Archives par moismars 2011



Les sables libyens et le marécage de la laïcité

Quand on veut faire un peu de politique, l’ABC du métier est de prévoir l’avenir et notamment d’imaginer les conséquences que pourraient avoir les initiatives qu’on a envie de prendre.
Pour tenter de se renflouer, Nicolas Sarkozy s’est lancé sur deux fronts : il a déclaré la guerre à la Libye de son ancien ami Khadafy et il a ressorti le fantôme de la laïcité. Autant dire qu’il est parti en courant vers deux terrains minés.
Pour la Libye, le scénario infernal est connu. On commence par quelques frappes aériennes (on dit même « chirurgicales ») sur quelques cibles bien précises, puis on s’aperçoit que l’aviation n’a jamais gagné une guerre, alors on fournit des armes aux « indigènes » avec quelques instructeurs et techniciens, puis on voit que ce n’est pas suffisant alors on leur envoie un petit contingent de troupes de choc, puis quelques renforts supplémentaires. Et, ça y est, on est piégé. C’est l’engrenage qui conduit droit au bourbier. On a connu ça au Vietnam, en Afghanistan, en Irak. N’importe quel sous-officier aurait pu le rappeler à Sarkozy.
Au début, l’opinion est ravie. C’est sans risque. Il s’agit simplement de venir au secours d’une malheureuse population opprimée et d’écraser un régime odieux. Et puis, petit à petit, l’opinion se demande ce qu’on est allé faire là-bas et si ces rebelles qu’on soutient sont aussi démocrates qu’on nous l’avait raconté.
Sarkozy ne sait visiblement plus sur quel pied danser avec sa guerre libyenne. Les troupes de Khadafy sont reparties à l’assaut, la belle unanimité des débuts s’est lézardée, les Russes, les Chinois et certains pays Arabes commencent à trouver que ça n’a que trop duré et on en est à la deuxième étape de l’engrenage, l’envoi d’armes et de munitions aux rebelles dont on commence d’ailleurs à se demander s’ils ne seraient pas un tantinet islamistes.
Il est toujours plus facile de déclarer une guerre que de la gagner ou même de s’en sortir. Et rien ne dit que Khadafy va accepter avec enthousiasme l’offre d’asile que vient de lui faire l’Ouganda. Mais qu’allait-on donc faire notre président dans cette galère ?
Même scénario infernal avec le débat sur la laïcité. Au début, une aimable conversation de salon, d’une demi-journée, au sein de l’UMP, pour voir si la fameuse loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne serait à réactualiser. Et puis, très vite, plus personne n’est dupe et on s’aperçoit, bien sûr, qu’il s’agit, en fait, de discuter de la place de l’Islam dans la France d’aujourd’hui, historie de récupérer les électeurs du Front National.
Les laïcs sont furieux, la majorité explose, le premier ministre s’étripe avec le patron du parti présidentiel, les religieux sortent de leurs églises, de leurs temples, de leurs synagogues, de leurs mosquées pour hurler et Marine Le Pen rigole en se drapant dans le drapeau… de la laïcité.
Si, en Libye, on peut toujours rêver qu’une bombe miraculeuse finisse par écrabouiller Khadafy dans sa tente du désert, on ne voit vraiment pas comment pourrait se terminer cette affaire de laïcité. François Baroin vient déjà d’annoncer qu’aucune loi ne sera présentée sur ce sujet. Les amis de Jean-François Copé vont donc parler pour ne rien dire.
Sauf qu’ils vont tout de même dire, à demi-mots, qu’il est bien dommage qu’il y ait désormais sept à huit millions de musulmans dans notre vieux pays (mais qu’on n’y peut rien) et que pour être supportable dans notre société l’Islam doit reconnaitre toutes les valeurs de la République (ce qui est contraire aux textes les plus sacrés de l’Islam en question).
Mais pourquoi, diable, le président de la République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » a-t-il ouvert cette boite de Pandore ?
Sarkozy aurait sûrement été mieux inspiré en nous présentant un véritable plan de lutte contre le chômage, un drame qui affole les Français autrement plus que les conflits entre les tribus de Tripolitaine et de Cyrénaïque ou que la loi de 1905.
Mais il est vrai qu’il est plus facile de s’attaquer aux bédouins du désert et aux imams de nos banlieues qu’au problème du chômage.

