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Carton rouge pour Sarkozy !

C’est une affaire qui va, évidemment, faire du bruit dans le petit monde du football. Et peut-être même un peu à coté.
Selon le site Médiapart, les plus hautes autorités du football, en clair les dirigeants de la très officielle Fédération Française de Football, trouveraient qu’il y a beaucoup trop de Noirs et d’Arabes dans les équipes de notre sport national. C’est déjà ce qu’avait pensé Jean-Marie Le Pen. Mais la Fédération de Football ayant plus de pouvoir que l’ancien patron du Front National sur les terrains de football, elle aurait –dans le plus grand secret, bien sûr- donné des instructions à tous les clubs, à tous les centres de formation et à toutes les écoles de football pour qu’on « blanchisse » un peu les équipes.
Il va sans dire, même si, en effet, il y a beaucoup de Noirs et d’Arabes dans notre équipe nationale, et dans les autres, que cette attitude est à la fois absurde et scandaleuse.
Absurde, parce que si on a un peu de mémoire (sans être d’ailleurs un spécialiste du ballon rond) on se souvient que l’équipe de France qui a remporté la coupe du monde en 1998 comptait un bon nombre de Noirs et d’Arabes et que cette victoire, « Black, Blanc, Beur », avait permis l’une des rares « retrouvailles de tout le peuple de France » sur les Champs Elysées. Il est vraisemblable que, si on avait éliminé Zidane et ses copains maghrébins ou africains de l’équipe tricolore parce que trop noirs ou trop arabes, le résultat n’aurait pas été le même.
D’ailleurs, nous avons aussi, dans d’autres sports, en athlétisme ou même en escrime, quelques grands champions un peu basanés qui font retentir la Marseillaise aux quatre coins de la planète et dont il serait sans doute absurde de se priver.
Mais cette affaire est surtout scandaleuse. C’est le principe même de l’apartheid, jadis cher aux Sud-Africains et qui les avait bannis de toutes les rencontres internationales.
Mis à part les problèmes d’argent qui ont, bien souvent, pourri le sport et en particulier le football, les stades sont encore l’un des lieux où toutes les communautés peuvent se retrouver dans une atmosphère relativement fraternelle et où l’on s’étripe non pas pour la couleur de la peau mais pour celle des maillots, ce qui est tout de même un progrès.
Ajoutons que le sport et notamment le football est un des meilleurs moyens de calmer l’impatience, la rancœur, voire la rage de bien des jeunes issus de l’immigration et végétant dans des conditions souvent épouvantables dans nos cités de non-droit où nous sommes incapables de leur offrir une formation, un métier, un avenir. Imagine-t-on l’effet que pourrait produire dans le sinistre 9.3, la Seine-Saint-Denis, l’annonce que, désormais, il n’y aura pas plus de 50% de joueurs noirs ou arabes dans nos équipes de football. Les charmants bambins ont déjà mis le feu à nos banlieues pour moins que ça.
Seulement voilà… L’instauration de « quotas discriminatoires raciaux » dans les clubs de football ne serait jamais que la mise en pratique de la politique voulue par le président de la République en personne. Eh oui !
Cela fait des années que Nicolas Sarkozy nous tanne avec son absurde « discrimination positive », qu’il nomme à des postes importants des incompétents, simplement parce qu’ils sont noirs de peau ou qu’ils portent des noms à consonance exotique, qu’il veut des quotas de Noirs et d’Arabes dans les grandes écoles.
Il nous répète inlassablement qu’il n’y a pas assez de « diversité » dans nos élites. C’est exactement ce que pensent certains amateurs et professionnels du football. Il trouve qu’il n’y a pas assez de Blacks et de Beurs dans le postes-clés du pays. Ils trouvent, eux, qu’il n’y a pas assez de Blancs dans nos équipes de football.
On veut espérer que ce dérapage –si tant est qu’il ait bien eu lieu- des dirigeants de la F.F.F. ouvrira les yeux du président. La discrimination, qu’elle soit positive ou négative, est intolérable dans une république « qui assure l’égalité devant la loi de tous ses citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». C’est le préambule de la Constitution. On peut éventuellement comprendre que les footballeurs ne l’aient pas tous lu. Mais c’est impardonnable de la part du chef de l’Etat.
A moins qu’on nous dise, mais alors il faudra nous le dire officiellement, que la discrimination contre les Noirs et les Arabes est un délit alors que celle contre les Blancs est parfaitement normale, voire souhaitable au nom de la diversité.
Fernand Duchaussoy, le président de la Fédération Française de Football et Laurent Blanc, le bien nommé sélectionneur de l’équipe de France, ont naturellement démenti avec l’énergie du désespoir toutes les informations de Médiapart. Personne n’en croit rien.
On veut simplement espérer que cette « bourde » (scandaleuse, redisons-le) fera comprendre à Sarkozy l’absurdité de ses théories fumeuses et qu’il finira par réaliser qu’en voulant à tout prix innover sur les thèmes de la diversité, de la laïcité ou de l’identité nationale, il manie imprudemment le pire des boomerangs.
Là, la FFF lui a infligé un carton rouge qu’il n’a pas volé.

29 Avr 2011 | Comments (12)

Vive le Roi !

