Personne ne conteste que la France ait des « racines chrétiennes » et que notre civilisation soit « l’héritière de la chrétienté ». C’est un fait historique évident. Il suffit de parcourir nos provinces pour y voir nos cathédrales et nos lois pour y découvrir l’influence essentielle de la morale chrétienne sur notre vie quotidienne. Personne n’a jamais nié que les pays arabes aient des racines musulmanes. Chacun ses racines…
Mais comment peut-on imaginer qu’on intégrera, qu’on assimilera, qu’on « enracinera » dans notre communauté nationale les six à sept millions de Français musulmans qui vivent désormais chez nous en leur répétant continuellement qu’ils ne sont pas ici chez eux ?
Nous avons la chance d’être un pays laïc c’est-à-dire que, depuis 1905, les autorités publiques n’ont plus le droit d’évoquer les religions.
Aujourd’hui, au Puy-en-Velay, Nicolas Sarkozy a remis ça, allant même jusqu’à affirmer que la France qu’il aimait était celle… de Grégoire de Tours (538-593) célèbre négociateur du traité d’Andelot entre Childebert II et Gontran de Bourgogne. Henri Guaino s’était visiblement plongé dans le Petit Larousse avant de lui écrire son discours !
Tout le monde est d’accord pour reconnaître que la cathédrale du Puy est l’une des plus belles étapes sur la route du pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle et que Grégoire de Tours a été notre premier historien. Mais personne n’est dupe.
Sarkozy ne faisait pas, ce matin, une causerie culturelle. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment son registre. Il était en campagne et après avoir demandé à l’UMP d’ouvrir un grand débat sur « la place de l’Islam en France », il tenait à faire savoir aux électeurs du Front National qu’à ses yeux les Musulmans étaient d’ailleurs.
Trois choses sont frappantes.
D’abord, Sarkozy est totalement incohérent avec la laïcité et l’Islam. Il prône « la discrimination positive » et recrute des ministres et des préfets musulmans, puis il déclare que le curé est plus important que l’instituteur dans la formation des enfants, puis il lance un débat sur l’identité nationale, puis il fait interdire la burqa, puis il lance un débat sur la place de l’Islam, puis il parle des racines chrétiennes. Il faudrait savoir. Veut-il « discriminer » positivement ou négativement nos compatriotes musulmans ? Il ferait, évidemment, mieux de se taire sur ce sujet en se réfugiant derrière la laïcité comme la loi lui en fait obligation.
Ensuite, Sarkozy n’a pas compris qu’en agitant le chiffon rouge de l’Islam (ou de l’immigration ou de la délinquance) ce n’était plus lui qui récupérait les voix de l’extrême-droite mais bien, de nouveau, le Front National. Si les racistes et les xénophobes ont pu être séduits par son discours en 2007 quand il jurait de « nettoyer les racailles au Karcher » et de ne tolérer qu’une immigration « choisie », aujourd’hui ces mêmes électeurs qui estiment avoir été totalement trahis par Sarkozy, ont regagné le parti de Marine Le Pen qui en est à 20% dans les sondages. Comme le lui a d’ailleurs fait remarquer Marine Le Pen elle-même, chaque fois qu’il brandit ce sujet, il fait tomber un paquet de voix précieuses dans l’escarcelle du Front National. A ce rythme-là, il lui reste quatorze mois pour être éliminé dès le premier tour des présidentielles par Marine Le Pen. Le fameux 21 avril à l’envers !
Enfin, et plus grave encore, Sarkozy ne se rend pas compte qu’en chevauchant ainsi à travers les terres de l’extrême-droite, il scandalise l’électorat de la droite classique, des derniers gaullistes aux survivants de l’UMP, en passant par les centristes et les démocrates-chrétiens.
En évoquant avec des trémolos d’enfants de chœur, la France de Grégoire de Tours, fille aînée de l’Eglise, non seulement Sarkozy fait rigoler bien des gens mais, en plus, il renforce Marine Le Pen et continue à faire fuir son électorat classique qui déteste que, pour des raisons purement électoraliste, on fustige les uns et stigmatise les autres. Sarkozy semble ignorer que la droite française a des principes moraux. Il est vrai qu’il n’en est pas lui-même la meilleure des incarnations.
Même au Puy, Sarkozy ne fait jamais dans la dentelle…

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