31 Mar 2011 | Comments (16)

Les agonisants s’entretuent

Et maintenant, ils s’entretuent ! Jamais une fin de règne n’aura été aussi lamentable. Le bateau coule et, sur la passerelle, les officiers se crêpent le chignon, ont sorti leurs couteaux et tentent de se crever les yeux.
Fillon, premier ministre, trouve que la politique décidée par le président de la République –le « ni-ni » au deuxième tour des cantonales et le débat sur l’Islam- est absurde. Copé, le patron de l’UMP, estime que Fillon est un irresponsable en s’opposant au chef de l’Etat et en divisant la majorité. Fillon lui rappelle sèchement que c’est lui le premier ministre et qu’il ne faut pas perdre son sang-froid.
Et tout ça au grand jour alors que les Français sont angoissés par le chômage, affolés par la montée des prix, désespérés par la dégringolade du pays et que Sarkozy, histoire de parler d’autre chose, nous a lancés dans une aventure guerrière qui commence à s’enliser aussi bien dans les sables de Tripolitaine que dans les réunions internationales.
Fillon peut naturellement dire qu’il a eu raison. Prôner le « ni-ni » est une position évidemment absurde pour des responsables politiques. Copé peut faire remarquer que, finalement, le Front National n’a obtenu que deux conseillers généraux (sur plus de quatre mille en France) et que, même si la gauche a gagné quatre départements de plus, on n’a pas assisté au raz-de-marée socialiste annoncé.
Cela dit avec un Sarkozy à moins de 20% dans tous les sondages, l’UMP ne pouvait pas s’attendre à autre chose qu’à une défaite en rase campagne. On peut d’ailleurs se demander s’il appartenait vraiment au chef de l’Etat, président de tous les Français, de nous indiquer le « bon choix » pour des élections cantonales.
Pour ce qui est du débat sur l’Islam (ou la laïcité) qui doit s’ouvrir au sein de l’UMP dans quelques jours, il est évident que Fillon a raison. Il ne peut que déraper. Dans leur écrasante majorité, les Français, viscéralement attachés à la laïcité, estiment que la (ou les) religion(s) n’a (n’ont) pas à entrer dans le débat public. Et que d’ailleurs « la laïcité ne fait pas débat en France ». Si on leur impose, malgré tout, ce débat un bon nombre d’entre eux estimera vraisemblablement que « les mosquées ne font pas partie de notre paysage national ». Ce n’est, sans doute, pas très adroit de le rappeler aux sept à huit millions de musulmans qui font, qu’on le veuille ou non, désormais partie de nos compatriotes.
Pourquoi ouvrir cette boite de Pandore et allumer cette mèche à un baril de poudre qui nous menace depuis longtemps déjà ? Il suffit d’appliquer quelques arrêtés municipaux pour faire interdire les prières dans les rues, imposer la mixité dans les piscines municipales et les hôpitaux et limiter les magasins à nourriture exclusivement hallal.
Mais ne soyons pas trop dupes de ce western de série B que les petits cow-boys de la Sarkozie nous offrent aujourd’hui. Nous notions ici même, hier, que la majorité en lambeaux se cherchait désespérément un homme providentiel. Il est évident que cette nouvelle défaite a fait pousser des ailes aux petits ambitieux.
Cela fait longtemps que Copé a fixé son programme. L’année prochaine Sarkozy est écrabouillé par la gauche, DSK est élu, et cinq ans plus tard, en 2017, les Français rejettent la gauche qui n’aura provoqué que des catastrophes et l’acclament, lui, Copé, comme le sauveur. C’est écrit comme du papier à musique et Copé a donc tout intérêt à pousser toujours davantage Sarkozy à la faute.
Fillon qui a dix ans de plus que Copé et qui sait qu’un président, même décevant, peut parfaitement être réélu, est moins patient et n’est pas convaincu qu’une bonne défaite conduit inévitablement à une victoire triomphante.
Il se mord sans aucun doute les doigts d’avoir été reconduit, l’automne dernier, à Matignon. S’il n’était plus aujourd’hui qu’un modeste député de la Sarthe, il incarnerait, bien sûr, si ce n’est l’homme providentiel que se cherche la droite du moins une alternative possible à un président condamné. C’est évidemment ce qu’avait compris Sarkozy en le renommant contre toute attente.
Fillon a-t-il encore le temps (et le courage) de quitter le navire en perdition pour s’opposer frontalement à un président qu’il désavoue ? Ou va-t-il se contenter de continuer à l’achever à coups de petites phrases assassines et de perfidies ? Le courage n’a jamais été son fort.
Et pendant ce temps-là les Français se désespèrent et Sarkozy va faire le joli cœur au Japon. Maintenant, même à l’étranger, il ne se balade plus que dans des ruines…

29 Mar 2011 | Comments (3)

Elu de d. cherche désespérément h. providentiel

Les résultats définitifs de ces cantonales ne nous ont rien appris de bien nouveau. Les électeurs obéissent aux sondages. La gauche conforte son avantage, le Front National poursuit sa « percée » (une « percée » qui commence à ressembler à une chevauchée) et l’UMP continue sa descente aux enfers. Tout cela était prévisible, logique et d’ailleurs prévu.
Seul petit plaisir de la soirée : la défaite d’Isabelle Balkany dans les Hauts-de-Seine. Cette intime du président de la République représentait à elle seule, par sa touche, sa dégaine, son vocabulaire, sa vulgarité, son arrogance, la quintessence de tout ce qu’on peut reprocher au sarkozisme dans ce qu’il a de pire.
Pour le reste, le plus intéressant a été le sondage Ipsos publié hier soir et affinant les résultats (virtuels) d’un premier tour des présidentielles : Strauss-Kahn : 34%, Marine Le Pen : 21, Nicolas Sarkozy : 17%. C’est le quatrième sondage qui élimine Sarkozy dès le premier tour.
Même si les sondages ne veulent rien dire à un an d’une élection, comme on le répète inlassablement à l’Elysée depuis que Sarkozy s’est mis à dégringoler vertigineusement, cela veut tout de même dire, excusez du peu, que les Français ne supportent plus Sarkozy et qu’ils n’en veulent plus.
Naturellement, on peut toujours imaginer « quelque chose » qui bouleverserait totalement l’état actuel de l’opinion. Mais pour l’instant il faut bien dire qu’on ne voit pas ce que pourrait bien être ce « quelque chose ». Sarkozy a même été jusqu’à déclarer une guerre et envoyer ses Rafales contre Khadafy et ça n’a servi strictement à rien alors que d’habitude « une bonne petite guerre » provoque « l’union sacrée » autour du chef de l’Etat.
Sarkozy a bien fait de menacer, ce matin, des pires châtiments ceux qui, à l’UMP, seraient tentés de remettre en question l’union de la majorité. En clair, ceux qui commenceraient à se demander sérieusement si le président de la République est vraiment le meilleur candidat possible pour gagner les présidentielles. Il parait que certains élus de l’UMP se préoccupent aujourd’hui non seulement, bien sûr, de l’avenir de la France mais aussi et surtout de leur propre réélection lors des législatives qui suivront dans la foulée les présidentielles.
Le problème de ces rats qui s’apprêtent à quitter le navire en perdition c’est évidemment de savoir vers quelle embarcation de sauvetage ils ont intérêt à se diriger à la nage.
Si l’on fait l’addition de ces voix -34%+21%+17%- on s’aperçoit qu’il reste un bel espace pour les autres, les petits, les sans-grades. A droite comme à gauche.
A gauche, devant un DSK à 34%, personne ne peut se faire la moindre illusion même si on pourra toujours reprocher au directeur du FMI de n’être qu’un social-démocrate avec vue sur la place des Vosges.
Mais à droite, un Sarkozy éliminé avec 17% des voix pourrait bien susciter quelques ambitions légitimes. Des hommes comme Borloo ou Villepin ont déjà flirté avec les 10% d’intentions de vote dans certains sondages. Quand on peut espérer avoir 10% aujourd’hui et qu’on s’imagine qu’on incarne l’anti-Sarkozy parfait, on peut parfaitement rêver gagner une dizaine de points supplémentaires en quelques mois avec une campagne énergique.
Ce qui est sûr c’est que le député UMP de base est prêt à rallier n’importe quel homme providentiel pour sauver la France et son siège.

