François Hollande s’est donc lancé dans la campagne présidentielle ou du moins dans celle des primaires de la gauche. Personne ne peut le lui reprocher. Chacun a parfaitement le droit de s’imaginer avoir les qualités nécessaires pour devenir président de la République et, éventuellement, des chances pour être élu. Il y a bien longtemps que le ridicule ne tue plus personne en France.
Tous les commentateurs nous affirment, ce matin, qu’en perdant des kilos l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste a pris du poids. Mais a-t-il le moindre espoir de peser plus de 50% des voix dans un an ?
Hollande nous a parlé du « rêve des Français » et nous a juré qu’avec lui « ce rêve pouvait devenir réalité ». Les Français rêvent-ils vraiment de voir Hollande s’installer à l’Elysée ? Cet énarque apparatchik, en grande partie responsable de la déroute de son parti en 2002 et en 2007, peut-il incarner le réveil, le sursaut, la renaissance de la France dont a besoin le pays et auxquels tous nos compatriotes aspirent ?
Hollande n’est pas un aigle mais il n’est pas non plus un imbécile. Il sait parfaitement, comme tout le monde maintenant, que dans six semaines Dominique Strauss-Kahn va annoncer sa candidature, que le directeur général du FMI a tout « ficelé » avec Martine Aubry en lui promettant Matignon et que les sondages qui le font triompher haut le main obligeront les électeurs de ces primaires à le désigner par acclamations.
En jouant avec application le candidat « bien décidé à aller jusqu’au bout », Hollande fait acte de candidature non pas à la magistrature suprême mais à un joli poste de ministre, lui qui n’a, jusqu’à présent, jamais fait partie d’aucun gouvernement. Montebourg, Vals et tous ceux qui, à gauche, se disent, eux aussi, « prêts à se sacrifier pour la France » en, font autant. Ils iront « jusqu’au bout », c’est-à-dire jusqu’au moment où, pieds nus et le corde au cou, ils se rallieront respectueusement à DSK avec l’espoir d’avoir droit à un petit morceau du gâteau.
Il est de bon ton de dire et de répéter qu’à un an du scrutin, toutes les prévisions se sont toujours trompées. Et l’histoire de la Vème République l’a démontré. Mais les choses ont beaucoup changé.
Jamais les sondages n’ont eu une telle importance. Les quelques centaines de Français interrogés, semaine après semaine, par les instituts spécialisés font désormais la loi et leurs choix, plus ou moins tripatouillés par les instituts en question, s’imposent aux quarante millions d’électeurs. Notre démocratie est toujours « représentative » avec une petite nuance près : les représentants du peuple ne sont plus les élus mais les sondés.
Jamais non plus un président sortant-candidat n’a été rejeté avec une telle violence que Nicolas Sarkozy. Il a beau se lancer dans des aventures guerrières un peu partout, nous faire miroiter la suppression du bouclier fiscal et un allégement de l’ISF, promettre une prime aux salariés des entreprises qui font des bénéfices, et-pourquoi pas ?- nous laisser entendre qu’il pourrait bien y avoir « un heureux événement » prochainement à l’Elysée, rien n’y fait. 70% des Français ne veulent plus de lui ce qui est amplement suffisant pour l’éliminer dès le premier tour.
Certains de ses « amis » en sont d’ailleurs arrivés à souhaiter qu’il y ait aussi des primaires à droite, histoire de lui faire comprendre qu’il n’est peut-être pas le meilleur candidat de la droite et que, tout sortant qu’il soit, il ne s’impose plus « naturellement ». Personne, bien sûr, n’imagine de telles primaires où Sarkozy aurait à affronter les Fillon, Copé et autres. Mais l’injure a été faite.
Nous allons, bien évidemment, assister tout au cours de ces douze prochains mois à un bon nombre de coups d’éclat, de coups de théâtre, de coups bas, de coups tordus, mais tout le monde sait maintenant comment la comédie-tragédie va se terminer.
Rien ne va plus (dans le pays) et les jeux sont faits.

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