Même si ça traine un peu, tous les experts nous affirment que Sarkozy finira par avoir la peau de Khadafy et celle de Gbagbo. Peut-être. Pour l’instant, les troupes du fou de Tripoli regagnent du terrain, même sous les bombes de nos Rafales, et le potentat d’Abidjan s’accroche dans son bunker, même sous les tirs de nos hélicoptères de l’opération Licorne. Il y a trois mois, le président français avait donné vingt-quatre heures à Gbagbo pour quitter le pouvoir, il y a un mois, il donnait quarante-huit heures à Khadafy pour s’enfuir.
Les foules sans armes de Tunisie et d’Egypte ont été plus efficaces que Sarkozy et son armada pour se débarrasser de leurs dictateurs. C’est à se demander si Khadafy et Gbagbo n’ont pas davantage de partisans que n’en avaient Ben Ali et Moubarak et surtout qu’on ne nous le raconte.
Reste à savoir ce que ces victoires qu’on nous annonce vont nous apporter.
Khadafy nous avait menacés d’un déferlement d’immigrés sur nos côtes. Sur ce plan, il semble qu’il ait déjà gagné. Des dizaines de milliers d’Africains débarquent en Italie que Berlusconi, entre deux soirées agitées, nous réexpédie après avoir, par un incroyable tour de passe-passe juridique, transformé ces passagers clandestins en visiteurs parfaitement légaux. Il sera difficile de nous raconter qu’il faut accorder l’asile politique à tous ces pauvres bougres. Ils n’ont pas fui d’atroces dictatures, ils ont profité de l’effondrement des dictatures pour tenter de connaitre un monde meilleur. Et pour lutter contre cette invasion ni nos Rafales ni nos hélicoptères ne sont d’une grande utilité.
Mais la victoire, si victoire il y a, aussi bien à Tripoli qu’à Abidjan risque d’avoir d’autres conséquences.
Grâce à nos bombardements, désormais sous commandement de l’Otan, Khadafy est devenu un héros du monde arabe et sans doute du Tiers-monde en résistant héroïquement à une attaque de l’impérialisme américain et de ses « supplétifs » français. Comment expliquer aux foules arabes que l’Occident pilonne Tripoli pour des raisons humanitaires et permettre aux tribus de Cyrénaïque de l’emporter sur un régime que ce même Occident choyait hier encore ? Quand on découvrira les résultats de nos bombardements, on s’apercevra que le droit d’ingérence, au nom des valeurs humanistes et à coups de pilonnages, fait beaucoup de morts, par définition, innocentes.
A Abidjan, notre intervention va transformer Ouattara qui semblait l’avoir emporté dans des conditions acceptables lors des élections présidentielles en un simple chef de bande nordiste imposé aux sudistes par l’ancienne puissance coloniale. Les bombardements du palais de Gbagbo par nos troupes ont fait perdre toute légitimité au président légalement élu.
Sarkozy qui était déjà mal vu en Afrique depuis son fameux et bien maladroit discours de Dakar apparait désormais aux yeux des Africains comme « un sale blanc » qui se mêle de ce qui ne le regarde pas et installe au pouvoir les « rois nègres » fantoches qui lui conviennent.
Bilan des opérations : la France va maintenant être détestée aussi bien dans le monde arabe qu’en Afrique.
Mais là n’est pas l’important pour Sarkozy. Les Arabes et les Africains n’ont pas le droit de vote chez nous et ne vont donc pas participer aux élections de 2012. Ce qui compte pour le chef suprême de nos armées c’est l’opinion française. Les Français vont-ils apprécier ces gesticulations du petit soldat ?
On veut croire qu’ils comprendront bien vite que nous n’avions rien à faire ni en Libye ni en Côte d’Ivoire, que ces opérations sentent beaucoup plus le pétrole et le cacao que l’eau bénite des Droits de l’Homme, que nos troupes d’élite ont été transformées en mercenaires de Total et de Bollloré et que nous n’avions que de mauvais coups à prendre dans ces aventures guerrières.

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