Selon un sondage à paraître demain dans Le Parisien, Marine Le Pen arriverait en tête au premier tour des présidentielles, avec 23% des voix, devant Sarkozy et Martine Aubry au coude à coude, avec 21% chacun.
Naturellement, à quatorze mois du scrutin, on peut toujours nous raconter que cela ne veut strictement rien dire. Si ce n’est que cela veut tout de même dire :
1) que l’hypothèse d’un nouveau 21 avril est loin d’être aussi farfelue qu’on nous l’affirmait,
2) qu’en tentant de récupérer l’électorat de l’extrême-droite à coups de moulinet sur l’identité nationale, la chrétienté, la place de l’Islam et les Français de fraîche date, Sarkozy n’a fait qu’apporter des voix au Front National, comme nous le répétons ici même depuis des mois (voir le blog d’avant-hier : « Sarkozy fait campagne pour Marine Le Pen »),
3) que l’exaspération des Français atteint son comble devant une situation qui se dégrade inexorablement depuis des années, les innombrables promesses non tenues par Sarkozy, ses volte-face et son incapacité notoire à faire face à tous nos problèmes, même s’il tente de nous « enfumer » en nous parlant du Coran, de la maladie d’Alzheimer ou du bouclier fiscal.
Le plus stupéfiant ce n’est pas que nos experts patentés se disent « outrés » (pourquoi pas ?) et scandalisés (on veut bien) devant les résultats de ce sondage mais qu’ils se disent… « étonnés ». A croire que dans le microcosme qui fait profession d’observer, d’analyser et de réfléchir sur l’état de la France et des Français, personne n’a jamais compris que nos compatriotes en avaient plus qu’assez et qu’ils étaient au bord de l’explosion.
Toutes proportions gardées, quand on trouve normal que les Tunisiens renversent Ben Ali et les Egyptiens Moubarak, il ne faut pas s’étonner que les Français votent Marine Le Pen à 23%. C’est notre façon, à nous, pour l’instant, de « foutre le feu » aux bâtiments officiels.
Cela dit, à l’Elysée, on doit plutôt se frotter les mains. Ce sondage est inespéré pour eux car il laisse entrapercevoir une petite (toute petite) chance, la seule, pour Sarkozy.
Dans un second tour opposant Marine Le Pen à Sarkozy, c’est évidemment ce dernier qui l’emporterait. Et Strauss-Kahn, Martine Aubry, Hollande et Ségolène Royal seraient bien obligés d’appeler toute la gauche à voter Sarkozy « pour faire barrage au danger fasciste », comme ils l’avaient déjà fait en 2002. Et, ce qui serait tout de même stupéfiant, Sarkozy serait alors réélu avec 80% des voix !
Naturellement, ce scénario, totalement surréaliste, suppose que Sarkozy ait devancé le candidat du PS au premier tour. Or, rien de paraît moins sûr. D’abord, parce qu’on peut croire que la gauche saura, cette fois, se choisir un candidat « tenant la route » (le sondage a été réalisé avec Martine Aubry et non pas Strauss-Kahn comme candidat de la gauche) et renoncera, dans son programme, à nous promettre les pires catastrophes. Ensuite, parce qu’il est évident qu’à droite, devant l’état de déliquescence du président et l’état de délabrement du gouvernement, les candidatures « dissidentes » vont se multiplier.
La gauche va faire ses primaires, sans doute pour entériner le choix du meilleur candidat déjà désigné par les sondages. Il est bien dommage que la droite n’en fasse pas autant. Elle sait actuellement qu’avec Sarkozy, elle va à l’abattoir et que si tous les « hommes recours » si ce n’est « providentiels » qu’elle a en réserve partent à l’assaut en ordre dispersé, ils vont se faire tirer comme des lapins.
Pourquoi ne pas imaginer que la « fronde » anti-Sarko organise un Grenelle, des Etats généraux, une convention, un colloque, un débat (c’est à la mode) qui permettrait de désigner, entre Villepin, Borloo, Morin, Bayrou, Dupont-Aignan, Boutin, et même -pourquoi pas ?- Raffarin ou Copé, le meilleur des candidats pour représenter une droite respectable et attachée à toutes les valeurs que Sarkozy a piétinées avec délectation depuis son arrivée au pouvoir ?
En 1995, le RPR a eu deux candidats au premier tour, Chirac et Balladur. Cela n’a pas empêché Chirac de l’emporter au second tour.

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