On vient d’apprendre qu’Henri Guaino, la plume inspiré de Nicolas Sarkozy, avait passé ses dernières vacances de Noël en Libye. Si on récapitule, on avait donc, pour ce joyeux petit Noël, Sarkozy –et Strauss-Kahn- au Maroc, Alliot-Marie (et accessoirement Patrick Ollier) en Tunisie, Fillon en Egypte et Guaino en Libye. On ne pourra pas accuser nos responsables politiques de faire de l’arabophobie. On peut même se demander s’ils ne finissent pas par porter la poisse aux régimes chez lesquels ils vont se dorer au soleil puisque dans trois pays sur quatre leurs réveillons ont été immédiatement suivis d’insurrections populaires.
Il semble, jusqu’à plus amples révélations, que Guaino ait payé son billet d’avion, son hôtel et même, selon lui, ses tickets d’entrée sur les sites archéologiques libyens. Il a même tenu à préciser –petite gentillesse pour Alliot-Marie- qu’il n’avait rencontré personne sur le tarmac de Tripoli pour lui offrir son jet.
Ce qui est intéressant dans l’historiette, ce sont les commentaires de Guaino. Il s’indigne que la presse ait pu faire « l’amalgame » (c’est son mot) entre le voyage d’Alliot-Marie en Tunisie, aux frais d’un milliardaire proche de Ben Ali, et le voyage de François Fillon en Egypte, aux frais de Moubarak, et il affirme que ce n’est pas… « déontologiquement normal ». On notera au passage qu’il n’évoque pas les vacances de Sarkozy au Maroc, aux frais de Mohammed VI. Il est vrai, d’ailleurs, que la presse française a été étonnamment discrète à ce sujet.
Si on comprend bien la plume présidentielle qui reproche aux journalistes cet « amalgame », il n’y avait aucun rapport entre le dictateur tunisien et le dictateur égyptien, même si l’un et l’autre viennent d’être renversés par leur peuple, et un premier ministre ne serait pas tenu à la même rigueur qu’un ministre des Affaires Etrangères. On pourrait en débattre longuement.
Ce qui est intéressant c’est l’expression « déontologiquement normal ». On se souvient que, pendant l’interminable feuilleton Woerth-Bettencourt, les proches de l’Elysée avaient accusé la presse d’avoir des « méthodes fascistes rappelant les pires moments de l’entre-deux-guerres », presse qui n’était, d’ailleurs, selon eux, qu’une « presse de caniveau ». Finalement, devant les évidentes compromissions de Woerth, Sarkozy a donné raison à « la presse de caniveau » et a viré son ministre du Travail.
Cette fois, et après le licenciement sans indemnité d’Alliot-Marie, Guaino ne traîne pas la presse dans la boue et se contente d’évoquer la « déontologie ».
Il a parfaitement raison. Trop de gens, dans notre pays, oublient aujourd’hui les règles morales les plus élémentaires. Seulement voilà… Est-ce que des journalistes qui font leur métier en rendant publiques les turpitudes des « puissants » portent atteinte à la morale et violent leur déontologie professionnelle ? Ou est-ce que ce ne seraient pas plutôt les « puissants » qui, en se goinfrant aux frais de la République et en compromettant, pour des intérêts purement personnels, la France avec des régimes pourris, seraient les vrais coupables ?
Il est « déontologiquement normal » que la presse se soit indignée des vacances d’Alliot-Marie et de Fillon (et elle aurait dû en faire tout autant de celles de Sarkozy) mais il est « déontologiquement scandaleux » qu’Alliot-Marie, Ollier, Fillon –et Sarkozy- se soient fait payer leurs réveillons dans de telles conditions.
Et le plus scandaleux dans toutes ces affaires minables est, d’ailleurs, qu’il ait fallu attendre que le Canard enchaîné se déchaîne pour que les coupables soient sanctionnés.
On a l’impression (très désagréable) que, dans ce régime un brin décadent, c’est la loi du « toujours plus » et la règle du « pas vu, pas pris ». Et Sarkozy a trouvé « déontologiquement normal » de nommer ministre de la Défense Gérard Longuet… le beau-frère de Vincent Bolloré, yachtman de ses amis. Mais ce sera pour la Défense de quels intérêts ?

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