28 Mar 2011 | Comments (24)

Nous ne sommes plus ni en 2002, ni en 2007

Les résultats du deuxième tour de ces cantonales vont être particulièrement intéressants à observer demain soir. Ils vaudront tous les sondages dont on nous matraque depuis des mois et ils seront diablement révélateurs pour les présidentielles de l’année prochaine.
Il est évident que l’effondrement de l’UMP va se confirmer et, au passage, il faut tout de même rendre hommage à l’abnégation des candidats qui continuent à s’afficher sarkozistes. Il est vrai qu’ils sont de moins en moins nombreux et beaucoup de candidats de la pseudo majorité présidentielle ont prudemment préféré mettre leur drapeau UMP dans leur poche pour ne pas faire fuir les électeurs. Les rats ont déjà quitté le navire en perdition.
En fait, ce qui va être passionnant à analyser c’est l’attitude des électeurs à l’égard du Front National puisque, qu’on le veuille ou non et aussi stupéfiant que cela puisse paraitre, c’est désormais le parti de Marine Le Pen qui est au centre de toutes les préoccupations de notre vie politique. Preuve, s’il en était besoin, de la décomposition de nos autres partis politiques
On peut être sûr que ceux qui ont voté pour les candidats de Marine Le Pen au premier tour et dont le candidat FN sera toujours en lice iront voter demain en s’imaginant déjà que la victoire est proche. Tout comme on peut être sûr aussi que, s’ils ont affaire à un duel UMP-PS, ils préféreront aller se promener dans les bois plutôt que de voter pour le candidat UMP. Ils ne sont pas prêts à se faire « piéger » une nouvelle fois, comme en 2007, par Sarkozy, en dépit des chants de sirène que vient de leur susurrer Claude Guéant.
Mais le plus intéressant, bien sûr, va être l’attitude des électeurs de l’UMP en face d’un duel PS-FN et celle des électeurs de gauche en face d’un duel UMP-FN.
D’un côté comme de l’autre, ce choix « cornélien » va, sans guère de doute, provoquer une augmentation de l’abstention.
Mais il est très vraisemblable qu’un certain nombre d’électeurs de droite ne vont plus hésiter à voter Front National. Se refusant à voter à gauche, estimant que, grâce à Marine Le Pen, le FN s’est dé-diabolisé, se souvenant que Sarkozy lui-même les a entraînés vers les voies tracées par la famille Le Pen, ils franchiront le pas sans remords ni scrupules. Combien seront-ils ? Tout est là.
A gauche, personne n’acceptera sans doute de voter FN. Mais on ne voit pas pour autant beaucoup d’électeurs de gauche se rallier aux candidats UMP avec l’enthousiasme qu’ils avaient mis à rejoindre Chirac en 2002. Sarkozy a refusé l’idée du Front Républicain ce qu’ils n’ont pu que mal ressentir ; même pour eux, Marine Le Pen ne représente plus le « danger fasciste » qu’ils avaient cru voir en son père et en face duquel ils avaient cru devoir se mobiliser ; et, plus que tout, Sarkozy est, lui aussi, ressenti comme un vrai danger pour les valeurs qu’ils attribuent à la République, ce qui n’était pas le cas de Chirac en 2002.
Nous ne sommes plus ni en 2002 quand la gauche votait pour Chirac, ni en 2007 quand l’extrême droite se ralliait à Sarkozy.
L’étude de tous ces duels FN-PS ou FN-UMP va sans doute démontrer qu’aux yeux des Français, Sarkozy s’est radicalisé au point que les électeurs de droite peuvent désormais voter sans pudeur pour le FN et que les électeurs de gauche ne peuvent plus imaginer la moindre alliance avec l’UMP pour s’opposer à l’extrémisme.
En se croyant plus malin que tout le monde, Sarkozy aura offert sur un plateau une place pour le second tour des présidentielles de 2012 à Marine Le Pen.