On peut naturellement trouver que c’est totalement ridicule, d’une autre époque, pour midinettes, et même un peu indécent de nos jours, vu l’état du monde. Mais qu’on le veuille ou non, des centaines de milliers de gens se sont pressés, ce matin, pour apercevoir quelques secondes des carrosses et des Rolls passer dans les grandes avenues de Londres et un à deux milliards d’habitants de la planète sont restés devant leur écran de télévision pendant des heures pour voir ce mariage princier.
On nous dira que les Britanniques sont un peuple particulier et qu’ils sont attachés à leur famille royale comme à leurs parties de cricket ou à leur tasse de thé. C’est vrai. Mais ils ne sont pas des sauvages et même si, nous, nous avons guillotiné un de nos rois, il est incontestable qu’un bon nombre de nos compatriotes ont aujourd’hui regardé la cérémonie de Londres, mi-rigolards, mi-envieux.
Nos politologues qui se passionnent pour les petites phrases venimeuses des uns ou des autres et pour les querelles de chapelle de droite ou de gauche feraient peut-être bien de réfléchir à cet engouement des peuples pour les têtes couronnées.
Bien sûr, il y a le fantasme des contes de fées, de la modeste bergère qui épouse son prince charmant, des belles robes blanches (à 170.000 € !), des bibis ridicules et de tout ce qui peut faire rêver Margot qu’on fait si souvent pleurer. Mais il ne faut pas trop mépriser Margot. Populisme ou pas, elle a le droit de vote et même celui de vivre.
Au-delà des historiettes sentimentales et des photos glamour sur papier glacé pour magazines people, la passion des Britanniques (et de beaucoup d’autres) pour cette famille royale révèle quelque chose de diablement important : le peuple a besoin de voir à la tête de l’Etat, disons, pour être plus précis, de la Nation une image un peu idéalisée, l’incarnation d’une histoire séculaire, avec ses traditions, ses valeurs, ses pages glorieuses. Il veut du protocole, du cérémonial, de la grandeur et même du grandiose. Il veut être fier de ses souverains pour être fier de lui-même et oublier l’espace d’un instant tous ses malheurs.
La Grande-Bretagne est accablée de dettes et de chômage, elle n’a plus d’empire, ne règne plus sur les mers et la Reine n’a aucun pouvoir, sauf un : celui d’incarner, en chair et en os, toutes les nostalgies et tous les rêves de ses « sujets ». C’est important. Ca aide à faire vivre… « l’identité nationale » dont on nous rebat les oreilles depuis des mois.
Nicolas Sarkozy a voulu « démocratiser » la fonction présidentielle et le moins qu’on puisse dire est qu’il y a parfaitement réussi. Au milieu de ses amis du CAC40, il a voulu « faire peuple ». Le peuple en question ne le lui a pas pardonné. Les électeurs lui font mille reproches : la trahison de toutes ses promesses, ses échecs, ses volte-face, sa fébrilité tous azimuts mais ce qu’ils ne lui pardonneront sans doute jamais c’est de n’avoir pas réussi à « faire président ».
De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac n’étaient pas ridicules devant la reine Elizabeth. Sarkozy, même accompagné par Carla, avait l’air d’un intrus, entré dans la cour des grands par effraction.
Les républicains que nous sommes veulent un monarque au château, précisément pour incarner l’identité nationale. Quitte à en changer tous les cinq ans. Ils ont l’impression d’avoir, lors du sacre de 2007, couronné un usurpateur. Et ils se sont mis à le détester… souverainement.

29 Avr 2011 | Comments (3)

Les jeux sont faits

François Hollande s’est donc lancé dans la campagne présidentielle ou du moins dans celle des primaires de la gauche. Personne ne peut le lui reprocher. Chacun a parfaitement le droit de s’imaginer avoir les qualités nécessaires pour devenir président de la République et, éventuellement, des chances pour être élu. Il y a bien longtemps que le ridicule ne tue plus personne en France.
Tous les commentateurs nous affirment, ce matin, qu’en perdant des kilos l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste a pris du poids. Mais a-t-il le moindre espoir de peser plus de 50% des voix dans un an ?
Hollande nous a parlé du « rêve des Français » et nous a juré qu’avec lui « ce rêve pouvait devenir réalité ». Les Français rêvent-ils vraiment de voir Hollande s’installer à l’Elysée ? Cet énarque apparatchik, en grande partie responsable de la déroute de son parti en 2002 et en 2007, peut-il incarner le réveil, le sursaut, la renaissance de la France dont a besoin le pays et auxquels tous nos compatriotes aspirent ?
Hollande n’est pas un aigle mais il n’est pas non plus un imbécile. Il sait parfaitement, comme tout le monde maintenant, que dans six semaines Dominique Strauss-Kahn va annoncer sa candidature, que le directeur général du FMI a tout « ficelé » avec Martine Aubry en lui promettant Matignon et que les sondages qui le font triompher haut le main obligeront les électeurs de ces primaires à le désigner par acclamations.
En jouant avec application le candidat « bien décidé à aller jusqu’au bout », Hollande fait acte de candidature non pas à la magistrature suprême mais à un joli poste de ministre, lui qui n’a, jusqu’à présent, jamais fait partie d’aucun gouvernement. Montebourg, Vals et tous ceux qui, à gauche, se disent, eux aussi, « prêts à se sacrifier pour la France » en, font autant. Ils iront « jusqu’au bout », c’est-à-dire jusqu’au moment où, pieds nus et le corde au cou, ils se rallieront respectueusement à DSK avec l’espoir d’avoir droit à un petit morceau du gâteau.
Il est de bon ton de dire et de répéter qu’à un an du scrutin, toutes les prévisions se sont toujours trompées. Et l’histoire de la Vème République l’a démontré. Mais les choses ont beaucoup changé.
Jamais les sondages n’ont eu une telle importance. Les quelques centaines de Français interrogés, semaine après semaine, par les instituts spécialisés font désormais la loi et leurs choix, plus ou moins tripatouillés par les instituts en question, s’imposent aux quarante millions d’électeurs. Notre démocratie est toujours « représentative » avec une petite nuance près : les représentants du peuple ne sont plus les élus mais les sondés.
Jamais non plus un président sortant-candidat n’a été rejeté avec une telle violence que Nicolas Sarkozy. Il a beau se lancer dans des aventures guerrières un peu partout, nous faire miroiter la suppression du bouclier fiscal et un allégement de l’ISF, promettre une prime aux salariés des entreprises qui font des bénéfices, et-pourquoi pas ?- nous laisser entendre qu’il pourrait bien y avoir « un heureux événement » prochainement à l’Elysée, rien n’y fait. 70% des Français ne veulent plus de lui ce qui est amplement suffisant pour l’éliminer dès le premier tour.
Certains de ses « amis » en sont d’ailleurs arrivés à souhaiter qu’il y ait aussi des primaires à droite, histoire de lui faire comprendre qu’il n’est peut-être pas le meilleur candidat de la droite et que, tout sortant qu’il soit, il ne s’impose plus « naturellement ». Personne, bien sûr, n’imagine de telles primaires où Sarkozy aurait à affronter les Fillon, Copé et autres. Mais l’injure a été faite.
Nous allons, bien évidemment, assister tout au cours de ces douze prochains mois à un bon nombre de coups d’éclat, de coups de théâtre, de coups bas, de coups tordus, mais tout le monde sait maintenant comment la comédie-tragédie va se terminer.
Rien ne va plus (dans le pays) et les jeux sont faits.

