Si j’étais candidat à la présidence de la République –Dieu m’en garde- je crois que j’essaierais d’abord de ne pas passer pour un charlatan. Non pas par honnêteté intellectuelle mais parce que j’ai intime conviction qu’après des décennies d’expérience les Français supportent de moins en moins bien les bateleurs d’estrade qui leur promettent tout et même n’importe quoi.
Donc, je ne promettrais pas la semaine des quatre jeudis ni celle des 32 heures, la retraite à 50 ans, un revenu de 2 ou 3.000 € garanti pour tous, la gratuité dans les restaurants trois étoiles (ça, ils n’y ont pas encore pensé), le triplement de toutes les allocations, toutes les aides, toutes les subventions et la division par quatre des impôts et de tous les prélèvements obligatoires. Non.
J’irais même loin. J’annoncerais une augmentation substantielle des impôts, sur tout et pour tous, sur le travail, sur les sociétés, sur le capital, sur le patrimoine et une baisse radicale de toutes les aides, à la petite enfance, à la grande vieillesse, au troisième enfant, à la création d’entreprise, au recours à l’éolien, à l’emploi du personnel de maison, aux voitures électriques, à la formation, à l’élevage des chèvres en moyenne montagne, à tout.
Là, j’aurais évidemment un avantage sur tous mes concurrents puisque j’aurais prévu ce que celui qui l’emportera fera inévitablement, un jour ou l’autre. On m’en saurait peut-être gré pour 2017. Il est vrai qu’à la différence des autres compétiteurs j’ai pris la peine de parcourir des yeux les chiffres (consultables gratuitement sur tous les sites Internet) de la situation économique du pays.
Mon programme que, bien sûr, je ne dévoilerais en détail qu’au tout dernier moment, se limiterait, pour l’essentiel, à accorder la liberté aux citoyens. C’est ce qu’on nous avait promis en 1789, mais il serait grand temps d’y arriver. Droit de fumer, même dans les bars-tabacs, droit de porter un kilt ou une burqa, droit de créer une entreprise sans avoir à remplir une trentaine de documents, droit de construire une maison sans devoir bakchicher le maire, droit de recourir à une mère-porteuse, droit de dire et même de proclamer ce qu’on a sur le cœur, etc.
Mon gouvernement, composé de quelques copains que j’apprécie particulièrement, se limiterait strictement aux pouvoirs régaliens : défense du territoire et des citoyens, justice, affaires étrangères, construction des infrastructures nationales, recherche et innovation, organisation du commerce extérieur, solidarité (limitée naturellement à ceux qui en ont vraiment besoin).
Pour le reste, l’Ecole, la Santé, je supprimerais les postes de ministre et ferais confiance aux fonctionnaires puisque, dès lors que le droit pour tous à l’éducation et à la santé auront été réaffirmés, ces dossiers relèveront de la (bonne) gestion et n’auront plus rien de politique. J’y jetterais tout de même un coup d’oeil de temps en temps.
Naturellement, si sous la pression des événements et de mes amis, je devais me décider, j’affinerais un peu mon programme.
Mais quand on voit tous les candidats qui sortent, en ce moment, de leur boite les uns après les autres, on est tout de même stupéfait qu’aucun d’entre eux n’ait compris l’exaspération de tous nos compatriotes devant la dictature et l’incompétence de l’Etat. Aucun de ces candidats n’a senti qu’il y avait comme une odeur de poudre un peu partout dans le pays, comme une ambiance de jacquerie imminente.
Les Français n’ont pas besoin qu’on leur apprenne ce que c’est que d’être français, qu’on leur dise en permanence ce qu’il faut faire et ne pas faire, qu’on les tienne par la main et qu’on leur donne le biberon. Ils ont besoin qu’on leur foute un peu la paix et qu’on les laisse vivre. Comme des grands, comme des adultes.
Alors, mais alors seulement, ils pourront innover, créer des richesses, retrouver le goût de l’initiative, l’envie de conquérir si ce n’est le monde du moins une place au soleil. Ils pourront enfin faire vivre les trois mots qu’on a laissé se décrépir sur le fronton de nos édifices publics, liberté, égalité, fraternité, trois mots qu’aucun de nos gouvernements, de droite ou de gauche, n’a jamais voulu respecter.
Cela dit, je pars en vacances trois jours et je n’ai donc pas le temps de faire acte de candidature.

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