Jean-Louis Borloo quitte donc l’UMP, on s’y attendait. Il sera très vraisemblablement candidat à la présidentielle l’année prochaine, on s’en doutait.
C’est évidemment une bien mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy. Borloo peut faire un petit 10/12%, Bayrou aussi, Villepin aussi, ajoutez quelques % pour Dupont-Aignan et Christine Boutin et Marine Le Pen, avec plus ou moins 20%, se retrouve, comme prévu par tous les sondages d’aujourd’hui, au second tour face à Dominique Strauss-Kahn qui l’emporte haut la main.
Naturellement, tout peut changer d’ici le scrutin. Nous avons une bonne année pour assister à tous les coups de théâtre, à toutes les magouilles, à tous les retournements de veste. Et Sarkozy peut encore déclarer la guerre à deux ou trois régimes contestables de la planète pour tenter de regagner quelques points.
Ce qui est sûr c’est que l’UMP, le grand parti du président, n’existe plus. La droite de l’UMP a rejoint le Front National comme l’ont prouvé les dernières cantonales (et toutes les enquêtes d’opinion), les anciens gaullistes, néo-gaullistes ou chiraquiens regardent vers Villepin (comme le prouvent les 8 ou 9% qu’obtient l’ancien premier ministre dans certains sondages) et voilà que les centristes, radicaux, démocrates-chrétiens et autres partent en claquant la porte.
Le petit Copé va se retrouver bien seul à la tête de cette UMP dont il rêvait pour gagner les présidentielles de 2017. Son joujou est cassé en mille morceaux.
Il est vrai que cette UMP, créée jadis par Juppé, était parfaitement contre-nature. Toute l’histoire de la Vème République a été marquée par l’opposition entre gaullistes et centristes. On ne met pas dans le même sac ceux qui ont voté pour le Général ou Lecanuet, en 1965, pour Pompidou ou Poher, en 1969, pour Chaban ou Giscard, en 1974, pour Chirac ou Giscard, en 1981, pour Chirac ou Barre, en 1988, pour Chirac ou Balladur, en 1995. Ce sont deux mondes différents et qui se détestent.
Et il faut bien dire que Sarkozy n’a pas volé ses malheurs d’aujourd’hui et a tout fait pour provoquer cette explosion et ces désertions. En courant comme un dératé derrière ses électeurs qui, déçus, avaient rejoint Marine Le Pen, il a trahi tous les autres, sans pour autant récupérer son aile droite.
Cela dit, on peut se demander quelles sont les vraies motivations de Borloo. Le radical franc-maçon qu’il est peut se dire choqué par la politique de Sarkozy. Le tout-sécuritaire et les câlineries faites à l’oligarchie ne sont sans doute pas sa tasse de thé. Mais Jean-Louis Borloo est resté pendant plus de trois ans au gouvernement comme ministre d’Etat et numéro deux de l’équipe de Fillon, avalant avec délectation toutes les couleuvres que l’Elysée lui servait sur un plateau doré.
Les Français ne seront pas dupes. Jean-Louis Borloo entre dans l’opposition frontale à Sarkozy tout simplement parce que le président de la République ne lui a finalement pas donné Matignon qu’il lui avait fait miroiter. C’est un peu mince pour expliquer une entrée en dissidence.
Reste la question essentielle : Borloo, combien de divisions ? Il peut compter sur son vieux fonds de radicaux, quelques poignées de notables de province, il va récupérer tous ceux qui ont été virés du gouvernement, Rama Yade et compagnie, mais il est évident qu’il va surtout tenter de jouer la carte « écolo » pour essayer de grignoter au centre gauche, voire même à gauche, en rappelant le Grenelle de l’Environnement, en faisant briller l’énergie solaire et en battant des ailes avec l’éolien.
Face à Nicolas Hulot –si l’animateur de télévision finit pas se décider- l’ancien ministre d’Etat ne fera pas le poids. Dans le registre du batelage démagogique, Hulot sera bien meilleur.
Borloo, c’est un vert de trop. La plaisanterie est facile mais irrésistible.
Quoiqu’il en soit, Borloo sait parfaitement qu’il n’a strictement aucune chance d’être élu président de la République. Mais il sait qu’il peut parfaitement contribuer à la défaite de Sarkozy. Ca lui suffit pour assouvir sa haine.
L’ennui pour Sarkozy c’est qu’ils sont maintenant de plus en plus nombreux à droite à n’avoir plus comme ambition que de le faire battre. Et qu’importe pour eux que la gauche triomphe.
Mais Sarkozy ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Il a réussi le tour de force de se faire détester par les Français et haïr par la plupart de ses « amis ».

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