Certains mauvais esprits prétendent, depuis quelque temps, que Nicolas Sarkozy a totalement perdu pied, ne sait plus où il en est, s’affole et fait n’importe quoi pour tenter de reconquérir une opinion, c’est-à-dire un électorat, qui l’a abandonné.
Ces mauvais esprits ont tort. Certes, le président de la République a perdu pied et s’affole, peut-être, un peu mais il ne fait pas n’importe quoi. Il lit les sondages et il leur obéit si ce n’est à la lettre du moins à la décimale près.
Marine Le Pen atteint les 20%. Aussitôt, il prend un chapelet, se déchausse et, un bréviaire sous le bras, gravit, tel un pénitent, les marche du Puy-en-Velay pour affirmer, comme un prédicateur des premières croisades, que la France est bien la fille aînée de l’Eglise, héritière de toutes les valeurs de la chrétienté.
Au cas où ça ne serait pas suffisant pour récupérer tous les fidèles qui ont un peu déserté, il nomme un superflic à l’Intérieur et demande à sa piétaille de lui organiser, vite fait bien fait, un débat sur la place de l’Islam dans notre beau pays.
Si d’ici là Marine Le Pen se mettait à frôler les 22%, Sarkozy ferait bien évidemment un pèlerinage à Poitiers et le petit Copé serait prié de modifier son scénario et d’évoquer davantage la politique de Charles Martel que celle du droit d’asile.
Dominique Strauss-Kahn ferait plus de 60% des voix au second tour, d’après d’autres sondages. Qu’à cela ne tienne ! Sarkozy annonce aussitôt la suppression du bouclier fiscal, vieille exigence de la gauche. Il en avait fait un dogme du sarkozisme ? Jamais, pas du tout, au contraire. C’était Villepin qui avait eu cette idée idiote (et parfaitement scandaleuse) pour protéger ses copains milliardaires.
Les classes supérieures, elles-mêmes, commencent à trouver du charme au directeur général du FMI, adepte de la social-démocratie. Très bien, on va leur supprimer l’ISF ou, en tous les cas, en faire sortir 300.000 foyers. D’ailleurs, comme le bouclier fiscal était un contrepoids à cet ISF, si on supprime l’un il faut bien supprimer l’autre. Logique !
Les vieux chiraco-gaullistes semblent un peu déboussolés et François Fillon qui devait les consoler et même les rassurer a totalement disparu, à croire qu’il n’est toujours pas revenu de ses vacances en Haute-Egypte aux frais de Moubarak. Aucun problème, on promeut Juppé.
Si, demain, BVA ou Ipsos décelait un frémissement de l’opinion en faveur de Borloo, Sarkozy nous ressortirait immédiatement la taxe carbone, les éoliennes et la protection des ragondins. Si Mélenchon et/ou Besancenot grimpait un peu, il nous ressortirait un gigantesque Plan Marshall pour les banlieues. Si Lutte Ouvrière réapparaissait, on aurait droit immédiatement au mariage homosexuel et à l’euthanasie. Si Dupont-Aignan dépassait brusquement les 1% d’intentions de vote, Sarkozy nous annoncerait la sortie de l’euro.
Il est donc parfaitement injuste de dire que le président-candidat fait n’importe quoi. Lui qui ne voulait jamais rien entendre et qui se croyait plus malin que tout le monde, il est désormais… à l’écoute des instituts de sondages. Les trois lettres UMP ont été remplacées par les trois lettres BVA.
On attend avec impatience le programme qu’il va bien pouvoir nous présenter. Mais si un jour il est à 12% dans les sondages, il nous annoncera, peut-être, qu’il n’est pas candidat à sa réélection. Ce sera la « dolce vita » pour tout le monde…

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