28 Avr 2011 | Comments (6)

L’Europe et les deux zigotos

Nicolas Sarkozy et Sylvio Berlusconi se rencontrent aujourd’hui à Rome. Ce face-à-face a quelque chose d’étrange et de déplaisant. On ne peut pas dire que ces deux zigotos incarnent au mieux toutes les valeurs de la vieille Europe.
L’un et l’autre sont contestés dans leur pays. Ils choquent sans pudeur et provoquent à plaisir leur vieux peuple sans pour autant pouvoir leur présenter les résultats d’une politique qui semble bien souvent incohérente. Le Français rêve de faire la dolce vita et le proclame fréquemment, l’Italien la pratique, semble-t-il, déjà depuis longtemps.
Ce goût commun pour le fric facile, le tape-à-l’œil et les jolies filles va-t-il leur permettre d’estomper leurs différents ? Rien n’est moins sûr.
Il faut dire que leurs désaccords sur l’Europe et ses frontières sont totalement absurdes. Sarkozy veut fermer la frontière franco-italienne quand il s’agit des immigrés mais la laisser grande ouverte dès qu’il s’agit des investissements. Berlusconi veut laisser la frontière ouverte pour nous réexpédier les dizaines de milliers de Tunisiens et de Libyens qui déferlent sur ses côtes depuis le début du « Printemps arabe » mais veut la fermer depuis que LVMH a racheté Bulgari, qu’Air France a pris 25% d’Alitalia et que Lactalis menace de s’emparer de Parmalat, le plus grand groupe laitier italien.
Or, c’est bien connu, il faut qu’une frontière, comme n’importe quelle porte, soit ouverte ou fermée. Sinon, on risque fort de se pincer les doigts.
En fait, on se retrouve, une fois de plus, mais cette fois d’une manière caricaturale, confrontés à la conception même de l’Europe. Fallait-il construire une « Europe des Nations », comme le souhaitait de Gaulle, où chacun aurait pu garder la maîtrise de sa politique, ou fallait-il vraiment se lancer dans cette « Europe fédérale » où se sont, en fait, des technocrates bruxellois sans aucune légitimité qui font la loi dans les vingt-sept pays, comme nous l’ont imposé (sans même nous demander notre avis) tous les gouvernements depuis des années.
Nous nous retrouvons dans une situation invraisemblable. Face aux hordes d’immigrés clandestins dont l’Italie veut se débarrasser, ce qu’on peut comprendre, Sarkozy veut fermer notre frontière, ce qu’on peut aussi comprendre. Seulement voilà, le président français oublie un détail : depuis les accords de Schengen… il n’y a plus de frontière entre la France et l’Italie et il suffit que Rome accorde un permis de séjour de six mois à n’importe lequel des six milliards d’êtres humains qui peuplent la planète pour que celui-ci ait le droit de se balader en toute légalité dans tous les pays qui ont signé ces accords. Naturellement, on peut chipoter. Il faut que l’immigré ait les moyens de subvenir à ses besoins. Mais quelques euros et l’adresse d’un lointain cousin lui permettront de répondre à cette exigence.
En fait, grâce à Schengen qui devait permettre aux Européens de circuler librement à travers l’Europe, les clandestins deviennent des immigrés officiels pour peu qu’un pays se montre assez hospitalier pour les refiler à ses voisins.
Il est évident que tous les pays de l’espace Schengen devraient aider tous les pays « frontaliers », l’Italie mais aussi l’Espagne et la Grèce, qui sont en première ligne devant la déferlante des immigrés à mieux contrôler leurs frontières puisque ce sont désormais aussi les nôtres.
Mais il faudrait aussi se demander si, dans notre précipitation à construire cette Europe et à suivre les eurolâtres qui, comme des cabris, sautaient sur leurs petits tabourets en criant « L’Europe ! l’Europe ! », nous n’avons pas été bien imprudents.
Cela dit, quand on se promène aujourd’hui dans les rues de Paris, on s’aperçoit qu’il n’y a pas que les Maghrébins qui ont profité de la disparition de nos frontières.
Mais un train qui a déraillé peut-on encore faire marche arrière ?

