Nicolas Sarkozy et Sylvio Berlusconi se rencontrent aujourd’hui à Rome. Ce face-à-face a quelque chose d’étrange et de déplaisant. On ne peut pas dire que ces deux zigotos incarnent au mieux toutes les valeurs de la vieille Europe.
L’un et l’autre sont contestés dans leur pays. Ils choquent sans pudeur et provoquent à plaisir leur vieux peuple sans pour autant pouvoir leur présenter les résultats d’une politique qui semble bien souvent incohérente. Le Français rêve de faire la dolce vita et le proclame fréquemment, l’Italien la pratique, semble-t-il, déjà depuis longtemps.
Ce goût commun pour le fric facile, le tape-à-l’œil et les jolies filles va-t-il leur permettre d’estomper leurs différents ? Rien n’est moins sûr.
Il faut dire que leurs désaccords sur l’Europe et ses frontières sont totalement absurdes. Sarkozy veut fermer la frontière franco-italienne quand il s’agit des immigrés mais la laisser grande ouverte dès qu’il s’agit des investissements. Berlusconi veut laisser la frontière ouverte pour nous réexpédier les dizaines de milliers de Tunisiens et de Libyens qui déferlent sur ses côtes depuis le début du « Printemps arabe » mais veut la fermer depuis que LVMH a racheté Bulgari, qu’Air France a pris 25% d’Alitalia et que Lactalis menace de s’emparer de Parmalat, le plus grand groupe laitier italien.
Or, c’est bien connu, il faut qu’une frontière, comme n’importe quelle porte, soit ouverte ou fermée. Sinon, on risque fort de se pincer les doigts.
En fait, on se retrouve, une fois de plus, mais cette fois d’une manière caricaturale, confrontés à la conception même de l’Europe. Fallait-il construire une « Europe des Nations », comme le souhaitait de Gaulle, où chacun aurait pu garder la maîtrise de sa politique, ou fallait-il vraiment se lancer dans cette « Europe fédérale » où se sont, en fait, des technocrates bruxellois sans aucune légitimité qui font la loi dans les vingt-sept pays, comme nous l’ont imposé (sans même nous demander notre avis) tous les gouvernements depuis des années.
Nous nous retrouvons dans une situation invraisemblable. Face aux hordes d’immigrés clandestins dont l’Italie veut se débarrasser, ce qu’on peut comprendre, Sarkozy veut fermer notre frontière, ce qu’on peut aussi comprendre. Seulement voilà, le président français oublie un détail : depuis les accords de Schengen… il n’y a plus de frontière entre la France et l’Italie et il suffit que Rome accorde un permis de séjour de six mois à n’importe lequel des six milliards d’êtres humains qui peuplent la planète pour que celui-ci ait le droit de se balader en toute légalité dans tous les pays qui ont signé ces accords. Naturellement, on peut chipoter. Il faut que l’immigré ait les moyens de subvenir à ses besoins. Mais quelques euros et l’adresse d’un lointain cousin lui permettront de répondre à cette exigence.
En fait, grâce à Schengen qui devait permettre aux Européens de circuler librement à travers l’Europe, les clandestins deviennent des immigrés officiels pour peu qu’un pays se montre assez hospitalier pour les refiler à ses voisins.
Il est évident que tous les pays de l’espace Schengen devraient aider tous les pays « frontaliers », l’Italie mais aussi l’Espagne et la Grèce, qui sont en première ligne devant la déferlante des immigrés à mieux contrôler leurs frontières puisque ce sont désormais aussi les nôtres.
Mais il faudrait aussi se demander si, dans notre précipitation à construire cette Europe et à suivre les eurolâtres qui, comme des cabris, sautaient sur leurs petits tabourets en criant « L’Europe ! l’Europe ! », nous n’avons pas été bien imprudents.
Cela dit, quand on se promène aujourd’hui dans les rues de Paris, on s’aperçoit qu’il n’y a pas que les Maghrébins qui ont profité de la disparition de nos frontières.
Mais un train qui a déraillé peut-on encore faire marche arrière ?

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