Nos spécialistes en tous genres, nos experts de tout poil et nos politologues toutes catégories sont tout de même d’une naïveté confondante.
Depuis hier, ils sursautent, s’indignent et se roulent par terre parce qu’un sondage, publié dans le Journal du dimanche, affirme que Marine Le Pen est –et de très loin- la candidate préférée des ouvriers pour les prochaines élections présidentielles.
Elle obtiendrait, chez les ouvriers, 36% des voix alors que Dominique Strauss-Kahn n’en recueillerait que 17% et Nicolas Sarkozy 15%. Rien ne changerait, d’ailleurs, avec un autre candidat du PS puisque Martine Aubry ne ferait que 16% et François Hollande ou Ségolène Royal 15% chacun.
Comment nos grands penseurs qui prétendent savoir sonder les cœurs et les reins de toutes les couches de la population française peuvent-ils s’étonner d’un tel résultat ?
Les ouvriers sont évidemment (après les chômeurs) la catégorie la plus défavorisée de notre société. Ils ont des salaires de misère, ils vivent généralement dans des cités « pourries », ils sont confrontés en première ligne à tous les problèmes de l’immigration et de la délinquance, ils voient leurs usines fermer ou se délocaliser, ce qui pour eux revient au même, les unes après les autres et, ce qui est sans doute le pire, ils savent que leurs enfants n’ont aucun espoir de promotion sociale, aucun avenir. On comprend donc qu’ils aient envie si ce n’est de tout casser du moins d’exprimer dans les urnes leur rage et leur désespoir.
Certes, ce n’est pas nouveau. Cela fait des années que les imbéciles, toutes couleurs confondues, qui nous gouvernent ont décrété que la France ne devait plus être un pays industriel mais un pays de services, avec une économie tertiaire. Plus de bleus de chauffe, rien que des cols blancs ! Les mêmes d’ailleurs répètent que nos agriculteurs n’ont plus à être des producteurs et qu’ils doivent se reconvertir en « gardiens de paysages ».
Du coup, nos régions industrielles sont devenues des zones mortes (allez dans le Nord, dans les Ardennes ou en Lorraine), nos campagnes des déserts (allez en Auvergne ou dans le Limousin), la balance de notre commerce extérieur est éternellement déficitaire et notre chômage est désormais officiellement structurel. Nous n’avons plus d’industrie lainière, plus d’industrie métallurgique, plus d’industrie du cuir, plus d’industrie du papier, etc.
Cela fait aussi des années qu’on raconte à ces mêmes ouvriers qu’on va lancer une grande politique de la ville, « un plan Marshall des banlieues », une réhabilitation des quartiers, une nouvelle politique de formation, une revalorisation du travail manuel, un vaste plan d’aides aux entreprises, petites, moyennes et grandes… et ils n’ont jamais rien vu venir.
Rêvant au Grand soir et aux aubes prometteuses, ces « enfants de Zola » ont longtemps voté pour le parti communiste jusqu’au jour où ils ont compris que le Goulag n’était pas le paradis promis.
En 2007, comme beaucoup d’autres, ces « damnés de notre société » ont cru que le petit ludion qui leur promettait « la rupture » allait leur permettre de sortir la tête de l’eau et, éventuellement, de gagner un peu plus s’ils travaillaient un peu plus. Au premier tour, 26% des ouvriers ont voté pour Sarkozy, 25% pour Ségolène Royal, 16% pour Jean-Marie Le Pen.
Rares sont sans doute les ouvriers qui ont leur rond de serviette au Fouquet’s mais il est vraisemblable que, dès le soir de l’élection, devant leur télévision achetée à crédit, les ouvriers ont réalisé qu’ils s’étaient fait gruger, une fois de plus.
Aujourd’hui, les ouvriers ne veulent plus de Sarkozy, le président du fric, de la corruption et de tous les scandales et qui, en plus, va les faire travailler deux ans de plus. Ils ne croient pas non plus que le directeur du FMI va les sauver. Alors, sans guère d’illusion, et comme beaucoup d’autres, ils se rabattent sur Marine Le Pen, histoire de crier leur fureur au visage de tous les oligarques, tous les combinards, tous les véreux, tous les profiteurs de la terre.
Comment s’en étonner ?

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