26 Avr 2011 | Comments (16)

Bleus de chauffe et bleu Marine

Nos spécialistes en tous genres, nos experts de tout poil et nos politologues toutes catégories sont tout de même d’une naïveté confondante.
Depuis hier, ils sursautent, s’indignent et se roulent par terre parce qu’un sondage, publié dans le Journal du dimanche, affirme que Marine Le Pen est –et de très loin- la candidate préférée des ouvriers pour les prochaines élections présidentielles.
Elle obtiendrait, chez les ouvriers, 36% des voix alors que Dominique Strauss-Kahn n’en recueillerait que 17% et Nicolas Sarkozy 15%. Rien ne changerait, d’ailleurs, avec un autre candidat du PS puisque Martine Aubry ne ferait que 16% et François Hollande ou Ségolène Royal 15% chacun.
Comment nos grands penseurs qui prétendent savoir sonder les cœurs et les reins de toutes les couches de la population française peuvent-ils s’étonner d’un tel résultat ?
Les ouvriers sont évidemment (après les chômeurs) la catégorie la plus défavorisée de notre société. Ils ont des salaires de misère, ils vivent généralement dans des cités « pourries », ils sont confrontés en première ligne à tous les problèmes de l’immigration et de la délinquance, ils voient leurs usines fermer ou se délocaliser, ce qui pour eux revient au même, les unes après les autres et, ce qui est sans doute le pire, ils savent que leurs enfants n’ont aucun espoir de promotion sociale, aucun avenir. On comprend donc qu’ils aient envie si ce n’est de tout casser du moins d’exprimer dans les urnes leur rage et leur désespoir.
Certes, ce n’est pas nouveau. Cela fait des années que les imbéciles, toutes couleurs confondues, qui nous gouvernent ont décrété que la France ne devait plus être un pays industriel mais un pays de services, avec une économie tertiaire. Plus de bleus de chauffe, rien que des cols blancs ! Les mêmes d’ailleurs répètent que nos agriculteurs n’ont plus à être des producteurs et qu’ils doivent se reconvertir en « gardiens de paysages ».
Du coup, nos régions industrielles sont devenues des zones mortes (allez dans le Nord, dans les Ardennes ou en Lorraine), nos campagnes des déserts (allez en Auvergne ou dans le Limousin), la balance de notre commerce extérieur est éternellement déficitaire et notre chômage est désormais officiellement structurel. Nous n’avons plus d’industrie lainière, plus d’industrie métallurgique, plus d’industrie du cuir, plus d’industrie du papier, etc.
Cela fait aussi des années qu’on raconte à ces mêmes ouvriers qu’on va lancer une grande politique de la ville, « un plan Marshall des banlieues », une réhabilitation des quartiers, une nouvelle politique de formation, une revalorisation du travail manuel, un vaste plan d’aides aux entreprises, petites, moyennes et grandes… et ils n’ont jamais rien vu venir.
Rêvant au Grand soir et aux aubes prometteuses, ces « enfants de Zola » ont longtemps voté pour le parti communiste jusqu’au jour où ils ont compris que le Goulag n’était pas le paradis promis.
En 2007, comme beaucoup d’autres, ces « damnés de notre société » ont cru que le petit ludion qui leur promettait « la rupture » allait leur permettre de sortir la tête de l’eau et, éventuellement, de gagner un peu plus s’ils travaillaient un peu plus. Au premier tour, 26% des ouvriers ont voté pour Sarkozy, 25% pour Ségolène Royal, 16% pour Jean-Marie Le Pen.
Rares sont sans doute les ouvriers qui ont leur rond de serviette au Fouquet’s mais il est vraisemblable que, dès le soir de l’élection, devant leur télévision achetée à crédit, les ouvriers ont réalisé qu’ils s’étaient fait gruger, une fois de plus.
Aujourd’hui, les ouvriers ne veulent plus de Sarkozy, le président du fric, de la corruption et de tous les scandales et qui, en plus, va les faire travailler deux ans de plus. Ils ne croient pas non plus que le directeur du FMI va les sauver. Alors, sans guère d’illusion, et comme beaucoup d’autres, ils se rabattent sur Marine Le Pen, histoire de crier leur fureur au visage de tous les oligarques, tous les combinards, tous les véreux, tous les profiteurs de la terre.
Comment s’en étonner ?

25 Avr 2011 | Comments (11)

Ubu est content de lui !