26 Mar 2011 | Comments (6)

Y’a pas bon Guéant !

Ce pays est devenu fou !
Aujourd’hui, on apprend que, devant la Cour d’appel de Versailles, le MRAP poursuit la société Nutrimaine pour « trouble à l’ordre public » parce que ces militants autoproclamés de la lutte contre le racisme ont découvert quelques boites de cacao sur lesquelles se trouvait encore le fameux slogan « Y’a bon Banania ».
Le MRAP demande à Nutrimaine, petite société de soixante-dix salariés qui produit le fameux Banania, 650.000 € de dommages et intérêts. Précisons que Nutrimaine avait accepté, il y a plusieurs années, de retirer ce slogan historique, créé en 1915, et que les boites incriminées ont été trouvées dans les vieux stocks de magasins indépendants.
Que la justice française qui se dit débordée perde son temps avec ce genre de procès et que la France entière n’ait pas éclaté de rire devant le ridicule du MRAP prouve bien que çà ne tourne plus rond dans ce beau pays de toutes les libertés. On comprend aussi que certains de ceux qui ont été nourris de Banania pendant toute leur enfance en soient arrivés à voter Front National.
Et, au même moment, Claude Guéant, l’invraisemblable ministre de l’Intérieur qui, en quelques jours, a réussi à faire regretter son prédécesseur Hortefeux, annonce, sans rire lui non plus, que les usagers de services publics ne devront plus désormais « porter de signes religieux ni manifester une quelconque préférence religieuse».
En clair, nos bons pères et nos braves bonnes sœurs devront se déshabiller pour prendre le métro, les juifs ne pourront plus porter leur kippa pour entrer dans les bureaux de poste, quant aux musulmans barbus il faudra qu’ils se rasent avant de se faire trainer dans les commissariats de police. Là encore, il y en a quelques uns qui vont rejoindre Marine Le Pen laquelle va finir par devenir le symbole de toutes les libertés !
Mais qu’est donc devenue la France de toutes les libertés où l’on pouvait dire ce que l’on avait sur le cœur et où l’on pouvait se balader soutane au vent ?
En se prenant les pieds dans ses histoires d’identité nationale, de discrimination et de laïcité positives, non seulement Sarkozy a fait fuir des pans entiers de son électorat mais, en plus, il aura pourri l’ambiance, pour ne pas dire la France.
Y a pas bon Guéant ! Bonjour les dégâts !

25 Mar 2011 | Comments (15)

Une droite trahie et orpheline

Certains ironisent beaucoup, depuis quelque temps, sur le Parti socialiste qui, ayant perdu son idéologie, semble hésiter entre une vieille tradition rappelant la SFIO d’antan et la social-démocratie, qui ne parvient pas à élaborer un programme cohérent pour 2012 et qui parait même se refuser à choisir un candidat que pourtant tous les sondages lui désignent. Sans parler de cette nouvelle « gauche de la gauche » qui s’éveille grâce à la crise et au talent de Mélenchon.
Mais, en fait, c’est plutôt la droite qui, aujourd’hui, est totalement déboussolée.
Tous les « gens de gauche » savent parfaitement que, l’année prochaine, du moins au second tour, ils voteront comme un seul homme pour le candidat officiel du parti socialiste, qu’il ait été désigné par les fameuses primaires ou par une autre procédure et que ce soit Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou François Hollande.
Ce sont les « gens de droite », militants ou sympathisants de l’UMP ou même simplement électeurs de Sarkozy en 2007, qui sont beaucoup plus hésitants, du moins pour une très large partie d’entre eux.
A un an des élections présidentielles, ce n’est pas la gauche qui est divisée même si elle se chamaille, mais bien la droite. Pire, une grande majorité du « peuple de droite » se sent orpheline. Elle ne veut plus de Sarkozy et n’a pas pour autant d’homme recours, d’homme providentiel.
On s’aperçoit alors qu’en France il y a désormais, ou plutôt de nouveau plusieurs droites. Et sans même parler de l’extrême-droite du Front National. Il ne s’agit plus des fameuses « trois droites » chères à nos professeurs de Sciences politiques, les Légitimistes, les Orléanistes et les Bonapartistes. Non, nous avons aujourd’hui deux droites : celle qu’on, pourrait appeler la droite gaulliste (ou néo-gaulliste) et celle qu’on peut considérer comme plus classique et dans laquelle se mélangent, curieusement, un vieux fond centriste et quelques relents pétainistes qui ont la vie dure.
Si on y réfléchit un peu, on s’aperçoit que ces deux droites se sont affrontées très régulièrement depuis les débuts de la Vème République. Ce fut de Gaulle contre Lecanuet, en 1965, Pompidou contre Poher, en 1969, Chaban contre Giscard, en 1974, Chirac contre Giscard, en 1981, Chirac contre Barre, en 1988, Chirac contre Balladur, en 1995.
D’un côté, une droite libéral (au sens politique du mot), « sociale », qui évoque la participation, la nouvelle société, la fracture sociale, et, en face, une droite dure, qui estime sans le dire que la politique de la France peut « se faire à la Corbeille » et qui ne se rend même pas compte qu’en faisant l’éloge du travail et de la famille (elle oublie la patrie) elle reprend les vieux thèmes d’une droite qui s’était jadis fourvoyée.
Deux fois, cette droite un peu poussiéreuse l’a emporté. Une première fois, modestement, avec Giscard, une seconde fois, triomphalement, avec Sarkozy, héritier évident de Giscard, de Barre et plus encore de Balladur.
Or, poussée jusqu’à la caricature, comme on vient de le voir depuis le début de ce quinquennat, cette droite-là est devenue insupportable pour une majorité des électeurs de droite qui ne se reconnaissent pas dans ce régime sarkoziste.
On a tout dit, à juste titre, sur le rejet personnel dont Sarkozy est victime depuis des mois. Bien des électeurs de droite ne lui pardonneront jamais ni sa soirée du Fouquet’s, ni ses copains milliardaires qu’il bichonne, ni l’affaire de l’Epad, ni le scandale Bettencourt-Woerth, etc. autant d’« anecdotes » terriblement révélatrices.
Mais au-delà du côté bling-bling, de la touche et de la dégaine, de la vulgarité de Sarkozy, il y a plus beaucoup grave.
Sarkozy a étouffé la droite « humaniste » (même si le mot fait rigoler certains) et, courant après des électeurs qui s’en étaient allés vers le Front National, il a repris à son compte des thèmes qui scandalisent « la bonne vieille droite traditionnelle » en prônant la répression, la chasse à l’étranger, la discrimination (qu’elle soit « positive » ou « négative »), une laïcité « positive » elle aussi, l’alignement soumis derrière les Etats-Unis, etc.
Cette bonne vieille droite qui constitue l’essentiel de l’électorat de droite s’estime trahie. Elle ne veut plus entendre parler de Sarkozy. Certains ont rallié le Front National rajeuni et dé-diabolisé par Marine Le Pen. D’où les 20% qui lui sont accordés par certains sondages, d’où aussi son succès lors de ces cantonales. Mais la grande majorité de ceux qui furent successivement gaullistes, pompidoliens, chabanistes ou chiraquiens sont aujourd’hui désemparés. Eux aussi sont confrontés à un « ni-ni », ni le Front National de Marine Le Pen, ni l’UMP de Sarkozy. Alors qui ?
Or ce sont eux qui feront l’élection présidentielle de l’année prochaine. Ils feront évidemment perdre Sarkozy, mais qui feront-ils gagner ?

