Les résultats du deuxième tour de ces cantonales vont être particulièrement intéressants à observer demain soir. Ils vaudront tous les sondages dont on nous matraque depuis des mois et ils seront diablement révélateurs pour les présidentielles de l’année prochaine.
Il est évident que l’effondrement de l’UMP va se confirmer et, au passage, il faut tout de même rendre hommage à l’abnégation des candidats qui continuent à s’afficher sarkozistes. Il est vrai qu’ils sont de moins en moins nombreux et beaucoup de candidats de la pseudo majorité présidentielle ont prudemment préféré mettre leur drapeau UMP dans leur poche pour ne pas faire fuir les électeurs. Les rats ont déjà quitté le navire en perdition.
En fait, ce qui va être passionnant à analyser c’est l’attitude des électeurs à l’égard du Front National puisque, qu’on le veuille ou non et aussi stupéfiant que cela puisse paraitre, c’est désormais le parti de Marine Le Pen qui est au centre de toutes les préoccupations de notre vie politique. Preuve, s’il en était besoin, de la décomposition de nos autres partis politiques
On peut être sûr que ceux qui ont voté pour les candidats de Marine Le Pen au premier tour et dont le candidat FN sera toujours en lice iront voter demain en s’imaginant déjà que la victoire est proche. Tout comme on peut être sûr aussi que, s’ils ont affaire à un duel UMP-PS, ils préféreront aller se promener dans les bois plutôt que de voter pour le candidat UMP. Ils ne sont pas prêts à se faire « piéger » une nouvelle fois, comme en 2007, par Sarkozy, en dépit des chants de sirène que vient de leur susurrer Claude Guéant.
Mais le plus intéressant, bien sûr, va être l’attitude des électeurs de l’UMP en face d’un duel PS-FN et celle des électeurs de gauche en face d’un duel UMP-FN.
D’un côté comme de l’autre, ce choix « cornélien » va, sans guère de doute, provoquer une augmentation de l’abstention.
Mais il est très vraisemblable qu’un certain nombre d’électeurs de droite ne vont plus hésiter à voter Front National. Se refusant à voter à gauche, estimant que, grâce à Marine Le Pen, le FN s’est dé-diabolisé, se souvenant que Sarkozy lui-même les a entraînés vers les voies tracées par la famille Le Pen, ils franchiront le pas sans remords ni scrupules. Combien seront-ils ? Tout est là.
A gauche, personne n’acceptera sans doute de voter FN. Mais on ne voit pas pour autant beaucoup d’électeurs de gauche se rallier aux candidats UMP avec l’enthousiasme qu’ils avaient mis à rejoindre Chirac en 2002. Sarkozy a refusé l’idée du Front Républicain ce qu’ils n’ont pu que mal ressentir ; même pour eux, Marine Le Pen ne représente plus le « danger fasciste » qu’ils avaient cru voir en son père et en face duquel ils avaient cru devoir se mobiliser ; et, plus que tout, Sarkozy est, lui aussi, ressenti comme un vrai danger pour les valeurs qu’ils attribuent à la République, ce qui n’était pas le cas de Chirac en 2002.
Nous ne sommes plus ni en 2002 quand la gauche votait pour Chirac, ni en 2007 quand l’extrême droite se ralliait à Sarkozy.
L’étude de tous ces duels FN-PS ou FN-UMP va sans doute démontrer qu’aux yeux des Français, Sarkozy s’est radicalisé au point que les électeurs de droite peuvent désormais voter sans pudeur pour le FN et que les électeurs de gauche ne peuvent plus imaginer la moindre alliance avec l’UMP pour s’opposer à l’extrémisme.
En se croyant plus malin que tout le monde, Sarkozy aura offert sur un plateau une place pour le second tour des présidentielles de 2012 à Marine Le Pen.

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