Claude Guéant n’a pas inventé l’eau tiède mais il croit avoir découvert la lune. Ce matin, à Nantes, il a déclaré textuellement : « L’accroissement du nombre des Musulmans en France pose un problème ». C’est ce qui s’appelle une évidence, un lieu commun, une banalité. Peut-être qu’après quelques semaines supplémentaires de réflexion, il va nous dire que l’accroissement du nombre des chômeurs pose, aussi, un problème. Et, qu’avec un peu de chance, il va finir par s’apercevoir qu’il y a beaucoup de problèmes dans notre cher pays.
Seulement voilà, Guéant avait-il à faire part publiquement de sa découverte ? Sûrement pas.
D’ailleurs un ministre de l’Intérieur, même fraîchement nommé, n’est pas payé pour découvrir des problèmes que tous les Français connaissent depuis des années. Il est payé pour les régler.
Comment régler ce problème des Musulmans « trop nombreux » chez nous ? On peut les exterminer. C’est ce qu’ont essayé de faire les Serbes de Bosnie, il n’y a pas très longtemps. Ca ne leur a pas réussi. On peut, comme le suggèrent Mmes Marine Le Pen et Chantal Brunel, députée UMP, rappelons-le, les mettre dans des barcasses et vogue la galère ! On peut, comme ont presque l’air de le souhaiter certains, leur attribuer nos vieilles églises et nos plus belles cathédrales -qui sont bien souvent un peu désertées- pour qu’ils ne soient plus obligés de prier dans les rues sous la pluie. Mais est-ce vraiment la bonne solution ?
Claude Guéant est dans une bien étrange situation. Il est, en effet, ministre de l’Intérieur… « et des Cultes » dans une République indivisible, « laïque », démocratique et sociale. Que peut faire un ministre des Cultes dans une République laïque ?
D’abord, et avant tout, il peut, il doit faire attention à ce qu’il dit. Or, ce que vient de déclarer Claude Guéant est totalement inadmissible. Il vient tout simplement de nous dire qu’il y avait, à son goût, trop de Musulmans dans ce pays.
Il est stupéfiant que le premier ministre et le président de la République ne l’aient pas immédiatement désavoué et viré du gouvernement. Qu’auraient-ils fait si le même Guéant avait déclaré qu’il y avait, à son goût, trop de Juifs en France ? Il y aurait eu une levée de boucliers, des manifestations de rue et Guéant aurait, sans doute, dû demander l’asile politique à un pays lointain.
Or, qu’on le veuille ou non, et il est bien dommage d’avoir à le rappeler à un ministre de la République, les Français musulmans sont, comme les Français chrétiens, comme les Français juifs et même comme les Français bouddhistes, des Français à part entière. Et leurs croyances ne regardent en rien un ministre, même « des cultes », dans une République « qui respecte toutes les croyances » et « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion », selon l’article premier de la Constitution que Guéant n’a visiblement jamais lue.
Le problème n’est pas qu’il y ait trop de Musulmans en France, il est qu’on assiste depuis quelque temps à des dérives inadmissibles fomentées par des provocateurs extrémistes. Guéant aurait eu parfaitement le droit de déclarer : « Il y a trop de fanatiques dans ce pays. Grâce à notre tradition de laïcité nous allons mettre un terme à tous leurs excès ». On peut s’en prendre aux fanatismes mais pas à l’Islam, tout comme on peut fustiger les délinquants mais ni les « Français de fraîche date » ni même les étrangers. Ni Sarkozy, ni Guéant n’ont compris cette règle élémentaire.
Guéant est, en principe, chargé d’assurer la tranquillité, pour ne pas dire la paix civile dans les quartiers dits « difficiles ». A-t-il pensé une seule seconde aux réactions que pourraient avoir nos jeunes des banlieues, issus de l’immigration, en entendant le premier flic de France déclarer qu’il y avait trop de Musulmans en France ? Cet imbécile veut-il à tout prix mettre le feu aux poudres et faire de nouveau exploser nos banlieues en agitant ce chiffon rouge pour tenter de récupérer quelques voix de l’’extrême droite ?
Demain, s’ouvre à l’UMP, un grand débat sur la laïcité et la place de l’Islam en France. Fillon a eu mille fois raison de dire que ce débat ne s’imposait pas, qu’il risquait de se transformer en stigmatisation de l’Islam et que donc il n’y participerait pas.
Grâce à Guéant, on sait déjà, avant même ce débat absurde, que, pour le parti du président de la République, l’Islam n’a pas sa place en France.

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