25 Mar 2011 | Comments (12)

Halte au feu !

Ce petit club que constituent les amis (inconnus) fidèles de ce modeste blog dérape un peu. Comme d’ailleurs, semble-t-il, l’opinion française en général. Halte au feu !
A propos de ces élections cantonales qui ne resteront sans doute pas comme une date essentielle de l’histoire de l’Humanité, voilà que les uns évoquent Hitler, les camps de concentration et Pinochet et les autres Staline, le goulag et les Khmers rouges. Restons calmes !
Marine Le Pen n’est pas Goebbels, Martine Aubry n’est pas Beria.
Il est d’ailleurs curieux qu’aujourd’hui encore on oppose si souvent le nazisme au communisme comme si ces deux monstruosités du XXème siècle n’avaient pas été, depuis longtemps, jetées dans la même poubelle de l’histoire.
Certains rappellent le fameux Pacte germano-soviétique par souligner leur connivence. Mais on oublie que ces deux dictatures atroces aux idéologies délirantes, brandissaient, l’une et l’autre, le socialisme devant des foules en délire, qu’elles écrasèrent sans pitié, l’une et l’autre, toutes les libertés, expédiant, l’une et l’autre, leurs opposants dans des camps de la mort, pratiquèrent, l’une et l’autre, à la fois l’abrutissement de leur peuple et le culte de la personnalité de leur chef. Rien ne permet de les opposer. Elles sont, bel et bien, à mettre dans le même sac, sac qu’il faut, en effet, jeter aux ordures.
Brandir aujourd’hui ces « vieux souvenirs » en les opposant comme arguments dans une campagne des cantonales est indécent. La France n’est menacée ni par la peste brune ni par le péril rouge. Et qu’il y ait, dimanche soir, trois ou quatre conseillers généraux lepénistes (sur plus de 4.000 conseillers généraux) ne sera pas une catastrophe nationale.
On se souvient du second tour des présidentielles de 2002 qui opposèrent Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen et on peut encore s’étonner de la gigantesque mobilisation déclenchée alors par la gauche pour « faire barrage à la menace fasciste ». C’était, évidemment, totalement ridicule.
Le Pen n’avait aucune chance de l’emporter et s’il était arrivé au second tour ce n’était pas parce que la France avait soudainement basculée dans le fascisme en question mais tout simplement parce que les candidatures de Jean-Pierre Chevènement et de Christiane Taubira avaient pris 7,65% des voix à Lionel Jospin. Sans ces « trahisons », Jospin aurait eu sans doute à peu près 23% des voix, loin devant Chirac, 19,88%, et Le Pen, 16,86%. Et on peut même imaginer qu’il aurait été élu président.
Inutile donc de nous faire peur ou, pour d’autres, de se réjouir.
Cela dit, ce score du Front National, dimanche dernier, incite tout de même à se poser quelques questions.
Pourquoi un cinquième, voire un quart des Français sont-ils maintenant tentés par ce vote extrémiste ? La réponse est simplissime. La situation de notre pays va mal, très mal pour certains de nos compatriotes, et en trente ans de dégringolade générale, ni la droite ni la gauche n’ont été capables de régler le moindre problème en dépit de toutes leurs promesses plus fumeuses les unes que les autres. Fatigués, écoeurés par le petit jeu inutile de l’alternance, les Français font mine de chercher ailleurs.
Est-il normal qu’un cinquième ou un quart des Français ne soient représentés nulle part dans nos institutions, ni à l’Assemblée, ni au Sénat ? La réponse est évidemment non.
Enfin, l’attitude de l’actuelle majorité qui affirme qu’en cas de duel PS-FN à ce second tour des cantonales il ne faut voter ni pour le PS ni pour le FN a-t-elle un sens ? Non, bien sûr. Le bulletin blanc n’est pas un choix politique digne de ce nom.
Sarkozy qui, depuis des mois, fait la dance du ventre devant les électeurs du Front National devrait avoir le courage de dire qu’en face des « bolchéviques » et pour défendre l’identité nationale, bouter les Roms et les Français de fraîche date délinquants hors de nos frontières et combattre les infidèles musulmans, il faut voter FN.
Les choses seraient plus claires. Les Français encore attachés à certaines valeurs de la République comme la Liberté, l’Egalité ou la Fraternité pourraient alors en toute tranquillité faire leur choix dimanche prochain et, mieux encore, en 2012.

