituels, d’avoir redonné à son pays toute l’aura des siècles précédents en envoyant ses troupes guerroyer un peu partout, d’avoir jugulé d’une main de maître toutes les crises internationales, d’avoir su éviter que ses sujets ne sombrent dans le chômage, d’avoir, par une politique juste et audacieuse, assuré la sécurité de son bon peuple, d’avoir su arrêter l’invasion des barbares étrangers, d’avoir accordé de nouvelles libertés à son parlement et même d’avoir sauvegardé la planète.
Ce qui est moins drôle c’est que ce chef d’Etat, totalement inconscient des réalités, n’est ni Khadafy, ni un roi nègre perdu au cœur de l’Afrique, ni un potentat d’Asie centrale, ni même le vieux Castro mais… le président de la République française qui recueille actuellement 72% d’opinions défavorables dans la plupart des sondages.
De deux choses l’une : ou les Français sont des ingrats qui se refusent, sans qu’on puisse deviner pourquoi, à apprécier la chance qu’ils ont d’avoir un tel président, voire des imbéciles qui ne comprennent rien à rien, ou Sarkozy vit sur une autre planète, à des années-lumière de son royaume.
D’après ce grand quotidien du matin, Sarkozy est persuadé que les Français lui savent gré d’avoir lancé leur armée (dont il est le chef suprême) dans la chasse au Gbagbo et la chasse au Khadafy. Il veut croire que les Français s’imaginent que leur pays est redevenu ainsi une grande puissance en jouant les gendarmes de la planète.
Les sondages prouvent que les Français ne sont pas dupes de ces gesticulations militaires et qu’ils se demandent ce que nous sommes allés faire dans ces querelles intérieures de pays lointains. Va-t-on envoyer nos paras et nos Rafales défendre le peuple syrien qu’Assad est en train de massacrer, sauver le peuple yéménite que Saleh fait mitrailler, protéger le peuple birman que la junte de Rangoon persécute, libérer les Tibétains écrasés par les Chinois ?
Soyons sérieux, c’était aux Ivoiriens et c’est aux Libyens de régler leurs affaires intérieures et nous aurions dû, évidemment, nous contenter de proclamer quelques condamnations verbales à l’ONU, voire de décréter un embargo économique aussi bien contre un Gbagbo qui se refusait à respecter les résultats d’une élection que contre un Khadafy qui faisait tirer sur ses opposants.
Pour le reste, Sarkozy se vante, nous dit-on, d’avoir remis sur pied l’Europe, d’avoir limité le chômage, d’avoir fait baisser la délinquance, d’avoir renforcé les pouvoirs du parlement et d’avoir lancé le Grenelle de l’environnement.
Or, les Français lisent les journaux. Ils savent que l’Europe est totalement en panne, que nos relations avec l’Allemagne sont détestables, que la Russie a totalement annexé deux provinces géorgiennes que Sarkozy prétendait avoir sauvées, que l’Union pour la Méditerranée, son grand projet, a sombré corps et biens, que le chômage a augmenté de 33%, que la délinquance et l’immigration ne font qu’augmenter, que le parlement n’est toujours qu’une chambre d’enregistrement et que les grandes mesures (souvent totalement démagogiques) annoncées au lendemain du Grenelle de l’environnement ont été abandonnées depuis belle lurette.
Le bilan –même en oubliant la dette, les déficits, les prélèvements obligatoires, l’effondrement du pouvoir d’achat des classes moyennes, le désespoir des jeunes, les scandales en tous genres, les dérapages sur l’identité nationale ou la laïcité – est donc épouvantable. Mais le président est content de lui.
Et, à moins d’un an de l’élection présidentielle, il est convaincu qu’il va lui suffire de supprimer l’ISF pour 300.000 assujettis et de faire accorder une prime de 1.000 € à une poignée de salariés pour être réélu sans aucun problème. Nous sommes passés du ridicule au grotesque. Ubu !

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