Nous pensions tous avoir touché le fond avec Brice Hortefeux comme ministre de l’Intérieur, l’homme qui avait inventé le concept de la « présomption de culpabilité »… avant d’être lui-même condamné par les tribunaux.
En bien non ! Il y avait pire qu’Hortefeux. Et Sarkozy nous l’a déniché, ce qui prouve bien qu’avec ce président de la République on n’est jamais déçu. A un an des présidentielles, Sarkozy a remplacé, place Beauvau, son « ami de trente ans », Hortefeux, par son « âme damnée », Claude Guéant.
En principe Guéant est chargé de gérer « subtilement » l’un des grands thèmes de la campagne de Sarkozy : la sécurité.
N’importe quel imbécile aurait vu que le virage sécuritaire que Sarkozy a amorcé avec son discours de Grenoble, l’été dernier, a été une énorme maladresse.
Visiblement, en reprenant le ton fanfaronnant du Karcher et des racailles et en fustigeant les étrangers de fraîche date et les Roms, Sarkozy n’a pas récupéré les électeurs d’extrême-droite qui lui avaient permis de l’emporter en 2007. Il a, au contraire, et tous les sondages le démontrent, fait fuir des pans entiers de son électorat de la droite classique, les gaullistes, les chiraquiens, les centristes et les démocrates-chrétiens qui, fidèles à certaines valeurs de notre pays, ne supportent ni la xénophobie ni la stigmatisation de « l’autre » et détestent qu’on attise les peurs pour grignoter des voix.
Mieux, en agitant l’étendard de la chasse à l’étranger, Sarkozy a, évidemment, servi de sergent recruteur pour le Front National version modernisée puisqu’il a banalisé, officialisé, pour ne pas dire légitimé les thèmes chers aux Le Pen, père et fille. Là encore tous les sondages le démontrent.
N’importe quel imbécile aurait donc compris qu’il était grand temps de « lever le pied » sur ces sujets-là, d’oublier les débats sur l’identité nationale, la place de l’Islam, la laïcité -thèmes « casse-gueule », s’il en est- et de parler des sujets qui intéressent autrement plus les électeurs : le chômage, la précarité, l’exclusion, l’effondrement de notre économie, la faillite de tout notre système social, l’école, les hôpitaux, etc. Avec, bien sûr, de temps en temps, une petite allusion aux problèmes de l’insécurité et surtout la mise en oeuvre de mesures efficaces pour faire –enfin- baisser la délinquance.
A tout cela, il aurait été bon, aussi, afin d’apaiser un peu le débat et de redonner au chef de l’Etat un minimum de dignité, de rappeler régulièrement que la France « éternelle » est le pays de toutes les libertés, des Droits de l’Homme, de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, autant de « bons sentiments » auxquels, quoi qu’en pense Sarkozy, les Français sont encore particulièrement sensibles. En tous les cas, une majorité d’entre eux.
Eh bien non ! Succédant à Hortefeux, Guéant a aussitôt mis les chaussures à clous de son prédécesseur, empoigné sa matraque et repris, en en rajoutant une couche, son discours d’adjudant de CRS aviné pour bien nous faire comprendre qu’il allait, lui, savoir « casser du nègre » et beaucoup mieux que celui d’avant.
C’est effrayant ! Moralement, bien sûr, mais aussi de bêtise.
Ce matin, sur Europe 1, Claude Guéant a froidement déclaré : « Les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux à cause de l’immigration incontrôlée. Ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. Nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie ».
En toute logique, le ministre de l’Intérieur aurait dû ajouter : « Je compte donc sur vous pour voter Front National, dès dimanche prochain à l’occasion des cantonales ». Marine Le Pen a, d’ailleurs, aussitôt fait savoir qu’elle était prête à l’accueillir à bras ouverts au Front National.
Ce qui est stupéfiant ce n’est pas que Guéant tente ainsi, pitoyablement, de racoler des chalands sur le trottoir, mais c’est qu’il ait totalement oublié qu’il est lui-même responsable de cette politique de « l’immigration mal contrôlée » depuis dix ans puisqu’il était directeur de cabinet de Sarkozy quand celui-ci était ministre de l’Intérieur et qu’il le suit comme son ombre fidèlement depuis.
Certains Français ont sans doute « le sentiment de ne plus être chez eux à cause de l’immigration mal contrôlée ». Mais c’est la faute à qui ? A ceux qui, depuis dix ans, ont été totalement incapables d’imaginer une politique d’immigration permettant d’assimiler ou au moins d’intégrer les étrangers.
Nous n’étions déjà pas très fiers de Hortefeux, mais Guéant nous fait carrément honte.

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