C’est amusant. Le Figaro nous raconte l’autosatisfaction d’un chef d’Etat qui, totalement rejeté par l’écrasante majorité de son peuple, dresse avec fierté le bilan mirifique de son règne. Ubu, version XXIème siècle.
Alors que plus personne ne veut de lui dans son pays, ce président se targue, devant sa petite cour de lèches-bottes habituels, d’avoir redonné à son pays toute l’aura des siècles précédents en envoyant ses troupes guerroyer un peu partout, d’avoir jugulé d’une main de maître toutes les crises internationales, d’avoir su éviter que ses sujets ne sombrent dans le chômage, d’avoir, par une politique juste et audacieuse, assuré la sécurité de son bon peuple, d’avoir su arrêter l’invasion des barbares étrangers, d’avoir accordé de nouvelles libertés à son parlement et même d’avoir sauvegardé la planète.
Ce qui est moins drôle c’est que ce chef d’Etat, totalement inconscient des réalités, n’est ni Khadafy, ni un roi nègre perdu au cœur de l’Afrique, ni un potentat d’Asie centrale, ni même le vieux Castro mais… le président de la République française qui recueille actuellement 72% d’opinions défavorables dans la plupart des sondages.
De deux choses l’une : ou les Français sont des ingrats qui se refusent, sans qu’on puisse deviner pourquoi, à apprécier la chance qu’ils ont d’avoir un tel président, voire des imbéciles qui ne comprennent rien à rien, ou Sarkozy vit sur une autre planète, à des années-lumière de son royaume.
D’après ce grand quotidien du matin, Sarkozy est persuadé que les Français lui savent gré d’avoir lancé leur armée (dont il est le chef suprême) dans la chasse au Gbagbo et la chasse au Khadafy. Il veut croire que les Français s’imaginent que leur pays est redevenu ainsi une grande puissance en jouant les gendarmes de la planète.
Les sondages prouvent que les Français ne sont pas dupes de ces gesticulations militaires et qu’ils se demandent ce que nous sommes allés faire dans ces querelles intérieures de pays lointains. Va-t-on envoyer nos paras et nos Rafales défendre le peuple syrien qu’Assad est en train de massacrer, sauver le peuple yéménite que Saleh fait mitrailler, protéger le peuple birman que la junte de Rangoon persécute, libérer les Tibétains écrasés par les Chinois ?
Soyons sérieux, c’était aux Ivoiriens et c’est aux Libyens de régler leurs affaires intérieures et nous aurions dû, évidemment, nous contenter de proclamer quelques condamnations verbales à l’ONU, voire de décréter un embargo économique aussi bien contre un Gbagbo qui se refusait à respecter les résultats d’une élection que contre un Khadafy qui faisait tirer sur ses opposants.
Pour le reste, Sarkozy se vante, nous dit-on, d’avoir remis sur pied l’Europe, d’avoir limité le chômage, d’avoir fait baisser la délinquance, d’avoir renforcé les pouvoirs du parlement et d’avoir lancé le Grenelle de l’environnement.
Or, les Français lisent les journaux. Ils savent que l’Europe est totalement en panne, que nos relations avec l’Allemagne sont détestables, que la Russie a totalement annexé deux provinces géorgiennes que Sarkozy prétendait avoir sauvées, que l’Union pour la Méditerranée, son grand projet, a sombré corps et biens, que le chômage a augmenté de 33%, que la délinquance et l’immigration ne font qu’augmenter, que le parlement n’est toujours qu’une chambre d’enregistrement et que les grandes mesures (souvent totalement démagogiques) annoncées au lendemain du Grenelle de l’environnement ont été abandonnées depuis belle lurette.
Le bilan –même en oubliant la dette, les déficits, les prélèvements obligatoires, l’effondrement du pouvoir d’achat des classes moyennes, le désespoir des jeunes, les scandales en tous genres, les dérapages sur l’identité nationale ou la laïcité – est donc épouvantable. Mais le président est content de lui.
Et, à moins d’un an de l’élection présidentielle, il est convaincu qu’il va lui suffire de supprimer l’ISF pour 300.000 assujettis et de faire accorder une prime de 1.000 € à une poignée de salariés pour être réélu sans aucun problème. Nous sommes passés du ridicule au grotesque. Ubu !

