Et maintenant, ils s’entretuent ! Jamais une fin de règne n’aura été aussi lamentable. Le bateau coule et, sur la passerelle, les officiers se crêpent le chignon, ont sorti leurs couteaux et tentent de se crever les yeux.
Fillon, premier ministre, trouve que la politique décidée par le président de la République –le « ni-ni » au deuxième tour des cantonales et le débat sur l’Islam- est absurde. Copé, le patron de l’UMP, estime que Fillon est un irresponsable en s’opposant au chef de l’Etat et en divisant la majorité. Fillon lui rappelle sèchement que c’est lui le premier ministre et qu’il ne faut pas perdre son sang-froid.
Et tout ça au grand jour alors que les Français sont angoissés par le chômage, affolés par la montée des prix, désespérés par la dégringolade du pays et que Sarkozy, histoire de parler d’autre chose, nous a lancés dans une aventure guerrière qui commence à s’enliser aussi bien dans les sables de Tripolitaine que dans les réunions internationales.
Fillon peut naturellement dire qu’il a eu raison. Prôner le « ni-ni » est une position évidemment absurde pour des responsables politiques. Copé peut faire remarquer que, finalement, le Front National n’a obtenu que deux conseillers généraux (sur plus de quatre mille en France) et que, même si la gauche a gagné quatre départements de plus, on n’a pas assisté au raz-de-marée socialiste annoncé.
Cela dit avec un Sarkozy à moins de 20% dans tous les sondages, l’UMP ne pouvait pas s’attendre à autre chose qu’à une défaite en rase campagne. On peut d’ailleurs se demander s’il appartenait vraiment au chef de l’Etat, président de tous les Français, de nous indiquer le « bon choix » pour des élections cantonales.
Pour ce qui est du débat sur l’Islam (ou la laïcité) qui doit s’ouvrir au sein de l’UMP dans quelques jours, il est évident que Fillon a raison. Il ne peut que déraper. Dans leur écrasante majorité, les Français, viscéralement attachés à la laïcité, estiment que la (ou les) religion(s) n’a (n’ont) pas à entrer dans le débat public. Et que d’ailleurs « la laïcité ne fait pas débat en France ». Si on leur impose, malgré tout, ce débat un bon nombre d’entre eux estimera vraisemblablement que « les mosquées ne font pas partie de notre paysage national ». Ce n’est, sans doute, pas très adroit de le rappeler aux sept à huit millions de musulmans qui font, qu’on le veuille ou non, désormais partie de nos compatriotes.
Pourquoi ouvrir cette boite de Pandore et allumer cette mèche à un baril de poudre qui nous menace depuis longtemps déjà ? Il suffit d’appliquer quelques arrêtés municipaux pour faire interdire les prières dans les rues, imposer la mixité dans les piscines municipales et les hôpitaux et limiter les magasins à nourriture exclusivement hallal.
Mais ne soyons pas trop dupes de ce western de série B que les petits cow-boys de la Sarkozie nous offrent aujourd’hui. Nous notions ici même, hier, que la majorité en lambeaux se cherchait désespérément un homme providentiel. Il est évident que cette nouvelle défaite a fait pousser des ailes aux petits ambitieux.
Cela fait longtemps que Copé a fixé son programme. L’année prochaine Sarkozy est écrabouillé par la gauche, DSK est élu, et cinq ans plus tard, en 2017, les Français rejettent la gauche qui n’aura provoqué que des catastrophes et l’acclament, lui, Copé, comme le sauveur. C’est écrit comme du papier à musique et Copé a donc tout intérêt à pousser toujours davantage Sarkozy à la faute.
Fillon qui a dix ans de plus que Copé et qui sait qu’un président, même décevant, peut parfaitement être réélu, est moins patient et n’est pas convaincu qu’une bonne défaite conduit inévitablement à une victoire triomphante.
Il se mord sans aucun doute les doigts d’avoir été reconduit, l’automne dernier, à Matignon. S’il n’était plus aujourd’hui qu’un modeste député de la Sarthe, il incarnerait, bien sûr, si ce n’est l’homme providentiel que se cherche la droite du moins une alternative possible à un président condamné. C’est évidemment ce qu’avait compris Sarkozy en le renommant contre toute attente.
Fillon a-t-il encore le temps (et le courage) de quitter le navire en perdition pour s’opposer frontalement à un président qu’il désavoue ? Ou va-t-il se contenter de continuer à l’achever à coups de petites phrases assassines et de perfidies ? Le courage n’a jamais été son fort.
Et pendant ce temps-là les Français se désespèrent et Sarkozy va faire le joli cœur au Japon. Maintenant, même à l’étranger, il ne se balade plus que dans des ruines…

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