Il fallait s’y attendre. Il était évident que la publication de sondages annonçant que Marine Le Pen était confortablement en tête dans les intentions de vote pour les présidentielles de 2012 et que Nicolas Sarkozy risquait bien d’être éliminé dès le premier tour allait provoquer des réactions dans les rangs de l’UMP.
Dès hier, Chantal Brunel, députée UMP de Seine-et-Marne (comme Jean-François Copé et Christian Jacob), ancienne porte-parole de l’UMP, s’est lancée. Pour faire face aux risques (réels) d’une immigration massive des Tunisiens, des Libyens et les Egyptiens qui, fuyant leur pays, vont chercher refuge en Europe, elle a sa solution : « Il faut les remettre dans leurs bateaux ». Elle n’a pas ajouté qu’il suffirait alors à la marine française de couler au large les embarcations, mais le cœur y était.
Cette bonne femme est idiote.
D’abord, parce que son idée est totalement irréalisable. Les barcasses à bord desquelles arrivent ces pauvres gens sont totalement inutilisables et que deviendront ces embarcations et leur cargaison humaine une fois que nous les aurons reconduits dans les eaux territoriales ? Imagine-t-on les réactions du monde entier devant ces dizaines de radeaux de la Méduse dérivant au milieu de la Méditerranée ? L’image de la France ou ce qu’il en reste sera à toujours flétrie et Villepin pourra facilement évoquer une nouvelle « tâche de la honte sur le drapeau français ».
Ensuite, parce que la reconduite des immigrés clandestins vers leur pays d’origine existe déjà. C’est ce qu’on appelle les « charters ». Inaugurée par Pasqua, cette méthode a été surtout appliquée par… Edith Cressoin.
Enfin et surtout, parce que ce n’est pas en essayant de doubler Marine Le Pen sur sa droite que les sarkozistes ont la moindre chance de remettre leur patron en selle. Si en 2007, Sarkozy a pu « voler » 6 ou 7% des voix le pénistes en faisant croire à cet électorat qu’il allait nettoyer les racailles au Karcher, cela fait belle lurette que ces gens sont retournés à leurs premières amours et ne veulent plus entendre parler de Sarkozy. D’autres, d’ailleurs, les ont rejoints par bataillons entiers.
L’Elysée n’a toujours pas compris que la politique du tout-sécuritaire, la chasse aux étrangers et aux Roms, la stigmatisation des Français « de fraîche date », le discours de Grenoble, les débats sur l’identité nationale ou la place de l’Islam et la laïcité « positive » ne faisaient qu’apporter de « l’eau au moulin » du Front National.
En reconnaissant –enfin !- qu’il y a un énorme problème avec l’immigration et l’Islam, Sarkozy et les siens donnent raison à la famille Le Pen et soulignent, eux qui sont au pouvoir depuis au moins 2002, qu’ils ont été totalement incapables de le résoudre.
Mais en voulant adopter les solutions le pénistes –« les immigrés à la mer ! »- ils font évidemment sourire l’électorat de d’extrême-droite et, beaucoup plus grave, ils scandalisent tout le reste de l’électorat français, à commencer par l’électorat de droite et du centre, autant dire l’électorat qui pourrait éventuellement voter pour Sarkozy. Sarkozy ne gagne pas une voix à l’extrême-droite et perd des pans entiers d’électeurs au centre et à droite.
N’importe quel enfant pourrait comprendre que, pour contrer Marine Le Pen, la seule stratégie serait de la prendre à contre-pied. Non seulement d’évoquer la tradition humaniste de notre pays (à laquelle les Français sont beaucoup plus sensibles qu’on ne le dit) mais aussi d’annoncer et de mettre en application des mesures qui permettraient d’assimiler dans notre communauté nationale les étrangers qui seraient prêts à respecter notre drapeau, nos lois et notre civilisation et d’exclure ipso facto ceux qui s’y refuseraient.
Nous avons la chance de vivre dans un pays de droit qui a ses principes et ses lois. Il suffit d’être intransigeants avec les premiers et d’appliquer les secondes. Rappelons à Mme Brunel que le respect de la dignité humaine fait partie de nos grands principes. Mais l’a-t-elle jamais su ?
Sarkozy, trahissant à la fois la Déclaration des Droits de l’Homme et notre Constitution qui reprend à son compte cette Déclaration, s’est lancé dans une aventure dévastatrice en tentant d’amuser la galerie avec la « discrimination positive », la « laïcité positive », la « place de l’Islam dans la République », les « Français de fraîche date ». Il a brisé « le socle républicain ». Il va le payer très cher.
Mais la France aussi. Où est donc passée « l’identité nationale française » quand une élue du peuple propose de rejeter à la mer des êtres humains. On a honte. Pour elle mais aussi pour nous.

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