23 Mar 2011 | Comments (18)

Grands principes et petits calculs

La politique ce sont quelques grands principes et beaucoup de petits calculs. Encore faut-il être fidèle à ses principes et savoir compter sur ses doigts.
Or, cela fait très longtemps que Nicolas Sarkozy s’est, comme tant d’autres, assis sur les principes et que, s’il réussit encore à faire des additions, il a totalement oublié l’art des soustractions.
Il sait d’expérience qu’il y a en France la gauche et l’extrême-gauche, la droite et l’extrême-droite. Avec une particularité : si la gauche a parfaitement le droit de faire alliance avec l’extrême-gauche, la droite, elle, n’a pas le droit d’en faire autant avec l’extrême-droite. L’extrême-droite ne fait pas partie des « républicains » alors que personne n’a pourtant jamais contesté aux staliniens, trotskistes et autres anarchistes la respectabilité du républicanisme. On peut s’en étonner, voire le regretter mais c’est comme çà.
Ceci étant, la montée de l’extrême-droite rend, depuis quelques années, de plus en plus aléatoire une victoire de la droite. N’oublions jamais que c’est Mitterrand qui, lui, savait compter qui, après avoir vu l’éveil du Front National lors des européennes de 1984, a facilité son émergence en instaurant la proportionnelle pour les législatives de 1986.
Mais soyons justes, si Jean-Marie Le Pen a pu connaître ses premiers succès ce n’est pas seulement grâce au machiavélisme de Mitterrand c’est, aussi et surtout, parce que la droite « classique » n’avait pas su s’assumer, que, par perversion idéologique, elle avait abandonné son propre fonds de commerce, la Nation, la France, le drapeau, etc. et que, par lâcheté et incompétence, elle s’était refusée à ouvrir les dossiers délicats de l’immigration ou de la sécurité.
Depuis, et la gauche a été très forte sur ce plan, on ne peut plus évoquer le Front National sans déclencher aussitôt un débat passionné où les pires injures remplacent généralement les moindres arguments.
Comme le Front National est désormais crédité de 18 à 20%, il serait sans doute grand temps de se calmer, les uns et les autres, et d’énoncer quelques vérités évidentes.
Les 20% de Français qui votent pour le FN ne sont évidemment pas (tous) des néonazis. Ce sont des gens furieux (souvent à juste titre) qui manifestent ainsi leur mécontentement dans les urnes, comme d’autres expriment leur colère en votant pour Mélanchon ou Besancenot. Ils ont, comme les autres, parfaitement le droit de s’exprimer et on aurait dû depuis longtemps écouter leur cri de rage.
Laurent Fabius qu’on ne peut guère soupçonner de sympathie envers l’extrême-droite a dit un jour de lucidité : « Le Front National pose les bonnes questions ». Il est très dommage que la droite « classique », voire même la gauche n’ait jamais tenté d’apporter de vraies réponses à ces bonnes questions.
Mais, bien sûr, chacun est en droit d’estimer, comme Fabius, que les réponses qu’apporte le Front National à ses « bonnes questions » ne sont pas « les bonnes réponses ».
On peut, et sans même en arriver à traiter les Le Pen père et fille de fascistes, estimer par exemple que leur stigmatisation des étrangers est en totale contradiction avec toutes les traditions humanistes de notre pays et de notre culture. Et du coup on peut, en effet, par principe, au nom des grands principes, refuser à tout jamais sa voix au FN.
En faisant ses additions, Sarkozy a compris que ces 20% lui manquaient. Alors, sans pudeur, mais il l’avait déjà fait en 2007, il essaie de « siphonner » le réservoir du FN.
Mais, d’abord, on ne berne pas deux fois de suite les mêmes gens, aussi naïfs soient-ils et il y a bien peu de chance qu’il récupère une seule voix du FN. Et, ensuite et surtout, chaque fois qu’il tente, en, vain, de barboter 2% de voix au FN, il perd, ipso facto, 4% de voix au centre parmi les électeurs qui sont encore assez désuets pour avoir des principes. Les sondages le prouvent depuis des mois. Sarkozy devrait regarder aussi ses soustractions.
Sa position d’aujourd’hui avec le « ni-ni », ni une voix au Front National, ni une voix au PS en cas de duel FN-PS au second tour des cantonales est évidemment scandaleuse. Un responsable politique digne de ce nom ne peut pas se réfugier dans une telle attitude qui revient à reprendre le conseil de l’imbécile de Xavier Bertrand qui demande maintenant aux militants de l’UMP… de s’abstenir.
Mais aussi scandaleux soit-il, ce « ni-ni » est parfaitement logique. Sarkozy sait que s’il prône le vote FN, il perd encore immédiatement des pans entiers de ce qui lui reste de sa majorité d’antan. Et que s’il continue à ostraciser le FN, il ne pourra pas, l’année prochaine, lui demander ses voix pour le second tour de la présidentielle.
Au fond, les principes sont comme les baïonnettes On peut tout en faire, sauf s’asseoir dessus.

