D’après le Figaro « Nicolas Sarkozy est convaincu que les Français éprouvent une certaine fierté à voir leur pays jouer un rôle important sur la scène internationale ». On peut donc en déduire que le président de la République espère maintenant tirer quelques profits de cette « fierté » nationale lors des prochaines élections présidentielles.
Sarkozy qui est à moins de 30% d’opinions favorables dans tous les sondages et que ces mêmes sondages donnent éliminé dès le premier tour de ces présidentielles ne se serait donc pas lancé dans sa double aventure guerrière, en Libye et en Côte d’Ivoire, pour rien. Après quatre années d’échecs et d’enlisement, il pense sans doute maintenant qu’en gagnant ces guerres, il va gagner les élections.
L’ennui c’est que le même Figaro nous apprend que les troupes fidèles à Khadafy (qui devaient être écrabouillées en quelques heures par nos Rafales et les fusées des sous-marins de la flotte américaine) regagnent du terrain et que les rebelles, nos amis islamo-on-ne-sait-pas-trop-quoi, reculent, reculent.
L’ennui c’est aussi qu’à Abidjan les hommes de Gbagbo qui n’étaient plus, nous disait-on, qu’une poignée réfugiée dans le bunker de l’ancien président qui s’accroche (et que nos hélicoptères de la force Licorne devaient réduire en poussière) sont repartis à l’assaut de l’hôtel où s’est réfugié Ouattara, le président élu, qu’ils en ont profité pour bombarder la résidence de l’ambassadeur de France voisine et qu’ils contrôlent de nouveau, semble-t-il, une bonne partie d’Abidjan.
Il est toujours plus facile de déclarer la guerre que de la gagner.
L’échec de nos Rafales en Libye et de nos hélicoptères en Côte d’Ivoire prouve, en tous les cas, qu’on (Sarkozy lui-même) nous avait raconté des blagues.
Tout le peuple libyen n’est pas hostile à Khadafy, tout le peuple ivoirien n’est pas favorable à Ouattara. Le fou de Tripoli et le roublard de Gbagbo ont, l’un et l’autre, évidemment des partisans, nombreux et prêts à se faire tuer pour eux. Nous ne sommes donc pas allés, ici et là, pour aider des peuples à se débarrasser de leurs tyrans insupportables, au nom des Droits de l’Homme et de la démocratie, mais nous sommes intervenus dans des guerres civiles au nom du droit (contestable et contesté) d’ingérence et en pensant sans doute que les gens de Cyrénaïque nous seraient reconnaissants pour les contrats pétroliers à venir et que les gens du nord de la Côte d’Ivoire nous feraient des rabais pour la vente de leur cacao.
Sarkozy est trop jeune pour se souvenir que l’ayatollah Khomeiny que Giscard avait accueilli, à bras ouverts, à Neauphle-le-château et soutenu, à bout de bras, nous avait virés avec pertes et fracas deux ans à peine après son retour triomphal à Téhéran à bord d’un avion d’Air-France. Les Islamistes sont rarement reconnaissants. Ce n’est pas dans leur nature.
Sarkozy nous avait aussi raconté qu’il s’agissait de courir au secours de populations massacrées par leurs tyrans. Nos bombardements n’étaient que des opérations… humanitaires.
Or, on découvre que les hommes de Ouattara ont massacré avec une sauvagerie inouïe des partisans de Gbagbo dans le nord du pays et il est vraisemblable qu’on va découvrir avant longtemps que les « gentils » rebelles de Benghazi n’ont pas fait de quartier avec les partisans de Khadafy qui leur tombaient sous la main. Gentils rebelles qu’on nous présente encore comme des « civils désarmés » mais qui ont des avions (qu’ils abattent eux-mêmes d’ailleurs) et des chars, sans parler des armes que notre ambassadeur à Benghazi (le pauvre !) doit leur fournir depuis quelque temps dans de bonnes conditions.
Les Français sont-ils vraiment « fiers de voir leur pays jouer un rôle important » dans les sables libyens et dans la lagune abidjanaise et vont-ils voter comme un seul homme pour Sarkozy ? Rien n’est moins sûr.
D’abord, parce que les Français pensent sans doute davantage à leur pouvoir d’achat qui s’effondre qu’aux guerres tribales entre Arabes ou Africains. Jamais, nulle part à travers la planète, un régime, quel qu’il soit, n’a gagné des élections sur la politique étrangère. Les électeurs pensent toujours, avant tout, et on les comprend, à la situation intérieure de leur pays.
Ensuite, parce que si la situation s’enlise éternellement, comme on peut maintenant le redouter, les Français vont commencer à se demander si nous défendons vraiment une bonne cause, s’il était vraiment utile de se mettre la moitié du monde à dos, les Russes, les Chinois, les Indiens, les foules arabes et africaines et surtout ils vont s’interroger pour savoir combien nous coûtent toutes ces gesticulations alors que nous n’avons plus d’argent pour nos hôpitaux ou nos écoles.
Enfin parce que si, pour sortir de l’engrenage et du bourbier, nous remballons nos Rafales et nos hélicoptères et rentrons penauds à la maison, les Français mettront ces deux épisodes sur le compte des fanfaronnades tartarinesques d’un président affolés qui, après avoir voulu faire la guerre aux Roms et aux naturalisés de fraîche date pour gagner des cantonales (qu’il a perdues), s’est lancé dans une croisade lointaine et absurde pour gagner des présidentielles.
Bref, contrairement à ce que pense Sarkozy, il y a bien peu de chance pour que les Français soient fiers de voir leur président sortant jouer ce rôle de matamore agité avec son sabre de bois.

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