Le drame épouvantable qui frappe le Japon permet à Khadafy de continuer tranquillement à massacrer ses rebelles sur la route de Bengazi et, accessoirement, à Laurent Gbagbo de tirer sur la foule de ses opposants à Abidjan. Il permet aussi à Nicolas Sarkozy de faire oublier ses dernières élucubrations guerrières. Avec les nouvelles catastrophiques venant de Tokyo, personne n’a fait attention à la claque que les Européens ont donnée au président français.
Comme on pouvait s’y attendre, les 26 n’ont voulu suivre Sarkozy ni dans l’aventure militaire qu’il prônait avec des bombardements des sites stratégiques libyens ni dans l’aventure diplomatique qu’il a entamée avec sa reconnaissance officielle du pseudo gouvernement provisoire des rebelles et l’envoi à Bengazi d’un ambassadeur. On plaint d’ailleurs le malheureux diplomate français qui va être nommé à Bengazi. Aura-t-il gagné son poste avant que la ville ne soit reprise par les troupes de Khadafy ?
On se pose maintenant trois questions.
Comment, après ce dérapage délirant, Sarkozy va-t-il pouvoir présider le G8 et le G20 ? Il s’est, une fois de plus mais cette fois irrémédiablement, déconsidéré à la face du monde entier.
Quelle va être l’attitude d’Alain Juppé ? On sait que l’ancien premier ministre avait accepté, après les « affaires Alliot-Marie », de quitter le ministère de la Défense pour le Quai d’Orsay à la condition formelle d’avoir la maîtrise totale de notre diplomatie. Du coup, Guéant qui, en tant que secrétaire général de l’Elysée, jouait les super-ministres des Affaires Etrangères avait été promu ministre de l’Intérieur. Et voilà que Juppé s’aperçoit, alors qu’il discute à Bruxelles avec ses homologues européens, que Sarkozy fait « n’importe quoi » dans son dos et… sur les conseils de Bernard-Henry Levy. Il pourrait bien être repris par la tentation si ce n’est de Venise du moins de Bordeaux.
Enfin on se demande quelle va être la riposte de Khadafy à ces enfantillages sarkoziens. Le dictateur fou de Tripoli a menacé le président français de révéler un « grand secret » qui pourrait non seulement « lui faire perdre les prochaines élections » mais même « le mener devant les tribunaux ».
Tout le monde imagine donc que, dès qu’il en aura fini avec sa rébellion, Khadafy va se faire un plaisir de déclarer au monde entier que c’est lui qui a financé la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007.
Et on le croira. Pourquoi ? Parce que si, depuis bien longtemps, plus personne n’attache la moindre importance aux menaces, aux accusations et aux délires du Libyen, Sarkozy est encore plus discrédité que lui et que le monde entier, comme les Français, le croit désormais parfaitement capable d’avoir commis les pires turpitudes.
Les Français sont maintenant, tous, persuadés que Sarkozy a bel et bien organisé le financement de la campagne de Balladur en 1995 avec les rétro-commissions de la vente des sous-marins au Pakistan. Pourquoi n’aurait-il pas financé sa propre campagne de 2007 avec de l’argent libyen ? Les Français n’ont d’ailleurs jamais compris pourquoi, dès son élection, Sarkozy s’était jeté dans les bras de Khadafy. Pour récupérer les infirmières bulgares, nous avait-on dit. L’argument tenait mal, en dépit de tous les liens qui peuvent nous unir à Sofia…
Les Français vont finir par se demander si la visite officielle, grotesque et déshonorante que Sarkozy a offerte à Khadafy était pour le remercier d’avoir libéré les Bulgares ou pour le remercier d’avoir généreusement subventionné sa campagne.
Le terrible dans cette histoire c’est que désormais on fera davantage confiance à Khadafy, quelles que soient ses accusations, qu’à Sarkozy. Ce n’est pas très bon pour l’image de la France et on comprend pourquoi le président perd encore des points dans tous les sondages.

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