A première vue, ça ne sert plus à grand chose de faire une guerre. Nicolas Sarkozy a envoyé ses Rafales bombarder la Lybie et ça n’a fait ni reculer Khadafy ni remonter les sondages.
Certes, sur le terrain, le dictateur libyen semble avoir stoppé, in extrémis, son ultime offensive sur Benghazi. Les insurgés de la grande ville de l’est ne seront donc sans doute pas massacrés. Ce n’est pas rien. Mais, pour le reste, on voit mal comment peuvent évoluer les choses étant bien entendu qu’il nous est formellement interdit par le Conseil de sécurité de débarquer sur place et d’aller chercher Khadafy sous sa tente pour le traîner devant un tribunal si ce n’est populaire du moins international.
Nous allons donc nous contenter d’observer, du haut de nos chasseurs-bombardiers, la création d’une mini-république de Cyrénaïque à Benghazi (qui aura peut-être un peu de pétrole et donc toute notre sympathie) et, à travers tout ce qui restera de la Libye, un Khadafy (avec du gaz) jouant les victimes de l’impérialisme et préparant une revanche quelconque avec ses partisans car il en a, lui aussi, quoi qu’on ait pu nous raconter. Cette situation ne sera pas tenable bien longtemps.
A cela s’ajoute, bien sûr, ce qu’on appelle assez joliment « les dégâts collatéraux ». La Russie et la Chine qui s’étaient pudiquement abstenues lors du vote du Conseil de sécurité commencent à condamner l’opération. L’Inde et le Brésil vont sans doute en faire autant dès qu’on aura droit aux photos des victimes civils de nos raids. L’Allemagne qui, elle aussi, s’était abstenue ne dira rien mais n’en pense pas moins ce qui fait que le fameux axe Paris-Berlin n’existe plus. Quant aux Arabes qui devaient faire partie de la croisade anti-Khadafy à nos côtés, ils se limitent pour l’instant au Qatar.
Le plus grave est que cette opération dite « humanitaire » qui devait être « à l’initiative de la France et de la Grande-Bretagne » est devenue, aux yeux de tous, une opération américaine. Le commandement suprême se trouve dans une caserne américaine en Allemagne et, sur place, le PC est à bord d’un navire américain au large des cotes libyennes. Les Français n’apparaissent plus que comme des « supplétifs » dans cette guerre qui, désormais américaine, devient forcément « impérialiste ».
C’en est fini de l’indépendance et donc du prestige d’une France qui pouvait dire « non » même à ses amis Américains. Cela va nous coûter très cher à travers le monde et notamment dans les pays arabes où certains vont finir par se demander si cette soudaine passion française pour les libertés libyennes n’a pas été déclenchée par quelques instructions venues de Washington. Sarkozy, l’homme du retour au sein de l’OTAN, va apparaître plus que jamais comme le petit féal admiratif et docile de la Maison-Blanche.
Mais le pire c’est que les Français ne semblent, pour l’instant, guère reconnaissants à Sarkozy pour cette guerre qui devait « lui redorer le blason ». Et cette fois il ne s’agit même plus de sondages qu’on peut toujours, avec une bonne dose de mauvaise foi, contester.
Certes, les cantonales n’ont jamais passionné l’opinion. Mais les Français avaient, hier, une excellente occasion de complimenter le chef de nos armées et de démontrer que tout ce qu’on nous raconte depuis plusieurs semaines sur une éventuelle montée du Front National n’était que des inventions des sondeurs et des journalistes.
Eh bien les Français ont visiblement raté cette occasion. Le PS est largement en tête avec 25% des voix et le Front National de Marine Le Pen qui n’était pourtant présent que dans 1.440 cantons sur 2.026 fait pratiquement jeu égal avec l’UMP, présente, elle, dans tous les cantons, 15% contre 17%. Surprenants aussi les 9% du Front de gauche de Mélenchon et ses amis communistes et les 8,5% des Ecologistes.
Et on sourit du petit subterfuge de Claude Guéant qui se croit malin en présentant les résultats d’une « majorité présidentielle » à 32,5% (ce qui n’est d’ailleurs pas beaucoup pour une majorité) dans laquelle il englobe tous les futurs électeurs de Borloo, de Villepin, de Morin et de tous les candidats virtuels que se choisiront les déçus de Sarkozy. Dans ce cas-là le ministre de l’Intérieur aurait dû avoir l’honnêteté d’évoquer une « minorité de gauche » à 42% en englobant le PS, le Front de gauche et les Ecologistes.
Dans son bunker de Tripoli, Khadafy a dû sourire en prenant connaissance des résultats de ce premier tour des cantonales et éclater de rire en voyant la tête de Jean-François Copé quand on l’interrogeait sur l’attitude qu’aurait l’UMP devant les deux cents duels prévus entre le FN et le PS. Comment peut-on à la fois refuser tout vote pour le FN et ne pas vouloir entendre parler d’un front républicain. Le député-maire de Meaux (ville où le FN arrive en tête devant l’UMP !) ressemble de plus en plus à l’âne de Buridan qui, on le sait, à force d’hésiter entre un seau d’eau et une botte de foin a fini par mourir et de faim et de soif.
Les Rafales de Serge Dassault sont sûrement de merveilleux appareils, mais ils ne font pas gagner les élections.

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