Certains ironisent beaucoup, depuis quelque temps, sur le Parti socialiste qui, ayant perdu son idéologie, semble hésiter entre une vieille tradition rappelant la SFIO d’antan et la social-démocratie, qui ne parvient pas à élaborer un programme cohérent pour 2012 et qui parait même se refuser à choisir un candidat que pourtant tous les sondages lui désignent. Sans parler de cette nouvelle « gauche de la gauche » qui s’éveille grâce à la crise et au talent de Mélenchon.
Mais, en fait, c’est plutôt la droite qui, aujourd’hui, est totalement déboussolée.
Tous les « gens de gauche » savent parfaitement que, l’année prochaine, du moins au second tour, ils voteront comme un seul homme pour le candidat officiel du parti socialiste, qu’il ait été désigné par les fameuses primaires ou par une autre procédure et que ce soit Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou François Hollande.
Ce sont les « gens de droite », militants ou sympathisants de l’UMP ou même simplement électeurs de Sarkozy en 2007, qui sont beaucoup plus hésitants, du moins pour une très large partie d’entre eux.
A un an des élections présidentielles, ce n’est pas la gauche qui est divisée même si elle se chamaille, mais bien la droite. Pire, une grande majorité du « peuple de droite » se sent orpheline. Elle ne veut plus de Sarkozy et n’a pas pour autant d’homme recours, d’homme providentiel.
On s’aperçoit alors qu’en France il y a désormais, ou plutôt de nouveau plusieurs droites. Et sans même parler de l’extrême-droite du Front National. Il ne s’agit plus des fameuses « trois droites » chères à nos professeurs de Sciences politiques, les Légitimistes, les Orléanistes et les Bonapartistes. Non, nous avons aujourd’hui deux droites : celle qu’on, pourrait appeler la droite gaulliste (ou néo-gaulliste) et celle qu’on peut considérer comme plus classique et dans laquelle se mélangent, curieusement, un vieux fond centriste et quelques relents pétainistes qui ont la vie dure.
Si on y réfléchit un peu, on s’aperçoit que ces deux droites se sont affrontées très régulièrement depuis les débuts de la Vème République. Ce fut de Gaulle contre Lecanuet, en 1965, Pompidou contre Poher, en 1969, Chaban contre Giscard, en 1974, Chirac contre Giscard, en 1981, Chirac contre Barre, en 1988, Chirac contre Balladur, en 1995.
D’un côté, une droite libéral (au sens politique du mot), « sociale », qui évoque la participation, la nouvelle société, la fracture sociale, et, en face, une droite dure, qui estime sans le dire que la politique de la France peut « se faire à la Corbeille » et qui ne se rend même pas compte qu’en faisant l’éloge du travail et de la famille (elle oublie la patrie) elle reprend les vieux thèmes d’une droite qui s’était jadis fourvoyée.
Deux fois, cette droite un peu poussiéreuse l’a emporté. Une première fois, modestement, avec Giscard, une seconde fois, triomphalement, avec Sarkozy, héritier évident de Giscard, de Barre et plus encore de Balladur.
Or, poussée jusqu’à la caricature, comme on vient de le voir depuis le début de ce quinquennat, cette droite-là est devenue insupportable pour une majorité des électeurs de droite qui ne se reconnaissent pas dans ce régime sarkoziste.
On a tout dit, à juste titre, sur le rejet personnel dont Sarkozy est victime depuis des mois. Bien des électeurs de droite ne lui pardonneront jamais ni sa soirée du Fouquet’s, ni ses copains milliardaires qu’il bichonne, ni l’affaire de l’Epad, ni le scandale Bettencourt-Woerth, etc. autant d’« anecdotes » terriblement révélatrices.
Mais au-delà du côté bling-bling, de la touche et de la dégaine, de la vulgarité de Sarkozy, il y a plus beaucoup grave.
Sarkozy a étouffé la droite « humaniste » (même si le mot fait rigoler certains) et, courant après des électeurs qui s’en étaient allés vers le Front National, il a repris à son compte des thèmes qui scandalisent « la bonne vieille droite traditionnelle » en prônant la répression, la chasse à l’étranger, la discrimination (qu’elle soit « positive » ou « négative »), une laïcité « positive » elle aussi, l’alignement soumis derrière les Etats-Unis, etc.
Cette bonne vieille droite qui constitue l’essentiel de l’électorat de droite s’estime trahie. Elle ne veut plus entendre parler de Sarkozy. Certains ont rallié le Front National rajeuni et dé-diabolisé par Marine Le Pen. D’où les 20% qui lui sont accordés par certains sondages, d’où aussi son succès lors de ces cantonales. Mais la grande majorité de ceux qui furent successivement gaullistes, pompidoliens, chabanistes ou chiraquiens sont aujourd’hui désemparés. Eux aussi sont confrontés à un « ni-ni », ni le Front National de Marine Le Pen, ni l’UMP de Sarkozy. Alors qui ?
Or ce sont eux qui feront l’élection présidentielle de l’année prochaine. Ils feront évidemment perdre Sarkozy, mais qui feront-ils gagner ?

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