La politique ce sont quelques grands principes et beaucoup de petits calculs. Encore faut-il être fidèle à ses principes et savoir compter sur ses doigts.
Or, cela fait très longtemps que Nicolas Sarkozy s’est, comme tant d’autres, assis sur les principes et que, s’il réussit encore à faire des additions, il a totalement oublié l’art des soustractions.
Il sait d’expérience qu’il y a en France la gauche et l’extrême-gauche, la droite et l’extrême-droite. Avec une particularité : si la gauche a parfaitement le droit de faire alliance avec l’extrême-gauche, la droite, elle, n’a pas le droit d’en faire autant avec l’extrême-droite. L’extrême-droite ne fait pas partie des « républicains » alors que personne n’a pourtant jamais contesté aux staliniens, trotskistes et autres anarchistes la respectabilité du républicanisme. On peut s’en étonner, voire le regretter mais c’est comme çà.
Ceci étant, la montée de l’extrême-droite rend, depuis quelques années, de plus en plus aléatoire une victoire de la droite. N’oublions jamais que c’est Mitterrand qui, lui, savait compter qui, après avoir vu l’éveil du Front National lors des européennes de 1984, a facilité son émergence en instaurant la proportionnelle pour les législatives de 1986.
Mais soyons justes, si Jean-Marie Le Pen a pu connaître ses premiers succès ce n’est pas seulement grâce au machiavélisme de Mitterrand c’est, aussi et surtout, parce que la droite « classique » n’avait pas su s’assumer, que, par perversion idéologique, elle avait abandonné son propre fonds de commerce, la Nation, la France, le drapeau, etc. et que, par lâcheté et incompétence, elle s’était refusée à ouvrir les dossiers délicats de l’immigration ou de la sécurité.
Depuis, et la gauche a été très forte sur ce plan, on ne peut plus évoquer le Front National sans déclencher aussitôt un débat passionné où les pires injures remplacent généralement les moindres arguments.
Comme le Front National est désormais crédité de 18 à 20%, il serait sans doute grand temps de se calmer, les uns et les autres, et d’énoncer quelques vérités évidentes.
Les 20% de Français qui votent pour le FN ne sont évidemment pas (tous) des néonazis. Ce sont des gens furieux (souvent à juste titre) qui manifestent ainsi leur mécontentement dans les urnes, comme d’autres expriment leur colère en votant pour Mélanchon ou Besancenot. Ils ont, comme les autres, parfaitement le droit de s’exprimer et on aurait dû depuis longtemps écouter leur cri de rage.
Laurent Fabius qu’on ne peut guère soupçonner de sympathie envers l’extrême-droite a dit un jour de lucidité : « Le Front National pose les bonnes questions ». Il est très dommage que la droite « classique », voire même la gauche n’ait jamais tenté d’apporter de vraies réponses à ces bonnes questions.
Mais, bien sûr, chacun est en droit d’estimer, comme Fabius, que les réponses qu’apporte le Front National à ses « bonnes questions » ne sont pas « les bonnes réponses ».
On peut, et sans même en arriver à traiter les Le Pen père et fille de fascistes, estimer par exemple que leur stigmatisation des étrangers est en totale contradiction avec toutes les traditions humanistes de notre pays et de notre culture. Et du coup on peut, en effet, par principe, au nom des grands principes, refuser à tout jamais sa voix au FN.
En faisant ses additions, Sarkozy a compris que ces 20% lui manquaient. Alors, sans pudeur, mais il l’avait déjà fait en 2007, il essaie de « siphonner » le réservoir du FN.
Mais, d’abord, on ne berne pas deux fois de suite les mêmes gens, aussi naïfs soient-ils et il y a bien peu de chance qu’il récupère une seule voix du FN. Et, ensuite et surtout, chaque fois qu’il tente, en, vain, de barboter 2% de voix au FN, il perd, ipso facto, 4% de voix au centre parmi les électeurs qui sont encore assez désuets pour avoir des principes. Les sondages le prouvent depuis des mois. Sarkozy devrait regarder aussi ses soustractions.
Sa position d’aujourd’hui avec le « ni-ni », ni une voix au Front National, ni une voix au PS en cas de duel FN-PS au second tour des cantonales est évidemment scandaleuse. Un responsable politique digne de ce nom ne peut pas se réfugier dans une telle attitude qui revient à reprendre le conseil de l’imbécile de Xavier Bertrand qui demande maintenant aux militants de l’UMP… de s’abstenir.
Mais aussi scandaleux soit-il, ce « ni-ni » est parfaitement logique. Sarkozy sait que s’il prône le vote FN, il perd encore immédiatement des pans entiers de ce qui lui reste de sa majorité d’antan. Et que s’il continue à ostraciser le FN, il ne pourra pas, l’année prochaine, lui demander ses voix pour le second tour de la présidentielle.
Au fond, les principes sont comme les baïonnettes On peut tout en faire, sauf s’asseoir dessus.

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