22 Mar 2011 | Comments (23)

Les Rafales et les cantonales

A première vue, ça ne sert plus à grand chose de faire une guerre. Nicolas Sarkozy a envoyé ses Rafales bombarder la Lybie et ça n’a fait ni reculer Khadafy ni remonter les sondages.
Certes, sur le terrain, le dictateur libyen semble avoir stoppé, in extrémis, son ultime offensive sur Benghazi. Les insurgés de la grande ville de l’est ne seront donc sans doute pas massacrés. Ce n’est pas rien. Mais, pour le reste, on voit mal comment peuvent évoluer les choses étant bien entendu qu’il nous est formellement interdit par le Conseil de sécurité de débarquer sur place et d’aller chercher Khadafy sous sa tente pour le traîner devant un tribunal si ce n’est populaire du moins international.
Nous allons donc nous contenter d’observer, du haut de nos chasseurs-bombardiers, la création d’une mini-république de Cyrénaïque à Benghazi (qui aura peut-être un peu de pétrole et donc toute notre sympathie) et, à travers tout ce qui restera de la Libye, un Khadafy (avec du gaz) jouant les victimes de l’impérialisme et préparant une revanche quelconque avec ses partisans car il en a, lui aussi, quoi qu’on ait pu nous raconter. Cette situation ne sera pas tenable bien longtemps.
A cela s’ajoute, bien sûr, ce qu’on appelle assez joliment « les dégâts collatéraux ». La Russie et la Chine qui s’étaient pudiquement abstenues lors du vote du Conseil de sécurité commencent à condamner l’opération. L’Inde et le Brésil vont sans doute en faire autant dès qu’on aura droit aux photos des victimes civils de nos raids. L’Allemagne qui, elle aussi, s’était abstenue ne dira rien mais n’en pense pas moins ce qui fait que le fameux axe Paris-Berlin n’existe plus. Quant aux Arabes qui devaient faire partie de la croisade anti-Khadafy à nos côtés, ils se limitent pour l’instant au Qatar.
Le plus grave est que cette opération dite « humanitaire » qui devait être « à l’initiative de la France et de la Grande-Bretagne » est devenue, aux yeux de tous, une opération américaine. Le commandement suprême se trouve dans une caserne américaine en Allemagne et, sur place, le PC est à bord d’un navire américain au large des cotes libyennes. Les Français n’apparaissent plus que comme des « supplétifs » dans cette guerre qui, désormais américaine, devient forcément « impérialiste ».
C’en est fini de l’indépendance et donc du prestige d’une France qui pouvait dire « non » même à ses amis Américains. Cela va nous coûter très cher à travers le monde et notamment dans les pays arabes où certains vont finir par se demander si cette soudaine passion française pour les libertés libyennes n’a pas été déclenchée par quelques instructions venues de Washington. Sarkozy, l’homme du retour au sein de l’OTAN, va apparaître plus que jamais comme le petit féal admiratif et docile de la Maison-Blanche.
Mais le pire c’est que les Français ne semblent, pour l’instant, guère reconnaissants à Sarkozy pour cette guerre qui devait « lui redorer le blason ». Et cette fois il ne s’agit même plus de sondages qu’on peut toujours, avec une bonne dose de mauvaise foi, contester.
Certes, les cantonales n’ont jamais passionné l’opinion. Mais les Français avaient, hier, une excellente occasion de complimenter le chef de nos armées et de démontrer que tout ce qu’on nous raconte depuis plusieurs semaines sur une éventuelle montée du Front National n’était que des inventions des sondeurs et des journalistes.
Eh bien les Français ont visiblement raté cette occasion. Le PS est largement en tête avec 25% des voix et le Front National de Marine Le Pen qui n’était pourtant présent que dans 1.440 cantons sur 2.026 fait pratiquement jeu égal avec l’UMP, présente, elle, dans tous les cantons, 15% contre 17%. Surprenants aussi les 9% du Front de gauche de Mélenchon et ses amis communistes et les 8,5% des Ecologistes.
Et on sourit du petit subterfuge de Claude Guéant qui se croit malin en présentant les résultats d’une « majorité présidentielle » à 32,5% (ce qui n’est d’ailleurs pas beaucoup pour une majorité) dans laquelle il englobe tous les futurs électeurs de Borloo, de Villepin, de Morin et de tous les candidats virtuels que se choisiront les déçus de Sarkozy. Dans ce cas-là le ministre de l’Intérieur aurait dû avoir l’honnêteté d’évoquer une « minorité de gauche » à 42% en englobant le PS, le Front de gauche et les Ecologistes.
Dans son bunker de Tripoli, Khadafy a dû sourire en prenant connaissance des résultats de ce premier tour des cantonales et éclater de rire en voyant la tête de Jean-François Copé quand on l’interrogeait sur l’attitude qu’aurait l’UMP devant les deux cents duels prévus entre le FN et le PS. Comment peut-on à la fois refuser tout vote pour le FN et ne pas vouloir entendre parler d’un front républicain. Le député-maire de Meaux (ville où le FN arrive en tête devant l’UMP !) ressemble de plus en plus à l’âne de Buridan qui, on le sait, à force d’hésiter entre un seau d’eau et une botte de foin a fini par mourir et de faim et de soif.
Les Rafales de Serge Dassault sont sûrement de merveilleux appareils, mais ils ne font pas gagner les élections.