23 Avr 2011 | Comments (11)

J – 365

Dans un an, jour pour jour, nous nous rendrons tous aux urnes, citoyens ! Pas tous d’ailleurs puisque, s’il n’y a rien de nouveau, il est très vraisemblable qu’un bon nombre de Français préféreront aller pêcher à la ligne plutôt que d’avoir à choisir entre un Nicolas Sarkozy qui aura tout raté et trahi tout le monde, un Dominique Strauss-Kahn qui, arrivant de ses bureaux luxueux du FMI, ne sera même plus de gauche et une Marine Le Pen qui n’aura, par définition, aucune chance d’être élue.
Rarement, depuis les débuts de la Vème République, l’abstentionnisme n’aura été aussi tentant. La France dégringole de jour en jour, avec l’accroissement de sa dette et de tous ses déficits, la disparition de son industrie, la crise de son agriculture, la vie quotidienne des Français devient de plus en plus difficile, avec le chômage qui ne baisse pas, un effondrement du pouvoir d’achat et une inflation de tous les produits de première nécessité et, au milieu de cette crise économique, sociale et plus encore morale, le personnel politique bégaye à coups de démagogie.
Les assassins revenant toujours sur les lieux de leur crime, Sarkozy a eu le culot de retourner dans les Ardennes sinistrées, là-même où, il y a un an, il avait promis monts et merveilles à des milliers de chômeurs désespérés et notamment qu’il leur suffirait de « travailler plus pour gagner plus ». L’accueil a été « réservé ». Non seulement ces chômeurs n’ont toujours pas trouvé de travail « pour gagner plus » mais ils sont maintenant, et depuis des mois, « en bout de droits ».
Et ce n’est pas en leur rappelant qu’il y a eu, il y a deux ans, une crise économique mondiale épouvantable que le président de la République aurait pu se faire acclamer. Ni même en leur affirmant que, grâce à l’armée française, Laurent Gbagbo se trouvait désormais sous les verrous quelque part dans le nord de la Côte d’Ivoire. Ni même en se vantant de nous avoir embringués dans le bourbier libyen.
Sarkozy est à bout de souffle, lui aussi, « à bout de droits ». Il n’a même plus le droit de nous mentir et de nous raconter n’importe quoi. Son « coup » des 1.000 euros de prime pour les employés des entreprises de plus de cinquante salariés qui ont fait davantage de bénéfices a déjà fait flop.
A gauche, on fait semblant de se demander si François Hollande va devancer Martine Aubry lors des fameuses primaires. Mais comme ce sont désormais les sondages, et eux seuls, qui font la loi, on sait parfaitement que c’est DSK, père des 35 heures reconverti en adepte de la rigueur la plus intransigeante, qui finira par être désigné dès qu’il nous fera l’honneur d’abandonner le Nouveau monde pour se plonger dans les clapotis de la rue Solferino.
Les optimistes se disent qu’il ne peut pas ne pas se passer quelque chose au cours de ces douze prochains mois. Les deux scénarios d’aujourd’hui –un second tour Sarkozy-DSK, ou un second tour Marine Le Pen-DSK- semblant insupportables à beaucoup. Quelque chose, mais quoi ?
Une mutinerie de la droite qui sait qu’avec Sarkozy elle va droit dans le mur ? On imagine mal Fillon, Juppé ou un autre avoir le courage de quitter brusquement le navire en perdition et de sauter à la mer pour tenter de sauver les meubles. C’est trop tard et ils se sont trop déconsidérés avec la sarkozie.
L’émergence d’un « petit » candidat ? On l’a déjà dit, si Villepin n’était pas Villepin, il aurait un boulevard devant lui. Il est une caricature parfaite de l’anti-sarkozisme, il a l’étoffe si ce n’est l’envergure d’un homme d’Etat, il incarne tant bien que mal la nostalgie du gaullisme qu’éprouvent tous les Français.
Mais, hélas pour lui, il est bel et bien Villepin, c’est-à-dire que si on lui sait gré d’avoir prononcé son fameux discours de l’ONU, il traine les boulets de la dissolution de 1997 et du CPE, sans parler de son allure de poète inspiré parfois un brin ridicule. Et il vient d’aggraver son cas avec son « revenu citoyen » de 850 € pour tous qui plaira, sans doute, dans les cités de non-droit (où on ne vote pas) mais qui scandalise déjà l’électorat de droite et du centre qui ne supporte plus l’assistanat généralisé.
Cela dit, avec une bonne campagne, Villepin peut prendre 10% à Sarkozy et donc l’éliminer dès le premier tour. Auquel cas, certains trouveront qu’il aura tout de même servi la France.
A gauche, on aurait tort de sous-estimer Jean-Luc Mélenchon. S’il est stupéfiant qu’on ose encore, au XXIème siècle, se présenter avec des communistes comme alliés, son parti d’une gauche pure et dure peut désormais séduire, tout autant que le Front National, les chômeurs, les laissés pour compte, les exclus, les « furieux ». Lui aussi, avec une bonne campagne, peut arriver aux 10% des voix qu’il prendrait, lui, à DSK.
Les autres ? Nicolas Hulot commence déjà à se « dégonfler » comme une peau de baudruche en évoquant son retrait « au cas où Marine Le Pen représenterait un danger » ce qui est déjà le cas. Eva Joly est totalement inaudible, même avec des sous-titres. Bayrou n’existe plus, si tant est qu’il ait jamais existé. Jean-Louis Borloo se met à loucher entre Villepin et le dit Bayrou.
Bref, aujourd’hui, à 365 jours du scrutin, c’est totalement décourageant. On aurait envie de donner raison aux optimistes. Il ne peut pas ne pas se passer quelque chose.
Mais, hélas, les optimistes ont toujours tort.

