Il supprime le bouclier fiscal, il a gagné en Côte d’Ivoire, il modifie l’ISF, il veut en faire plus en Libye, la burqa n’est plus tolérée, des citoyens vont siéger dans les jurys des tribunaux correctionnels… On ne pourra pas reprocher à Nicolas Sarkozy de ne pas être parti en campagne assez tôt et de ne pas faire feu de tout bois.
On attend avec impatience, ou du moins curiosité, les prochains sondages. Les 70% de Français qui ne veulent plus entendre parler de lui vont-ils être sensibles à cette agitation en tous sens ?
En principe –mais y a-t-il encore des principes ?- les électeurs devraient être scandalisés. Toutes ces initiatives sont, en effet, en totale contradiction avec toutes les promesses de jadis. Le bouclier fiscal et l’ISF faisaient partie des piliers de sa politique fiscale, la Françafrique était bannie à tout jamais, la laïcité « positive » devait permettre à chacun de vivre sa religion comme il l’entendait, la justice devait retrouver toute sa sérénité et surtout des moyens efficaces pour assurer sa mission.
Naturellement, Sarkozy n’est pas le premier à trahir ses engagements et à faire des volte-face et des sauts périlleux. Mais là, en ce moment, il y va tout de même un peu fort.
La suppression du bouclier fiscal va sûrement faire plaisir… à la gauche qui la réclamait sur tous les tons. Mais les électeurs de gauche ne vont pas se mettre à voter Sarkozy pour autant. Et ceux de droite ne vont pas comprendre cette capitulation en rase campagne devant les récriminations du PS. La modification de l’ISF va scandaliser la gauche puisque cet impôt va désormais épargner environ trois-cent-mille « riches » mais, à droite, ceux qui sont assujettis à cet impôt en raison des prix de l’immobilier vont s’indigner que la résidence principale n’en soit pas exclue comme cela leur avait été plus ou moins promis.
Quant aux exploits de nos troupes d’élite en Côte d’Ivoire ou même en Libye, il faut bien dire que les Français s’en « contrefoutent » complètement. Ils n’ont pas plus de sympathie pour Ouattara que pour Gbagbo qui semblent avoir autant de sang sur les mains l’un que l’autre et ils ne sont pas sûrs que les rebelles de Benghazi qui passent leur temps à faire leurs prières vers La Mecque soient des gens très fréquentables, quoi qu’en pense Bernard-Henri Levy.
Certes, nos Rafales et nos hélicoptères bombardent la Libye et ont pilonné Abidjan pour défendre la démocratie et le suffrage universel au nom de l’ONU. Mais les Français ont d’autres préoccupations en tête que de veiller au respect de l’état de droit dans ces pays lointains.
La flambée du prix de l’essence et de tous les autres produits de grande consommation les concerne infiniment plus que la partition désormais inévitable entre le Nord et le Sud de la Côte d’Ivoire et celle, tout aussi prévisible, de la Libye entre la région de Tripoli et celle de Benghazi. Nos interventions intempestives ont simplement fait de Ouattara un fantoche du néo-colonialisme et transformé ce fou de Khadafy en héros du monde arabe résistant contre l’impérialisme occidental. On aurait peut-être pu faire mieux.
L’interdiction de la burqa ne va pas non plus passionner les électeurs. Elle ne concerne, au maximum, que deux mille bonnes femmes (sur soixante-cinq millions d’habitants !) car on ne va sans doute pas poursuivre les riches koweitiennes entrant chez Chanel ou chez Vuitton. Et il est évident que quand nos pandores vont tenter d’intervenir dans les quartiers de non-droit pour dévoiler ces fanatiques, ils vont se faire prendre sous un déluge de pierres, voire de cocktails Molotov. On dira que c’est une question de principe. Mais le premier principe n’est-il pas la liberté de chacun ? Une question de dignité de la femme. Mais nos jeunes femmes en strig sont-elles vraiment plus dignes ? Une question de sécurité. Mais les braqueurs de banques ne se sont jamais affublés de burqa. Démagogie, démagogie !
Quant à la présence de citoyens tirés au sort dans nos tribunaux qui part d’un bon sentiment puisque la justice doit être assurée « au nom du peuple français », Sarkozy l’avocat sait-il que nos tribunaux ont quelque 40.000 affaires à régler chaque année ? Jamais cette nouvelle disposition ne pourra être appliquée. Démagogie, démagogie !
Il est vrai que quand on voit nos écologistes barbus et dépenaillés acclamer une star du petit écran, vendeur de produits de toilette, on peut être rassuré, la démagogie est bien partagée.

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