21 Mar 2011 | Comments (16)

Tous des va-t-en-guerre !

Personne ne s’est étonné de voir Nicolas Sarkozy partir en croisade contre Khadafy. Affolé par les sondages qui désormais l’éliminent dès le premier tour, voyant que sa surenchère à droite ne servait qu’à apporter des voix supplémentaires à Marine Le Pen et que la situation de notre économie qui se dégrade encore de plus en plus faisait de Dominique Strauss-Kahn un vainqueur évident, il ne lui restait plus qu’à tenter « un coup », forcément énorme, pour essayer de remonter en selle. Une « bonne petite guerre », il n’y a rien de mieux dans le genre.
Il est plus curieux qu’Alain Juppé qu’on imaginait raisonnable ait accepté de jouer ce jeu bien dangereux. On peut d’ailleurs dire que c’est lui qui a réussi à éviter, au Conseil de sécurité, un veto chinois ou russe. C’est donc grâce à Juppé (et aux Britanniques) que Sarkozy peut aujourd’hui apparaître comme le grand défenseur des insurgés de Benghazi et l’ennemi numéro 1 du dictateur de Tripoli qu’il recevait pourtant, il n’y a pas si longtemps, avec tous les honneurs dus à son rang. A croire même qu’il avait à se montrer reconnaissant à son égard pour quelques services passés.
Ce qui est sidérant c’est que tout notre personnel politique, de la droite à la gauche -Martine Aubry, Laurent Fabius, mais aussi les Ecologistes, mais aussi Villepin et, bien sûr, tous les UMP de service- applaudisse l’opération, loue « le courage » du président de la République et attende, avec impatience, que nos avions lâchent leurs premières bombes sur la Libye.
C’est « l’union sacrée ». Comme si la Patrie était en danger et que la Libye s’apprêtait à envahir notre pays.
Naturellement, tout le monde était choqué par la violence avec laquelle Khadafy tentait de mater sa rébellion. Cela rappelait les Russes en Tchétchénie, les Chinois au Tibet ou place Tien an Men, les Birmans à Rangoon pour lesquels nous avions pourtant fermé pudiquement les yeux.
Certains avaient même de la sympathie pour les « rebelles » que la télévision nous présentait comme des « civils désarmés » alors qu’ils étaient visiblement en uniforme et sur leurs chars. Personne ne se demandait si ces hommes qui hurlaient « Allah ou Akbar » (Dieu est grand) et qui arboraient l’ancien drapeau de la monarchie sénoussie étaient des opprimés rêvant de liberté, des fanatiques religieux ou des guerriers des tribus cyrénaïques ennemies, depuis quelques siècles, des tribus de Tripolitaine.
Le régime de Khadafy est, évidemment, indéfendable. Comme celui de Pékin, de Cuba, de Corée du Nord, du Yémen et d’un bon nombre de pays qu’il nous reste encore à libérer.
Ce qui est stupéfiant c’est que nos « dirigeants » (pour ne pas dire nos « responsables », car le mot ne convient plus du tout) politiques soient ainsi soudain, tous, devenus des « va-t-en-guerre ».
Pas un seul n’ose demander ce qui nous prend brusquement à vouloir ainsi défendre des opprimés massacrés alors que nous avons laissé bien des peuples se faire écrasés par leurs tyrans, ce que nous allons faire « après » les premiers bombardements si Khadafy ne capitule pas immédiatement, comment nous irons le chercher pour le traîner devant un tribunal international, comment nous allons gérer ce pays en ruines et divisé si nous nous contentons de le survoler en le bombardant.
Il est tout de même incroyable que ces gens, sachant lire et écrire, n’aient toujours pas compris que, depuis des décennies, toutes les interventions militaires étrangères étaient, toujours, vouées à l’échec. L’Irak, l’Afghanistan, le Liban, le Vietnam, l’Egypte (en 1956 avec déjà une opération franco-britannique) etc. auraient tout de même dû leur servir de leçons.
Chaque fois que les « grandes » puissances ont voulu intervenir pour renverser un dictateur ou simplement pour imposer la paix, elles ont très rapidement fait dégénérer encore davantage la situation, multiplié le nombre des morts, soulevé les haines les plus redoutables, avant de devoir reconnaître leur échec et de décamper piteusement.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les « libérateurs » apparaissent immédiatement comme des « occupants » pour peu qu’ils se mettent à ouvrir le feu et que, du coup, le réflexe nationaliste le plus élémentaire réunit contre eux tous ceux qui s’entretuaient auparavant.
Les tribus de Tripolitaine et de Cyrénaïque se détestent entre elles. Mais elles détesteront, les unes et les autres, encore plus toutes les armées du monde qui oseront bombarder leur sol national.
Ce matin, Sarkozy boit du petit lait en étant persuadé qu’il a réussi « le coup génial » qui va lui permettre de se faire réélire en 2012. Mais il risque bien, avant longtemps, d’apparaître comme l’inconscient dangereux qui, par pur électoralisme, a lancé la France dans une aventure guerrière totalement irresponsable.
Il est dommage que personne n’ait osé le lui dire.

19 Mar 2011 | Comments (15)

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