22 Avr 2011 | Comments (7)

Si j’étais candidat…

Si j’étais candidat à la présidence de la République –Dieu m’en garde- je crois que j’essaierais d’abord de ne pas passer pour un charlatan. Non pas par honnêteté intellectuelle mais parce que j’ai intime conviction qu’après des décennies d’expérience les Français supportent de moins en moins bien les bateleurs d’estrade qui leur promettent tout et même n’importe quoi.
Donc, je ne promettrais pas la semaine des quatre jeudis ni celle des 32 heures, la retraite à 50 ans, un revenu de 2 ou 3.000 € garanti pour tous, la gratuité dans les restaurants trois étoiles (ça, ils n’y ont pas encore pensé), le triplement de toutes les allocations, toutes les aides, toutes les subventions et la division par quatre des impôts et de tous les prélèvements obligatoires. Non.
J’irais même loin. J’annoncerais une augmentation substantielle des impôts, sur tout et pour tous, sur le travail, sur les sociétés, sur le capital, sur le patrimoine et une baisse radicale de toutes les aides, à la petite enfance, à la grande vieillesse, au troisième enfant, à la création d’entreprise, au recours à l’éolien, à l’emploi du personnel de maison, aux voitures électriques, à la formation, à l’élevage des chèvres en moyenne montagne, à tout.
Là, j’aurais évidemment un avantage sur tous mes concurrents puisque j’aurais prévu ce que celui qui l’emportera fera inévitablement, un jour ou l’autre. On m’en saurait peut-être gré pour 2017. Il est vrai qu’à la différence des autres compétiteurs j’ai pris la peine de parcourir des yeux les chiffres (consultables gratuitement sur tous les sites Internet) de la situation économique du pays.
Mon programme que, bien sûr, je ne dévoilerais en détail qu’au tout dernier moment, se limiterait, pour l’essentiel, à accorder la liberté aux citoyens. C’est ce qu’on nous avait promis en 1789, mais il serait grand temps d’y arriver. Droit de fumer, même dans les bars-tabacs, droit de porter un kilt ou une burqa, droit de créer une entreprise sans avoir à remplir une trentaine de documents, droit de construire une maison sans devoir bakchicher le maire, droit de recourir à une mère-porteuse, droit de dire et même de proclamer ce qu’on a sur le cœur, etc.
Mon gouvernement, composé de quelques copains que j’apprécie particulièrement, se limiterait strictement aux pouvoirs régaliens : défense du territoire et des citoyens, justice, affaires étrangères, construction des infrastructures nationales, recherche et innovation, organisation du commerce extérieur, solidarité (limitée naturellement à ceux qui en ont vraiment besoin).
Pour le reste, l’Ecole, la Santé, je supprimerais les postes de ministre et ferais confiance aux fonctionnaires puisque, dès lors que le droit pour tous à l’éducation et à la santé auront été réaffirmés, ces dossiers relèveront de la (bonne) gestion et n’auront plus rien de politique. J’y jetterais tout de même un coup d’oeil de temps en temps.
Naturellement, si sous la pression des événements et de mes amis, je devais me décider, j’affinerais un peu mon programme.
Mais quand on voit tous les candidats qui sortent, en ce moment, de leur boite les uns après les autres, on est tout de même stupéfait qu’aucun d’entre eux n’ait compris l’exaspération de tous nos compatriotes devant la dictature et l’incompétence de l’Etat. Aucun de ces candidats n’a senti qu’il y avait comme une odeur de poudre un peu partout dans le pays, comme une ambiance de jacquerie imminente.
Les Français n’ont pas besoin qu’on leur apprenne ce que c’est que d’être français, qu’on leur dise en permanence ce qu’il faut faire et ne pas faire, qu’on les tienne par la main et qu’on leur donne le biberon. Ils ont besoin qu’on leur foute un peu la paix et qu’on les laisse vivre. Comme des grands, comme des adultes.
Alors, mais alors seulement, ils pourront innover, créer des richesses, retrouver le goût de l’initiative, l’envie de conquérir si ce n’est le monde du moins une place au soleil. Ils pourront enfin faire vivre les trois mots qu’on a laissé se décrépir sur le fronton de nos édifices publics, liberté, égalité, fraternité, trois mots qu’aucun de nos gouvernements, de droite ou de gauche, n’a jamais voulu respecter.
Cela dit, je pars en vacances trois jours et je n’ai donc pas le temps de faire acte de candidature.

14 Avr 2011 | Comments (31)

Démagogie, démagogie !

Il supprime le bouclier fiscal, il a gagné en Côte d’Ivoire, il modifie l’ISF, il veut en faire plus en Libye, la burqa n’est plus tolérée, des citoyens vont siéger dans les jurys des tribunaux correctionnels… On ne pourra pas reprocher à Nicolas Sarkozy de ne pas être parti en campagne assez tôt et de ne pas faire feu de tout bois.
On attend avec impatience, ou du moins curiosité, les prochains sondages. Les 70% de Français qui ne veulent plus entendre parler de lui vont-ils être sensibles à cette agitation en tous sens ?
En principe –mais y a-t-il encore des principes ?- les électeurs devraient être scandalisés. Toutes ces initiatives sont, en effet, en totale contradiction avec toutes les promesses de jadis. Le bouclier fiscal et l’ISF faisaient partie des piliers de sa politique fiscale, la Françafrique était bannie à tout jamais, la laïcité « positive » devait permettre à chacun de vivre sa religion comme il l’entendait, la justice devait retrouver toute sa sérénité et surtout des moyens efficaces pour assurer sa mission.
Naturellement, Sarkozy n’est pas le premier à trahir ses engagements et à faire des volte-face et des sauts périlleux. Mais là, en ce moment, il y va tout de même un peu fort.
La suppression du bouclier fiscal va sûrement faire plaisir… à la gauche qui la réclamait sur tous les tons. Mais les électeurs de gauche ne vont pas se mettre à voter Sarkozy pour autant. Et ceux de droite ne vont pas comprendre cette capitulation en rase campagne devant les récriminations du PS. La modification de l’ISF va scandaliser la gauche puisque cet impôt va désormais épargner environ trois-cent-mille « riches » mais, à droite, ceux qui sont assujettis à cet impôt en raison des prix de l’immobilier vont s’indigner que la résidence principale n’en soit pas exclue comme cela leur avait été plus ou moins promis.
Quant aux exploits de nos troupes d’élite en Côte d’Ivoire ou même en Libye, il faut bien dire que les Français s’en « contrefoutent » complètement. Ils n’ont pas plus de sympathie pour Ouattara que pour Gbagbo qui semblent avoir autant de sang sur les mains l’un que l’autre et ils ne sont pas sûrs que les rebelles de Benghazi qui passent leur temps à faire leurs prières vers La Mecque soient des gens très fréquentables, quoi qu’en pense Bernard-Henri Levy.
Certes, nos Rafales et nos hélicoptères bombardent la Libye et ont pilonné Abidjan pour défendre la démocratie et le suffrage universel au nom de l’ONU. Mais les Français ont d’autres préoccupations en tête que de veiller au respect de l’état de droit dans ces pays lointains.
La flambée du prix de l’essence et de tous les autres produits de grande consommation les concerne infiniment plus que la partition désormais inévitable entre le Nord et le Sud de la Côte d’Ivoire et celle, tout aussi prévisible, de la Libye entre la région de Tripoli et celle de Benghazi. Nos interventions intempestives ont simplement fait de Ouattara un fantoche du néo-colonialisme et transformé ce fou de Khadafy en héros du monde arabe résistant contre l’impérialisme occidental. On aurait peut-être pu faire mieux.
L’interdiction de la burqa ne va pas non plus passionner les électeurs. Elle ne concerne, au maximum, que deux mille bonnes femmes (sur soixante-cinq millions d’habitants !) car on ne va sans doute pas poursuivre les riches koweitiennes entrant chez Chanel ou chez Vuitton. Et il est évident que quand nos pandores vont tenter d’intervenir dans les quartiers de non-droit pour dévoiler ces fanatiques, ils vont se faire prendre sous un déluge de pierres, voire de cocktails Molotov. On dira que c’est une question de principe. Mais le premier principe n’est-il pas la liberté de chacun ? Une question de dignité de la femme. Mais nos jeunes femmes en strig sont-elles vraiment plus dignes ? Une question de sécurité. Mais les braqueurs de banques ne se sont jamais affublés de burqa. Démagogie, démagogie !
Quant à la présence de citoyens tirés au sort dans nos tribunaux qui part d’un bon sentiment puisque la justice doit être assurée « au nom du peuple français », Sarkozy l’avocat sait-il que nos tribunaux ont quelque 40.000 affaires à régler chaque année ? Jamais cette nouvelle disposition ne pourra être appliquée. Démagogie, démagogie !
Il est vrai que quand on voit nos écologistes barbus et dépenaillés acclamer une star du petit écran, vendeur de produits de toilette, on peut être rassuré, la démagogie est bien partagée.

