Dans un an, jour pour jour, nous nous rendrons tous aux urnes, citoyens ! Pas tous d’ailleurs puisque, s’il n’y a rien de nouveau, il est très vraisemblable qu’un bon nombre de Français préféreront aller pêcher à la ligne plutôt que d’avoir à choisir entre un Nicolas Sarkozy qui aura tout raté et trahi tout le monde, un Dominique Strauss-Kahn qui, arrivant de ses bureaux luxueux du FMI, ne sera même plus de gauche et une Marine Le Pen qui n’aura, par définition, aucune chance d’être élue.
Rarement, depuis les débuts de la Vème République, l’abstentionnisme n’aura été aussi tentant. La France dégringole de jour en jour, avec l’accroissement de sa dette et de tous ses déficits, la disparition de son industrie, la crise de son agriculture, la vie quotidienne des Français devient de plus en plus difficile, avec le chômage qui ne baisse pas, un effondrement du pouvoir d’achat et une inflation de tous les produits de première nécessité et, au milieu de cette crise économique, sociale et plus encore morale, le personnel politique bégaye à coups de démagogie.
Les assassins revenant toujours sur les lieux de leur crime, Sarkozy a eu le culot de retourner dans les Ardennes sinistrées, là-même où, il y a un an, il avait promis monts et merveilles à des milliers de chômeurs désespérés et notamment qu’il leur suffirait de « travailler plus pour gagner plus ». L’accueil a été « réservé ». Non seulement ces chômeurs n’ont toujours pas trouvé de travail « pour gagner plus » mais ils sont maintenant, et depuis des mois, « en bout de droits ».
Et ce n’est pas en leur rappelant qu’il y a eu, il y a deux ans, une crise économique mondiale épouvantable que le président de la République aurait pu se faire acclamer. Ni même en leur affirmant que, grâce à l’armée française, Laurent Gbagbo se trouvait désormais sous les verrous quelque part dans le nord de la Côte d’Ivoire. Ni même en se vantant de nous avoir embringués dans le bourbier libyen.
Sarkozy est à bout de souffle, lui aussi, « à bout de droits ». Il n’a même plus le droit de nous mentir et de nous raconter n’importe quoi. Son « coup » des 1.000 euros de prime pour les employés des entreprises de plus de cinquante salariés qui ont fait davantage de bénéfices a déjà fait flop.
A gauche, on fait semblant de se demander si François Hollande va devancer Martine Aubry lors des fameuses primaires. Mais comme ce sont désormais les sondages, et eux seuls, qui font la loi, on sait parfaitement que c’est DSK, père des 35 heures reconverti en adepte de la rigueur la plus intransigeante, qui finira par être désigné dès qu’il nous fera l’honneur d’abandonner le Nouveau monde pour se plonger dans les clapotis de la rue Solferino.
Les optimistes se disent qu’il ne peut pas ne pas se passer quelque chose au cours de ces douze prochains mois. Les deux scénarios d’aujourd’hui –un second tour Sarkozy-DSK, ou un second tour Marine Le Pen-DSK- semblant insupportables à beaucoup. Quelque chose, mais quoi ?
Une mutinerie de la droite qui sait qu’avec Sarkozy elle va droit dans le mur ? On imagine mal Fillon, Juppé ou un autre avoir le courage de quitter brusquement le navire en perdition et de sauter à la mer pour tenter de sauver les meubles. C’est trop tard et ils se sont trop déconsidérés avec la sarkozie.
L’émergence d’un « petit » candidat ? On l’a déjà dit, si Villepin n’était pas Villepin, il aurait un boulevard devant lui. Il est une caricature parfaite de l’anti-sarkozisme, il a l’étoffe si ce n’est l’envergure d’un homme d’Etat, il incarne tant bien que mal la nostalgie du gaullisme qu’éprouvent tous les Français.
Mais, hélas pour lui, il est bel et bien Villepin, c’est-à-dire que si on lui sait gré d’avoir prononcé son fameux discours de l’ONU, il traine les boulets de la dissolution de 1997 et du CPE, sans parler de son allure de poète inspiré parfois un brin ridicule. Et il vient d’aggraver son cas avec son « revenu citoyen » de 850 € pour tous qui plaira, sans doute, dans les cités de non-droit (où on ne vote pas) mais qui scandalise déjà l’électorat de droite et du centre qui ne supporte plus l’assistanat généralisé.
Cela dit, avec une bonne campagne, Villepin peut prendre 10% à Sarkozy et donc l’éliminer dès le premier tour. Auquel cas, certains trouveront qu’il aura tout de même servi la France.
A gauche, on aurait tort de sous-estimer Jean-Luc Mélenchon. S’il est stupéfiant qu’on ose encore, au XXIème siècle, se présenter avec des communistes comme alliés, son parti d’une gauche pure et dure peut désormais séduire, tout autant que le Front National, les chômeurs, les laissés pour compte, les exclus, les « furieux ». Lui aussi, avec une bonne campagne, peut arriver aux 10% des voix qu’il prendrait, lui, à DSK.
Les autres ? Nicolas Hulot commence déjà à se « dégonfler » comme une peau de baudruche en évoquant son retrait « au cas où Marine Le Pen représenterait un danger » ce qui est déjà le cas. Eva Joly est totalement inaudible, même avec des sous-titres. Bayrou n’existe plus, si tant est qu’il ait jamais existé. Jean-Louis Borloo se met à loucher entre Villepin et le dit Bayrou.
Bref, aujourd’hui, à 365 jours du scrutin, c’est totalement décourageant. On aurait envie de donner raison aux optimistes. Il ne peut pas ne pas se passer quelque chose.
Mais, hélas, les optimistes ont toujours tort.

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