Quand on veut faire un peu de politique, l’ABC du métier est de prévoir l’avenir et notamment d’imaginer les conséquences que pourraient avoir les initiatives qu’on a envie de prendre.
Pour tenter de se renflouer, Nicolas Sarkozy s’est lancé sur deux fronts : il a déclaré la guerre à la Libye de son ancien ami Khadafy et il a ressorti le fantôme de la laïcité. Autant dire qu’il est parti en courant vers deux terrains minés.
Pour la Libye, le scénario infernal est connu. On commence par quelques frappes aériennes (on dit même « chirurgicales ») sur quelques cibles bien précises, puis on s’aperçoit que l’aviation n’a jamais gagné une guerre, alors on fournit des armes aux « indigènes » avec quelques instructeurs et techniciens, puis on voit que ce n’est pas suffisant alors on leur envoie un petit contingent de troupes de choc, puis quelques renforts supplémentaires. Et, ça y est, on est piégé. C’est l’engrenage qui conduit droit au bourbier. On a connu ça au Vietnam, en Afghanistan, en Irak. N’importe quel sous-officier aurait pu le rappeler à Sarkozy.
Au début, l’opinion est ravie. C’est sans risque. Il s’agit simplement de venir au secours d’une malheureuse population opprimée et d’écraser un régime odieux. Et puis, petit à petit, l’opinion se demande ce qu’on est allé faire là-bas et si ces rebelles qu’on soutient sont aussi démocrates qu’on nous l’avait raconté.
Sarkozy ne sait visiblement plus sur quel pied danser avec sa guerre libyenne. Les troupes de Khadafy sont reparties à l’assaut, la belle unanimité des débuts s’est lézardée, les Russes, les Chinois et certains pays Arabes commencent à trouver que ça n’a que trop duré et on en est à la deuxième étape de l’engrenage, l’envoi d’armes et de munitions aux rebelles dont on commence d’ailleurs à se demander s’ils ne seraient pas un tantinet islamistes.
Il est toujours plus facile de déclarer une guerre que de la gagner ou même de s’en sortir. Et rien ne dit que Khadafy va accepter avec enthousiasme l’offre d’asile que vient de lui faire l’Ouganda. Mais qu’allait-on donc faire notre président dans cette galère ?
Même scénario infernal avec le débat sur la laïcité. Au début, une aimable conversation de salon, d’une demi-journée, au sein de l’UMP, pour voir si la fameuse loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne serait à réactualiser. Et puis, très vite, plus personne n’est dupe et on s’aperçoit, bien sûr, qu’il s’agit, en fait, de discuter de la place de l’Islam dans la France d’aujourd’hui, historie de récupérer les électeurs du Front National.
Les laïcs sont furieux, la majorité explose, le premier ministre s’étripe avec le patron du parti présidentiel, les religieux sortent de leurs églises, de leurs temples, de leurs synagogues, de leurs mosquées pour hurler et Marine Le Pen rigole en se drapant dans le drapeau… de la laïcité.
Si, en Libye, on peut toujours rêver qu’une bombe miraculeuse finisse par écrabouiller Khadafy dans sa tente du désert, on ne voit vraiment pas comment pourrait se terminer cette affaire de laïcité. François Baroin vient déjà d’annoncer qu’aucune loi ne sera présentée sur ce sujet. Les amis de Jean-François Copé vont donc parler pour ne rien dire.
Sauf qu’ils vont tout de même dire, à demi-mots, qu’il est bien dommage qu’il y ait désormais sept à huit millions de musulmans dans notre vieux pays (mais qu’on n’y peut rien) et que pour être supportable dans notre société l’Islam doit reconnaitre toutes les valeurs de la République (ce qui est contraire aux textes les plus sacrés de l’Islam en question).
Mais pourquoi, diable, le président de la République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » a-t-il ouvert cette boite de Pandore ?
Sarkozy aurait sûrement été mieux inspiré en nous présentant un véritable plan de lutte contre le chômage, un drame qui affole les Français autrement plus que les conflits entre les tribus de Tripolitaine et de Cyrénaïque ou que la loi de 1905.
Mais il est vrai qu’il est plus facile de s’attaquer aux bédouins du désert et aux imams de nos banlieues qu’au problème du chômage.

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