13 Avr 2011 | Comments (5)

La Françafrique a de beaux jours devant elle

Il faudrait tout de même que les services de presse de l’Elysée, du ministère des Affaires étrangères et ministère de la Défense arrêtent de prendre les Français pour des imbéciles !
Ils nous racontent maintenant que Laurent Gbagbo a été arrêté cet après-midi par les troupes de Ouattara et que les soldats français de l’opération Licorne n’y sont strictement pour rien. Mais à qui donc veulent-ils faire croire ces balivernes qui ne tiennent pas debout une seule seconde ?
Pendant trois jours, nous avons vu sur tous les écrans de télévision du monde entier les blindés de la force Licorne encercler et pilonner la résidence de Gbagbo et les hélicoptères de cette même force Licorne bombarder cette même résidence.
Si, au moment de l’assaut final, au milieu des fumées, on ne voit pas, qui pénètre dans le bâtiment pour aller chercher Gbagbo et sa femme, il est évident que ce sont les hommes de nos services spéciaux qui ont mené cette ultime phase particulièrement délicate de l’opération. Personne ne peut croire un seul instant que les hommes de Ouattara qui, jusqu’à présent n’avaient pas fait preuve d’un courage extraordinaire, aient osé s’attaquer au bunker. D’ailleurs, si on voulait vraiment récupérer Gbagbo vivant, il valait mieux ne pas leur confier cette mission.
Pourquoi nous raconter, une fois de plus, des balivernes ? Pour faire croire à l’opinion mondiale que l’ancienne puissance coloniale ne s’est absolument pas mêlée de ces querelles ivoiro-ivoirienne ? Mais la présence de nos chars et de nos hélicoptères ? Au ministère de la Défense, on nous affirme, sans même rigoler, que les troupes françaises se sont contentées d’apporter… « une assistance » aux troupes de Ouattara. Le mot « assistance », à lui seul, veut bien dire que sans les hommes de la Licorne, jamais les hommes de Ouattara n’auraient pu mener à bien cette opération.
On peut d’ailleurs compter sur Gbagbo, à condition, bien sûr, qu’il n’ait pas été découpé en morceaux d’ici-là, pour accuser la France, au cours du procès qu’on va lui faire, d’avoir bombardé sa résidence, d’avoir attaqué son bunker et de l’avoir capturé.
Pourquoi nous mentir ? Pour le plaisir ? Peut-être. Mais ça doit être une question d’habitude.
Cela dit, le monde entier voulait que Gbagbo quitte le pouvoir et laisse la place à Ouattara l’élu, Grâce à la France c’est maintenant chose faite. Ouattara va pouvoir devenir effectivement président de la Côte d’Ivoire. Et toute son opposition qui contestait déjà son élection va pouvoir contester son régime puisque s’il l’a, peut-être, emporté dans les urnes, sur le terrain, il ne l’a emporté que grâce aux troupes françaises.
Ouattara ne sera pas président de la Côte d’Ivoire, il sera le président de la Licorne. Ce qui n’annonce pas une prochaine réconciliation des Ivoiriens. Une chose est sûre, Ouattara ne va pas demander tout de suite la fermeture de la base militaire française d’Abidjan. Il va sans doute se contenter de demander un rééchelonnement de sa dette.
La Françafrique dont Sarkozy nous avait annoncé la fin sur tous les tons a de beaux jours devant elle. Encore un mensonge.

11 Avr 2011 | Comments (9)

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